Au début, on aurait pu croire à un poisson d’avril de la part du ministre Blanquer. Mais non. Après avoir défendu dans la presse le principe de «vraies vacances», il a ensuite lancé le 1er avril, sur la chaîne Cnews, son « Opération vacances apprenantes». Il a précisé sa pensée pour la zone C,« uniquement sur la base du volontariat», rémunération en heures supplémentaires et télétravail. Mais qu’en est-il réellement?
Aller au contenu PDFCOVID-19/vacances apprenantes : le travail et la déréglementation sans fin !
Toujours en pleine improvisation, le Ministre Blanquer, après avoir défendu sur TF1, le 27 mars, le principe de « vraies vacances », a cette fois-ci vanté le 31 mars sur Cnews, « l’opération vacances apprenantes » ! Ce serait sur la base du volontariat des enseignants, nous dit-on !
Télétravail : c’est déjà l’inventaire à la Prévert !
Sur l’intranet d’une académie, on trouve pêle-mêle : une « infographie académique », le « vademecum continuité pédagogique » ministériel (28 pages), un « guide académique » (6 pages), une « fiche enseignant : classe sans examen », une « fiche enseignant : classe avec examen », un « guide pratique » (57 pages), un « guide professeur – ma classe à la maison » et un guide « créer ma classe virtuelle ». Sur la même page, l’enseignant est envoyé sur le site de la DANE et sur celui du CARDIE, autant d’acronymes menant ensuite à de nombreux autres documents et liens …

Du télétravail sans cadrage national, sans matériel, avec des outils parfois défaillants … et surtout, du télétravail sans limite !
Hors de tout cadrage national, toutes les dérives son possibles ! Ainsi, il est demandé d’utiliser son propre matériel, ordinateur, téléphone, mais aussi son abonnement internet et téléphonique. Très souvent, il est demandé d’utiliser sa propre ligne téléphonique pour appeler les familles et les élèves, au moins une fois par semaine, peut-on lire dans certaines communications ! Mais partout, les personnels font remonter les problèmes liés aux ENT, à l’absence ou à l’inadaptation des outils mis à disposition (Pronote). Ils font aussi remonter les injonctions à des réunions « à distance » avec leurs collègues, pour chaque classe… les innombrables messages de leur hiérarchie, de leurs propres collègues, et donc aussi des familles et de leurs élèves !
On peut y passer plus de 12 heures par jour ! Et certains, comme Madame S. Ndiaye, osent déclarer que les enseignants ne travaillent pas ?
« Devoirs à la maison » sous-traitée par la société DOCAPOST : faire déplacer des salariés plutôt que les parents ou les personnels, en cette période de confinement, il fallait oser !
Se rendant compte, au bout de 3 semaines, que la remise ou le dépôt de documents papier dans l’établissement, obligeaient parents et personnels à braver l’interdiction de déplacement, le Ministre a imaginé un nouveau dispositif : le dépôt de documents papier par la société DOCAPOST. En effet, selon le communiqué commun du Ministère et de la Poste, cette opération permettrait « aux élèves en situation de déconnexion numérique de recevoir des devoirs par courrier postal grâce au dispositif « Devoirs à la maison « . » (selon une périodicité hebdomadaire et dans la limite de 6 pages). Ce seraient donc les salariés de la Poste qui se déplaceraient ! Et cerise sur le gâteau : l’enveloppe T fournie pour le retour des travaux mentionnera… l’adresse des établissements ! Comment les enseignants pourraient-ils récupérer les travaux des élèves sans braver, à leur tour, le confinement ?
L’ «opération vacances apprenantes » : dans la droite ligne de l’état d’urgence, un coin enfoncé contre les congés scolaires des personnels !
Reconnaissant lui-même que certaines fédérations de parents se plaignaient de la surcharge de travail pour les élèves depuis le confinement, le Ministre, pourtant, en rajoute : les élèves devront aussi travailler pendant leurs vacances (dans 10 jours pour la première zone) !
