Stagiaires 2020-2021 : un « oral de titularisation » imposé par le ministre !

Le ministère a présenté fin août un projet d’arrêté « fixant les modalités complémentaires d’évaluation et de titularisation » pour les collègues ayant réussi les concours 2020 sans avoir passé d’oraux.

La FNEC-FP-FO a rappelé que la crise du Covid n’avait rien imposé, que ce sont les décisions gouvernementales, celle du confinement, celle de ne pas faire passer d’oraux de concours, qui ont placé les nouveaux entrants fonctionnaires stagiaires dans cette situation, dont ils ne sont aucunement responsables. Seul le gouvernement est responsable : il a utilisé l’état d’urgence sanitaire que FO a condamné depuis le départ, pour publier un décret, le 27 mars, supprimant tous les oraux des concours et des diplômes.

 

Une telle attaque contre les droits des collègues nouveaux entrants n’est pas conjoncturelle. Elle participe de la politique qui vise à faire disparaître les concours et le statut. Le gouvernement voudrait pérenniser cette nouvelle mesure et ainsi fragiliser encore plus les stagiaires. Preuve en est, sa hâte à publier son texte, paru le 29 août.

Dégradation des conditions de travail et programmation de la baisse des titularisations

Les lauréats des concours 2020 doivent être pleinement lauréats. Pourquoi changer les règles du jeu en cours de route en leur imposant a posteriori un oral à la fin de l’année de stage ?

Selon le ministère, cet oral ne nécessiterait pas de temps de formation dédié : il faudra cependant bien se préparer à y être confronté. L’année de M2 est déjà assez lourde, avec une charge de travail excessive et les différents avis de titularisation (INSPÉ, tuteur, et directeur d’établissement dans le 2nd degré) : ceci pèse déjà fortement sur les fonctionnaires stagiaires. Un tel oral, en deuxième partie d’année de stage, ne pourra que rendre cette année de stage plus compliquée et entraîner un accroissement des non-titularisations, déjà bien trop importantes.

L’« entretien » : un contrôle de conformité aux attentes de la hiérarchie

Il s’agit d’un entretien professionnel destiné à contrôler des « compétences », dont « l’intégration des éléments réglementaires et institutionnels », « les compétences relationnelles, de communication et d’animation » ou même la « capacité comportementale à exercer durant toute la carrière » ! Rien en rapport avec les épreuves orales des concours initialement prévues !

Tout ceci est de plus déjà en grande partie évalué dans le cadre de l’année de stage de M2 à travers les grilles d’évaluation dont la mise en place, contestée par FO a déjà entraîné une baisse significative des titularisations. L’avis issu de cet entretien sera transmis au jury académique de titularisation : on voit mal comment celui-ci pourrait ne pas tenir compte d’un avis « défavorable » ou « réservé ».

La commission qui procèdera à cet entretien d’évaluation sera composée d’au moins un inspecteur, pas forcément de la discipline enseignée dans le secondaire, et d’un personnel de direction, ou éventuellement d’un membre du même corps. Autant dire que ce qui sera « évalué », ce ne seront pas les capacités disciplinaires ou pédagogiques mais la conformité aux attentes de la hiérarchie.

Cet oral de titularisation, arbitraire, inégalitaire, c’est la spoliation de tous les collègues du bénéfice du concours, donc du Statut !

– Abandon de l’oral de titularisation !
– Maintien du droit à la titularisation de tous les collègues !
– Maintien du droit au statut et des droits statutaires pour tous !

 

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La mémoire des luddites

Bis repetita placent, la Covid-19 s’invite à la rentrée scolaire et s’apprête à compliquer la tâche des enseignants, au même titre que celle des soignants,  des travailleurs sociaux et bien d’autres catégories de salariés qu’il serait trop long d’énumérer ici.

Depuis le début de l’épidémie, nous n’avons eu de cesse, à Force ouvrière, de revendiquer clairement que notre employeur garantisse la santé des professeurs, et qu’il respecte la législation relative au télétravail. Nous nous sommes sentis parfois bien seuls, tant les autres organisations «  syndicales » avaient à cœur de parler à la place de l’administration pour rassurer les parents d’élèves au sujet de la continuité pédagogique.

