Des hauts fonctionnaires dénoncent le projet du ministre de l’Education nationale

Cette tribune, rédigée par une quinzaine de hauts fonctionnaires du ministère de l’Education nationale (Dasen, inspecteurs généraux, cadres du ministère), a été publiée jeudi 14 mai par le Café pédagogique.

 

Nous, enseignants, formateurs, chercheurs, inspecteurs du premier et second degrés, inspecteurs généraux, directeurs académiques, cadres de l’administration centrale, sommes des témoins privilégiées et informés de la situation actuelle de l’école. Animer des équipes pédagogiques, diriger les services départementaux de l’Éducation nationale, piloter une circonscription, former des enseignants, enseigner les disciplines au programme, réfléchir à comment faire en sorte d’assurer au mieux la réussite de tous les élèves : tel est, depuis tant de temps pour les uns, moins longtemps pour d’autres, notre métier. Nous ne nous sentons pas partisans, et avons toujours été du côté des réformes quand celles-ci allaient dans le sens de l’amélioration des apprentissages et de l’épanouissement des élèves. L’esprit de chapelle nous est étranger et l’idée d’appartenir à un quelconque parti ou organisation qui nous aurait obligés à nous taire en cas de désaccord ne nous a jamais effleuré. Du reste, certains d’entre nous sont de « droite » et d’autres « de gauche » mais notre loyauté aux valeurs de l’École n’est d’aucun bord, elle est quotidienne. Et nous nous efforçons, au jour le jour, de la défendre et de la faire vivre de notre mieux.

Or aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous taire. Au-delà même de la gestion chaotique du Covid 19 dans les écoles, au-delà, dans ce contexte complexe, des propos du ministre  contradictoires, évasifs, ou immédiatement infirmés par le Premier ministre, nous considérons que ce serait une faute éthique et politique. Qu’observons-nous bien plus précisément que les journalistes, même les plus aguerris, n’écrivent ?

Nous voyons tout d’abord un immense mensonge.

En prétendant construire une école de la Confiance, le ministre et son Cabinet instaure un authentique climat de défiance. Dans ce climat aux ordres, le Cabinet ministériel manie contrôles, censures, dans un management autoritaire, fondé sur la suspicion, la menace, le verrouillage de toute expression qui ne serait pas « dans la ligne ». Les recteurs et les Directeurs académiques convoqués pour une grand messe qui nie leur marge d’autonomie et d’expertise. Ces procédés sont inédits, jamais vus à ce niveau dans l’École de la République ; les cadres que nous sommes les constatons, et les déplorons, soucieux que nous demeurons de ne pas confondre loyauté et soumission, conscience professionnelle et obéissance aveugle.

Les cadres que nous sommes y voient se déployer sans retenue, un double discours permanent, nourrissant une rhétorique d’une duplicité chronique : cela passe par l’affirmation d’une priorité accordée au primaire, notamment dans la politique dite des fondamentaux et du dédoublement des classes (GS, CP et CE1), mais dans le même temps une relégation d’autres mesures parmi les plus efficaces (comme « plus de maîtres que de classes) au profit de dispositifs dont aucune étude ne permet à ce jour de mesurer l’efficacité réelle sur les apprentissages des élèves. Le seul juge de paix étant le ressenti du Ministre disant que tout va mieux là où aucun indicateur fiable ne peut le confirmer. L’affichage d’un discours sur l’Excellence en voie professionnelle est brandie alors que dans le même temps s’opère une dilution de la voie professionnelle publique sous statut scolaire en vue d’une disparition progressive du lycée professionnel mis en concurrence avec des organismes de formation privés et l’apprentissage. En voie générale des lycées, la réforme du Bac a montré son impréparation et aussi le fait que les élèves les mieux dotés socialement seraient, là encore, les plus à l’aise.