Mais qui croit-il rassurer en précisant que ce serait sur la base du volontariat ? D’après les textes en vigueur, le télétravail aussi devrait se faire sur la base du volontariat ! Et avec le matériel de l’employeur ! Mais plus grave, cette remise en cause des congés scolaires pour les personnels s’inscrit dans l’état d’urgence et ses 25 ordonnances qui s’attaquent aux congés payés des salariés.
Le SNFOLC, comme la Commission Exécutive de la confédération FO, demande « l’abandon des ordonnances prises, au titre de l’urgence sanitaire, en matière de dérogations au temps de travail, temps de repos et travail dominical, jours de repos. ». Pour le SNFOLC, le Ministre doit donc retirer son « opération vacances apprenantes ».
Retraits sur salaire et « Union sacrée »
Le temps, aujourd’hui, est à la protection de nos concitoyens et à la cohésion de la Nation. Le temps est à cette UNION SACRÉE qui consiste à suivre tous ensemble un même chemin, à retrouver cette force d’âme qui est la nôtre et qui a permis à notre peuple de surmonter tant de crises à travers l’histoire.
Emmanuel Macron, jeudi 12 mars 2020
Quelle belle union sacrée que de constater que les retraits sur salaire des personnels grévistes pendant les mois de décembre, janvier et février, se sont accélérés en cette période de confinement !
Finis les retraits par paquets de 4 jours chaque mois, comme cela avait été annoncé par le Ministre de l’Education nationale. Maintenant, ils y vont bloc. Fin mars, les collègues ont pu constater : 500 euros en moins sur le bulletin de salaire pour tel collègue, 300 euros chez celui-ci, 800 euros là-bas… Allant parfois jusqu’à 17 jours de retrait sur un seul mois!!! Et le mois prochain, qu’en sera-t-il?
La belle union sacrée que voilà !
La belle union sacrée… qui sanctionne les personnels de l’Education dans un contexte difficile de confinement, de télétravail imposé, de perte des libertés, de mise en danger des personnels par manque de matériel médical réclamé par toutes les préconisations de santé.
Comme lors du CHSCT ministériel du 20 mars dernier, « FO demande que des instructions soient données pour que les jours de grève ne soient pas retirés ».
Plus que jamais le combat doit continuer, celui contre la réforme des retraites, celui contre l’état d’urgence sanitaire, celui contre les réformes Blanquer et Parcoursup, celui contre toutes les contre-réformes autoritaires qui nous sont tombées dessus depuis plus de 70 ans…

Loi de finances rectificative : la santé des entreprises avant tout!
La loi de finances rectificative vient de réviser la loi de finances 2020 suite aux mesures de restrictions de déplacements et d’activité pour faire face à l’épidémie de Covid-19.
Le gouvernement prévoit provisoirement une baisse du PIB de 1% en 2020, contre 1,3% de croissance prévue en loi de finances initiale (LFI). Il table sur une chute de la consommation des ménages de 2% principalement concentrée sur les services (hébergement, restauration, loisirs, culture, transports). L’investissement des entreprises serait également en recul à cause de la chute de l’activité, tandis que
le commerce extérieur est ralenti par la chute de la demande mondiale suite aux restrictions de déplacements prises simultanément dans de nombreux pays.
En réponse, le gouvernement annonce une série de mesures de soutien pour un montant de 45 Mds€ et une garantie des prêts accordés aux entreprises à hauteur de 300 Mds€.
En plus de la baisse d’activité, l’annonce de nouvelles dépenses et le manque de recettes fiscales augmenteront le déficit public de l’ensemble des administration publiques qui est prévu à 3,9% du PIB en 2020. Le déficit prévisionnel de l’Etat s’établit à 108,5 Mds€ (contre 93,1 Mds€ en LFI) soit un écart de 15,4 Mds€ par rapport à la LFI.