Les dérives que nous pressentions en la matière se sont bien produites : les collègues, nolens volens, se sont épuisés en rédaction de courriels, en visioconférences à l’utilité plus que douteuse, en classes virtuelles dont l’efficacité pédagogique reste purement…virtuelle. Pis encore, leur valeur professionnelle a pu être évaluée à l’aune de leur engagement dans ce qui était stricto sensu un chômage technique…

Il n’empêche, cette ébauche de généralisation du télé-enseignement dont le confinement a été le prétexte bien pratique s’affirme comme le futur gisement privilégié d’économies de postes dans la Fonction publique, et dans l’Éducation nationale en particulier. Et, avec les économies, de nouveaux métiers se profilent, qui mettront à mal celui d’enseignant, et qui feront disparaître les statuts particuliers qui sont les nôtres. Bienvenue aux répétiteurs 2.0, aux chargés d’ingénierie pédagogique, autant de figures que l’on peut découvrir sur les sites internet d’apprentissage des langues vivantes. Et adieu à ce vestige du passé que constitue désormais le professeur qui instruit entre les quatre murs désuets d’une salle de classe, imbu de son savoir académique et animé de la volonté de tirer une rétribution de son travail!

L’histoire des luttes sociales est jalonnée de ces moments de crise où la technologie franchit des paliers toujours plus nocifs pour le sens que prend le travail dans l’esprit du travailleur : plus l’être humain s’adjoint l’aide de la machine dans l’acte productif, moins le but ultime de son travail lui apparaît, moins le travail est générateur de satisfaction.

C’est la leçon que nous devons retirer du mouvement luddite (du nom d’un hypothétique meneur nommé Ned Ludd) qui, de 1811 à 1824, fit trembler le patronat et la couronne britannique. Les luddites étaient issus de trois métiers artisanaux hautement qualifiés: les tondeurs de drap, les tisserands sur coton et les tricoteurs sur métier, le sort que leur promettait l’industrie textile naissante était funeste : mourir ou devenir prolétaires.

C’est ainsi qu’en 1811 des patrons reçurent des courriers signés Ned Ludd, leurs métiers à tisser devaient être démantelés, sans quoi le sabotage réglerait le différend. Et sabotage il y eut, et à de nombreuses reprises. Les métiers à tisser détruits étaient les plus récents, ceux qui automatisaient le plus la production et nécessitaient le moins d’ouvriers qualifiés. On estime  qu’au plus fort de la crise, l’Angleterre avait mobilisé plus d’hommes pour combattre les luddites que pour combattre Napoléon au Portugal !

A l’heure où l’outil informatique est en passe de supplanter l’artisan hautement qualifié qu’est le professeur, retrouvons le luddite qui sommeille en chacun de nous. Si nous voulons retrouver le goût de la reconquête de tous nos acquis, c’est un enjeu vital…

Communiqué de rentrée 2020

Faisant fi de la crise de la Covid-19, le ministre Blanquer poursuit sa mission, laquelle pourrait se résumer ainsi : casser le service public de l’Education nationale, briser les droits collectifs et valoriser l’individualisme. Alors que toutes les contre-réformes sont maintenues, y compris le projet de retraite universelle par points, dans la fonction publique, la nouvelle ministre nous a prévenus, c’est 0 euro d’augmentation ! Encore une fois, la valeur du point d’indice reste gelée pour 2021.
 

Où est passée l’Ecole de la République ?

De conférences de presse en conférences de presse, le gouvernement communique sans cesse avec ordres et contre ordres. Mais ce qui est certain, c’est que toutes les réformes sont maintenues et que le ministre Blanquer veut encore aller plus loin, au mépris des revendications qui se sont exprimées toute l’année dernière, en particulier par la grève historique contre la réforme des retraites. Citons simplement quelques item de son dossier de presse : nouveaux partenariats avec les collectivités et les entreprises, parcours scolaire et périscolaire en 6ème avec possibilité de faire de la remédiation jusqu’à 5 heures sur les 26 dues aux élèves, par les professeurs de collège ou les professeurs des écoles. Tout cela avec l’annonce du maintien
du protocole décidé par le ministre et déclinable dans les 8.000 établissements pour toute l’année scolaire.

Des dispositifs pour déréglementer disciplines, statuts et groupes classes

« 1,5 millions d’heures supplémentaires » non consommées pendant le confinement seront consacrées à l’accompagnement  personnalisé. Le périscolaire se retrouve intégré au scolaire « du lundi au vendredi ». Le « parcours scolaire renforcé en lecture […] assuré par un professeur du collège ou un professeur des écoles » qui pourra de surcroît être organisé « sur le temps consacré à d’autres enseignements ».
 