Mise au pas

Ce n’est pas seulement la liberté pédagogique des enseignants qui est mise à mal, mais aussi la liberté de pensée d’une Institution toute entière mise au pas. La liste serait longue, à la Prévert (mais malheureusement moins réjouissante) : des enseignants à qui l’on distribue des « guides », au mépris de leur expertise, des inspecteurs du premier degré que l’on veut caporaliser, dont on réduit les missions à des fonctions de contrôle, des inspecteurs du second degré sommés de relayer des injonctions paradoxales, et de nier la réalité des difficultés de mise en œuvre sur le terrain, une Inspection générale de plus en plus technocratisée, réduite au contrôle et dépossédée de sa fonction d’expertise, des chercheurs en sciences de l’éducation, en sciences humaines et sociales que l’on stigmatise, ostracise, voire excommunie du débat d’idées inhérent à tout système éducatif dans un État de droit, des instances d’évaluation que l’on met au pas, voire que l’on remplace pour que le Ministre ne puisse disposer que des évaluations abondant dans le sens des réformes du ministère.

Ce sont encore des fonctionnaires et hauts-fonctionnaires purement et simplement dépossédés de leurs dossiers d’expertise au profit de technocrates plus soucieux de leur intérêt de carrière à court terme que de la qualité du service rendu compte tenu, au choix, de leur inexpérience ou de leur incompétence. Ou d’autres encore qui sans conscience ou par idéologie, peuvent enfin donner libre cours à leur autoritarisme spontané.

Les enseignants du premier degré sont quant à eux renvoyés à un statut de simple exécutants, suspendus à des préconisations d’une neuroscience devenue toute puissante et intolérante aux autres sciences de l’éducation. Des inspecteurs territoriaux deviennent contraints de surveiller et obligés de se faire, eux-mêmes et à leur corps défendant, des exécutants aux ordres, malgré leur ressentiment, malgré parfois leur honte (une phrase revient souvent dans toutes les académies, à presque tous les postes sans que le Cabinet n’en ait cure : « jusqu’où pourrons-nous nous regarder dans la glace le matin ? » ; « nous avons l’impression de nous renier nous-mêmes », etc.). Les agents publics sont amenés à faire passer les réformes venues d’en haut, au mépris même de leur autonomie et de leur conceptions éducatives.

Scientisme

Nous, cadres, observons également un aveuglement scientiste : le Ministre, dès son arrivée rue de Grenelle, a voulu donner une caution scientifique colorée de modernité à ce qui ne relève que de mesures idéologiques marquées dans les faits du sceau d’une pensée conservatrice et néolibérale sommaire. L’installation, sous la houlette directe du ministère et au détriment d’instances existantes d’évaluation du système scolaire, du Conseil Scientifique de l’Éducation nationale en témoigne. Ici, ne règne qu’une vision de la recherche cognitive, sans la didactique, sans les sciences de l’éducation, ni la sociologie de l’école. « Tout se joue dans le cerveau » dit le ministre. Vive l’imagerie du cerveau. À bas les 100 ans de recherches pluridisciplinaires sur l’école ! La communication ministérielle est formelle, en laissant croire que la simple « remédiation » technique, fondée sur des procédures et des protocoles, sur du « pilotage par les preuves » suite à des tests de positionnement pourra vaincre la difficulté scolaire. Les neurosciences (et encore, une école particulière) sont érigées au rang de nouvelle doctrine pédagogique au détriment du savoir-faire des enseignants et des personnels d’encadrement de terrain ; elles se substituent ainsi à la compréhension des enjeux culturels, sociaux et cognitifs des apprentissages scolaires. Le numérique éducatif, alpha et oméga de la pensée pédagogique actuelle, sert de cheval de Troie pour infiltrer les pratiques pédagogiques et offrir l’échec scolaire en marché aux éditeurs numériques et opérateurs privés. Les annonces récentes du Ministre au moment du déconfinement sur l’importance future de l’enseignement à distance vont bien dans ce sens. L’invasion des soft skills issues de l’idéologie néolibérale, reprenant les théories béhavioristes les plus éculées, contaminent le champ éducatif comme nouveau modèle de compétences centré sur l’individu au détriment des valeurs du collectif. Un détournement des thématiques de la personnalisation, de l’individualisation vient achever le travail en faisant porter sur les individus et non plus sur le collectif et les choix politiques la réussite des personnes ou de leur propre échec dans le système.

Un projet réactionnaire

Nous contemplons aussi, atterrés au quotidien, des mesures dites « pour la justice sociale » qui ne font qu’augmenter les inégalités sociales devant l’école.