Pourtant, compte tenu de l’ampleur de la chute de l’activité, il est fort probable que la récession comme les prévisions de déficit public pour 2020 sont largement sous-estimées et semblent déjà caduques alors que le texte a été adopté le 18 mars 2020. C’est d’ailleurs l’avis du Haut Conseil des finances publiques : « la dégradation du cadre macroéconomique pourrait être plus marquée ». Plus surprenant encore, c’est aussi l’avis du ministre de l’Economie, qui a comparé la crise actuelle à celle de 1929 en précisant que la récession serait supérieure à celle envisagée dans cette loi de finances rectificative.
L’INSEE dans un point de conjoncture publié le 26 mars estime que l’activité a chuté d’environ 35%. Les activités agricoles et les industries agro-alimentaires sont moins affectées que le reste de l’industrie, avec un recul limité à 4 %. En revanche, l’industrie hors agroalimentaire voit son activité réduite de moitié. La construction se trouve quasiment à l’arrêt avec un effondrement d’activité de 89 %.
Les services marchands, qui représentent 56 % du PIB, reculent de 36 %, les plus affectés étant les transports, l’hôtellerie-restauration et les loisirs.
De toute évidence, le gouvernement fait face à ses contradictions appelant au confinement le plus strict tout en demandant que l’activité puisse continuer au mieux. Or, dans un contexte où l’hôpital public est confronté au manque de moyens après des années de restrictions budgétaires, comment contenir l’épidémie par un strict confinement sans mettre en pause l’activité économique, dès lors qu’elle n’est pas essentielle ? A cela s’ajoute qu’une majorité d’employeurs n’a pas les moyens d’assurer de manière satisfaisante la protection et la santé des salariés sur le lieu de travail ou dans leurs déplacements.
Alors que beaucoup des activités essentielles reposent sur un grand nombre de professions précaires, insuffisamment protégées et pourtant indispensables, FO a appelé à ce que les moyens soient concentrés sur la protection des salariés mobilisés, à l’encontre en autres des dérogations en matière de durée légale du travail, de repos hebdomadaire et dominical. Enfin, si l’Etat peut jouer son rôle d’amortisseur en compensant la chute de la demande, ses priorités à court terme doivent être la santé des salariés et le maintien de l’emploi.
Par la suite, les défaillances et les échecs de plusieurs décennies de libéralisation économique et financières révélées par l’épidémie de coronavirus, devront être sérieusement questionnés.
Lire la suite ci-dessous : le contenu des mesures adoptées.
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Les revendications demeurent malgré « l’état de guerre » déclaré
Malgré l’appel à l’union nationale du Président de la République, malgré « l’état de guerre » invoqué, malgré « l’état d’urgence sanitaire », dans tous les secteurs, les revendications demeurent et sont clairement exprimées et portées par le syndicat à tous les niveaux.

Le mépris à l’égard des salariés est choquant
Manque de masques, manque de protections, infractions aux règles de protection des personnels, volonté de bafouer les CHSCT et les instances où les syndicats peuvent porter les revendications des personnels. Le gouvernement choisit de donner sans délais des centaines de milliards aux entreprises tout en ne satisfaisant pas les revendications des hospitaliers qui depuis plus d’un an sont mobilisés pour dénoncer leurs conditions de travail et de rémunération, d’accueil et de soins des patients. Ce choix révèle les priorités du gouvernement au moment où le service public hospitalier démontre qu’il est vital pour tous.
Le Coronavirus : un puissant révélateur de ce qui se passe dans les hôpitaux
SAMU saturé, pas de tests, pas de masques, absence de gel, personnels épuisés, etc… Face à cette situation de crise, le gouvernement, comme notre ministère, à tous les niveaux, sont prêts à tout justifier. Ainsi en réponse aux questions de la FNEC de Lyon, le SG, répond en ce qui concerne la protection des personnels volontaires, « il n’y aura pas de matériel, en particulier de masques, pour les personnels » et ajoute que « les derniers éléments médicaux en sa possession expliquent que le masque n’est pas nécessaire pour les personnes non malades ». C’est inacceptable !
Les masques de protection sont soudain décrétés non nécessaires, tout simplement parce que les services de l’Etat sont dans l’incapacité d’en fournir aux personnels concernés (en premier lieu aux soignants, mais aussi aux enseignants, aux policiers…).