Pas de budget en plus, pas de dédoublements, ni de créations de classes ou postes. Face aux 25 000 élèves en plus dans le second degré en 2020, le ministre a fait le choix dès décembre 2019 de supprimer 440 postes. Et de nous expliquer que le budget est « contraint »… alors que J. Castex annonce 100 milliards qui s’ajoutent aux 460 déjà donnés aux entreprises privées. Mais dans le cadre de la déréglementation tous azimuts, il maintient les 2S2C, attaque frontale contre les arts plastiques, l’éducation musicale et l’EPS, et l’ensemble des disciplines. Le Covid-19 a bon dos, le ministre avait annoncé toutes ces réformes, il prend tous les outils pour essayer de poursuivre la destruction de l’Ecole.

Bac : « Parachever la réforme du lycée »

Pour sa deuxième année d’application, la réforme du lycée va encore amplifier la détérioration des conditions de travail des personnels. Les E3C, contre lesquelles les enseignants s’étaient dressés, sont généralisées avec « deux RDV en première et un en terminale ». Les E3C changent de nom : « épreuves communes ». Elles deviennent des « baccalauréats blancs maison » sous la tutelle des conseils pédagogiques et des CA.
 
Avec la circulaire de rentrée, Jean-Michel Blanquer veut achever le baccalauréat, diplôme national valant premier grade universitaire, et le transformer en un banal contrôle commun.
 
Le SNFOLC35 invite les personnels à se réunir dès la prérentrée pour lister les revendications, les faire valoir et engager le rapport de forces contre les décisions de destruction de l’Ecole et des statuts, les plans de licenciements des stagiaires et des contractuels. Les salariés continuent à exprimer leurs revendications. Le gouvernement serait bien avisé de les entendre et de les satisfaire, comme il a fini par accepter une augmentation indiciaire de 183 euros pour les personnels soignants mobilisés et en grève. Il doit nous accorder immédiatement ces mêmes 183 euros sans contrepartie.

Open Badges ou le mépris institutionnalisé

Notre employeur serait bien inspiré de réfléchir aux propos de Jean-Christophe Rufin : « Les distinctions, médailles, citations, avancements, tout cela était fait pour récompenser des actes de bêtes. »

L’épidémie au service du management des personnels

Mais puisque le ridicule ne tue pas, loin de mettre fin au profbashing, l’Education nationale vient de franchir un cran supplémentaire dans le mépris des personnels. Au moment où, à la demande de moyens supplémentaires pour faire face aux difficultés de la rentrée, le ministre répond en poursuivant les suppressions de postes, au moment où les personnels réclament des augmentations de salaire, la réponse des rectorats de Poitiers et Montpellier, pour ne citer qu’eux, c’est de décerner des « badges » pour attester des compétences des enseignants pour « l’Ecole de demain » telle que la conçoit le ministre Blanquer. Ce n’est évidemment pas la réponse attendue aux revendications des personnels ! Le ministre de l’éducation nationale aurait-il oublié que les infirmières ont jeté les médailles que son homologue de la santé leur avait décernées ?

Un outil de gestion RH

L’objectif de cette opération est clair. Il est expliqué sans détour sur le site du rectorat de Poitiers : « il permet de mettre en avant l’expertise professionnelle développée lors de certaines missions ou formations (animateur, formateur, instructeur, etc.). Pour les structures, il contribue à la stratégie de ressources humaines notamment dans le cadre de la formation et du développement professionnel des personnels ». La rectrice précise même dans sa vidéo de présentation sur le site du rectorat que les Open Badges pourront être utilisés dans le cadre de PPCR et des évaluations par rendez-vous de carrière.

Pour faire entrer l’Ecole dans « l’économie de la connaissance »

On peut mesurer à quel point l’évaluation PPCR n’est pas un outil pour la reconnaissance de la valeur professionnelle comme l’ont affirmé ses promoteurs. Concernant ces « badges », il suffit de lire la présentation qui en est faite par le rectorat de l’académie de Versailles : « créés en 2011 par la fondation Mozilla, les Open Badges fournissent un système d’accréditation qui vise à créer de nouvelles opportunités de carrière et d’éducation en faisant la promotion de la reconnaissance des compétences et des réalisations acquises par le biais d’un apprentissage formel et informel. Utilisés dès leur apparition en 2011 aux États-Unis, les Open Badges arrivent en France après la déclaration de Bologne pour une reconnaissance ouverte (28 octobre 2016). ».  Pour mémoire, le processus de Bologne vise à faire de l’Europe un espace compétitif à l’échelle mondialisée de l’économie de la connaissance.
 