En voie générale, sous le prétexte de l’exigence et du rehaussement du niveau, le ministre rétablit une culture élitiste qui trie, hiérarchise et sélectionne les élèves, mettant en place la compétition de tous et l’élimination des plus faibles au fur et à mesure du cursus scolaire. La réforme du Bac soumet les familles à une carte des enseignements de spécialités créant des inégalités territoriales de fait. Les E3C soumettent à une pression certificative permanente les élèves et leurs enseignants; dénoncées par les Chefs d’établissement et par une note interne de l’Inspection générale, perturbées dans plusieurs établissements, générant anxiété des élèves, pression permanente de tous et difficultés de mise en œuvre, ces épreuves ne servent que des logiques évaluatives au détriment des logiques de formation.

En voie professionnelle, alors qu’une large part du projet de démocratisation de l’École a reposé sur l’accès de ces élèves à l’enseignement supérieur, les bacheliers professionnels ont été dépossédés à bas bruit des disciplines de l’enseignement général par une baisse drastique des horaires, ce qui leur interdit désormais tout projet de poursuites d’études. Cette saignée horaire des disciplines générales en lycée professionnel, dénoncée par les enseignants comme on crie dans le désert, attente aussi à un enseignement émancipateur, levier majeur de l’intégration des élèves issus des milieux populaires. Cette politique consiste, de fait, à séparer les LP du paysage scolaire français en les arrimant au monde de l’entreprise et à une vision surannée et irréelle de l’apprentissage.

Dans le primaire et au collège, la liste est longue encore des entorses à notre Pacte républicain autour de l’École : une priorisation accordée à la maternelle privée (avec l’obligation scolaire à 3 ans) quand les maternelles publiques manquent de moyens ; une instrumentalisation de la thématique de l’échec scolaire pour rogner sur les moyens attribués à l’Éducation prioritaire (dont le nom même s’efface du portail internet du ministère) ; l’abandon de la dimension pédagogique de l’Éducation Prioritaire se faisant, au profit du thème, politiquement fort, de la ruralité. Nous dénonçons, en tant qu’acteurs de terrain et pilotes de ces réseaux, le détricotage progressif de cette politique œuvrant depuis des années à comprendre et à agir sur les difficultés des élèves les plus éloignés de l’École.

Éducation à la citoyenneté et laïcité dévoyés

Et pour aggraver encore le constat, le Ministre a choisi une mise en scène d’un traitement « sage » de la question de la laïcité scolaire tout en nommant un Conseil des Sages composé de membres dont certains sont très nerveux sur ces questions sensibles, contribuant ainsi à une irresponsable hystérisation du débat médiatique sur l’islam. Ce principe de laïcité scolaire, auquel nous tenons tant, se dit parfois au mépris de la loi, par le Ministre lui-même. À ce titre, l’instrumentalisation de la laïcité à des fins politiques, est heureusement contrôlée par les acteurs de terrain que nous sommes et… le Premier ministre lui-même au sujet des mamans accompagnatrices. Une instrumentalisation qui s’étend aussi aux questions liées aux banlieues, et au mépris des travaux existants. Mais il est vrai qu’il s’agit souvent de travaux sociologiques que le ministre renvoie, d’une formule de slogan, à des bourdieuseries sans intérêt et fausses.

Pourtant, le Ministre se voulait offensif sur la question de la citoyenneté : n’a-t-il pas annoncé un ajout au tryptique républicain : Liberté, égalité, fraternité et Respecter autrui ? Il s’agit là encore de l’énonciation d’une formule (« respecter autrui ») dont, nous, acteurs de terrain situés à tous les échelons de l’Institution, pouvons certifier du fait qu’aucune action ne vient appuyer cette intention, réduite à une formule d’affichage réservée à la communication médiatique ministérielle. Le Conseil Supérieur des Programmes a consciencieusement vidé de sa substance pédagogique l’enseignement moral et civique (EMC) par un ajustement de ces programmes deux ans à peine après sa mise en place. Verrouillage, contrôle et reprise en main sont là aussi à l’ordre du jour. De même, rien ne vient favoriser les formations d’enseignants sur ce « respecter autrui » dont l’exemple le plus net est la formation statutaire des enseignants du premier degré qui, cantonnés aux « fondamentaux » que seraient le français et les mathématiques, évacue tous les domaines de la culture (tant scientifique, humaniste, artistique, historique que géographique). La formation statutaire des cadres suit le même chemin dans un Institut (l’IH2EF) dévolu désormais uniquement à la passation des consignes ministérielles. Le ministère ferait bien d’initier dans ses logiques quotidiennes ce « respecter autrui » si absent de ses propres fonctionnements, comme un rapport de l’Inspection générale vient de le pointer, notamment au sujet de l’organisation interne de la rue de Grenelle et de la Dgesco en particulier.