Ajoutons la réponse vendredi de la conseillère sociale du ministre : « Il n’y aura pas de masques. Là je m’appuie sur les préconisations du ministère de la santé. Les masques ne sont pas forcément nécessaires. L’application des gestes barrières demeure la mesure la plus efficace pour freiner la diffusion du virus. On veillera à ce qu’il y ait du savon et du gel. » !
A savoir : la France se situe au-dessous de la moyenne des 35 pays « développés » de l’OCDE concernant les lits pour « soins aigus ». L’Allemagne compte ainsi deux fois plus de ces lits par habitant que la France, (données présentées par l’OCDE pour 2017 et 2018).
Alors, la pitoyable réponse du gouvernement pour tenter de dissimuler son écrasante responsabilité dans ce désastre humain, c’est de mettre en place ce dimanche un questionnaire en ligne pour savoir si nous sommes porteurs du virus et comment se soigner !
Le peu de cas de la population, le mépris de salariés, apparaît y compris dans le sondage du 21 mars : seulement 43% des français font confiance au gouvernement pour résoudre cette crise (sondage Europe 1 du 21 mars).
La mise en place de « l’état d’urgence sanitaire » : un recul des droits inadmissible
En effet, l’état d’urgence sanitaire permet de modifier les conditions « d’acquisition de congés payés et permettre à tout employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates de prise d’une partie des congés payés, des jours de réduction du temps de travail et des jours de repos affectés sur le compte épargne-temps du salarié, en dérogeant aux délais de prévenance et aux modalités d’utilisation définis par le livre 1er de la troisième partie du Code du travail, les conventions et accords collectifs ainsi que par le statut général de la fonction publique. ». Il permet le recours systématique aux ordonnances. Il n’est pas limité dans la durée. Il permet au gouvernement de revenir sur tout le code du travail et remettre en cause tous les statuts.
Il s’agit une nouvelle fois d’une attaque inadmissible contre le statut et les agents de la fonction publique car elle ne répond à aucune nécessité impérieuse liée à la gestion de la crise.
C’est pourquoi, dans le communiqué fonction publique du 20 mars, les organisations syndicales « CGT, FO, FSU et SOLIDAIRES dénoncent le décalage entre les discours et la réalité et exigent des mesures concrètes pour les agent-es et la population de notre pays ». En effet, il aura fallu attendre le 21 mars pour que le gouvernement « suspende » le jour de carence ! Dans le même temps, la « loi sur l’état d’urgence sanitaire » prise par le gouvernement donne tous les droits aux préfets, aux employeurs pour remettre en cause le Code du travail et les statuts de la fonction publique et les libertés publiques.
Quant à la CFDT, elle scelle son union avec le patronat dans l’appel commun de messieurs Laurent Berger et Geoffroy Roux de Bézieux paru dans le JDD du samedi 21 mars : « Dans la période cruciale que le pays traverse, nous pensons que l’activité économique doit se poursuivre dans le respect absolu de la sécurité des collaborateurs » estiment-ils.
Dans ce contexte où l’union nationale voudrait faire oublier les acquis des salariés, FO rappelle que la suspension de la réforme des retraites est bien une suspension, mais pas un retrait ! La vigilance s’impose et le retour à la normale sera forcément une période de mobilisation intense afin que les droits ne soient pas bafoués.
Dans la continuité de la loi d’urgence sanitaire, le gouvernement et le ministre envisagent de remettre en cause les congés scolaires. Pour les personnels cela est ressenti comme une provocation supplémentaire. La FNEC FP-FO est intervenue auprès du ministre pour exiger le maintien intégral du calendrier scolaire.
Les exigences de « continuité pédagogique » ou de télétravail affirmées par le ministre dans les médias ne s’appuient sur aucune réglementation ni disposition statutaire. Ils le savent ! C’est pourquoi les exigences démesurées, les injonctions paradoxales doivent cesser !