Le SNFOLC 35 demande le retrait de ce dispositif qui constitue une insulte supplémentaire contre les personnels contraints à se débrouiller seuls pendant le confinement, à mettre à disposition de l’Institution leur propre matériel et leur propre forfait téléphonique et internet pour maintenir le lien avec leurs élèves et pouvoir les faire travailler. Mais le temps des remerciements est loin. Tout cela, le ministre semble déjà l’avoir oublié. Dans le monde d’après, c’est le management qui prime sur la reconnaissance d’une profession déconsidérée en premier lieu par l’absence d’augmentation des salaires depuis des années. Heureusement, nous pourrons bientôt tous gaiement arborer nos Open Badges colorés…

Assignés à résistance !

S’il est une activité que le pouvoir et le patronat voient revenir à la normale d’un très mauvais œil, c’est bien celle d’un syndicalisme de revendication.

Quand les autres organisations s’efforcent de donner des gages de docilité, déconfinent à un train de sénateur et détournent pudiquement leur regard des véritables problèmes des salariés, le SNFOLC35, avec son Union départementale, n’a jamais déserté l’action syndicale. Qui, si ce n’est Force ouvrière, a fait en sorte que L’Internationale retentisse dans les rues de Rennes le 1er mai au moyen d’une voiture sonorisée ? Qui, si ce n’est Force ouvrière, était dès le lundi 11 mai au matin en rassemblement à l’Inspection académique pour rappeler les revendications des personnels ? Qui, si ce n’est Force ouvrière, mène dans tout le département une campagne d’affichage  revendicatif? Qui, si ce n’est Force ouvrière, appelait le vendredi 12 juin place de Bretagne à agir contre les plans de licenciement qui menacent l’ensemble des salariés de ce pays. Non, décidément non, personne ne fera taire Force ouvrière.

C’est précisément parce que nous ne lâchons sur rien que des coups nous sont portés. A preuve, le courrier en date du 5 juin que la direction de La Poste envoie à nos camarades de FO Com (syndicat des postiers) : ils doivent avoir évacué leur local syndical le 30 juin au plus tard. A l’heure où ces lignes sont écrites, la mobilisation a porté ses fruits et la direction a fait une proposition qui convient à nos camarades. Nous leur exprimons notre soutien et nous serions à leurs côtés si, d’aventure, il venait à la direction l’idée saugrenue de ne pas tenir ses engagements… De même que nous apportons tout notre soutien au camarade Alain Rey, secrétaire départemental du SNFOLC du Lot, qui fait l’objet de poursuites pour avoir mené des discussions contre les E3C dans l’enceinte du Lycée Clément Marot de Cahors, comme le droit syndical l’y autorise.

Car, à bien y réfléchir, si le patronat se sent  fondé à entraver l’exercice du droit syndical, c’est que la période de confinement lui a montré que, pour assurer leur sécurité sanitaire, les salariés ont abdiqué des libertés individuelles et collectives essentielles : liberté d’obtenir du pouvoir autre chose que des mensonges d’Etat, de circuler, de se rassembler librement, de voir respecté le secret médical, de choisir ses modalités de travail, ses dates de congé… Et, au bout du compte, si nous avons accepté de limiter nos libertés, avons-nous pour autant eu toutes les garanties de sécurité ?

Poser la question, c’est y répondre. Nous ne payons  pas seulement un lourd tribut à la maladie, nous voyons se profiler la transcription en droit ordinaire de mesures extraordinaires et transitoires. « Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une ni l’autre. » disait Thomas Jefferson. Qu’un puissant stigmatise ceux à qui il est capable de faire subir ce genre de préjudice, c’est un état de fait auquel les femmes et les hommes libres qui forment Force ouvrière ne se résoudront jamais, c’est ce qui les pousse à revendiquer, encore et toujours, à offrir des perspectives d’action. Dans ce cadre, notre Union départementale appelle à rejoindre les salarié(e)s des hôpitaux et du médico social mardi prochain 30 juin esplanade Charles de Gaulle à Rennes  sur l’heure de midi et elle met en discussion la perspective d’une manifestation interprofessionnelle le 14 juillet : Le défilé des « assignés à résistance » dont nous avons été tant privés le 1er mai…