Nous, cadres de l’Éducation nationale, confondus par la situation faite à l’École de la République, ne pouvons nous résoudre à cet état de fait et prenons la responsabilité d’écrire ici pour, qu’au moins, nous puissions nous regarder en face et nous dire que nous avons prévenu du tournant qu’avait pris l’École. Car au-delà de telle ou telle mesure, c’est bien la philosophie d’ensemble qui vient heurter nos valeurs. La culture ministérielle actuelle est éloignée, de fait, de la culture professionnelle enseignante et de terrain. Le Ministre entend aujourd’hui piloter de façon autoritaire des réformes sans construire l’adhésion des enseignants et sans prendre en compte l’expertise des personnels d’encadrement. Symptomatiquement, la loi « pour l’école de la confiance » couvre de facto une politique de la défiance inédite à l’égard du pédagogique. Le plus grave est là. Nous observons, consternés, un système éducatif détourné de ses fondements républicains et de ses valeurs et ne pouvons nous taire. Le terrifiant verrouillage en cours du débat démocratique sur les enjeux et les finalités d’une École pour tous ne se fera pas avec notre contribution car nous ne voulons pas, nous, enseignants, formateurs, chercheurs, inspecteurs du premier et second degrés, inspecteurs généraux, directeurs académiques, cadres de l’administration centrale, trahir l’École de la République et ses idéaux.

Groupe Grenelle

Contractuels : consulter l’avis du chef d’établissement

Cette année, les avis du chef d’établissement (et du corps d’inspection si vous avez été inspecté) sont disponibles sur ORIANT du 14 mai au 15 juin 23h55.

 
Attention
Depuis 2018 malgré les demandes réitérées du SNFOLC, rien n’est prévu pour garder une trace des AVIS DU CHEF D’ÉTABLISSEMENT ET DE L’INSPECTEUR.
Pensez à faire des copies d’écran de chacun de ces avis car, après le 15 juin, ils ne seront plus consultables !

 

 

Par ailleurs, ces avis ne comportent ni date, ni mention de l’établissement d’enseignement, ni même le nom de la personne qui les émet. Nous vous conseillons donc comme dans l’exemple ci-dessous :

    • d’ouvrir un autre onglet de votre navigateur sur Pronote (ou La Vie Scolaire) par exemple
    • de faire apparaître la date

Pensez à communiquer cette information à vos collègues contractuel.les.

Et surtout, si vous souhaitez contester cet avis ou juste en parler, ne restez pas isolé.e, n’hésitez pas à nous contacter !

 

Le SNFOLC 35, de concert avec le SNFOLC académique, s’est adressé au recteur le 28 mai dernier au sujet de l’application ORIANT :

A propos des autorisations spéciales d’absence à compter du 11 mai 2020

Lors du CTM du 5 mai, le DGRH a confirmé que les personnels qui voudraient garder leurs enfants ou qui seraient fragiles/vulnérables bénéficieraient d’une Autorisation Spéciale d’Absence (ASA) à l’instar de tous les autres fonctionnaires.

C’est ce que le DGRH a à nouveau rappelé au cours du CHSCT M du 7 mai 2020 : « Les agents seront placés en ASA dans les mêmes conditions qu’avant et ce jusqu’à juin », précisant même que les agents pourront être placés en ASA pour garde d’enfants que ces derniers aient leur école ouverte ou non.

Travail à distance : quelles sont les différentes raisons pour lesquelles les personnels sont fondés à demander à maintenir le travail à distance ?

 

1- Les personnels (ou un membre de leur entourage) sont considérés comme étant vulnérables au sens du décret n°2020-521 du 5 mai 2020. Ce texte concerne les salariés du droit privé mais le Ministre, au cours du CHSCT M du 7 mai 2020, indique qu’il va servir de référence au Ministère de l’Education Nationale, ce décret reprenant la liste des pathologies répertoriées par le Haut Conseil de la Santé Publique. Ces personnels doivent être obligatoirement autorisés à travailler en distanciel par l’IEN / DASEN / Recteur.

2- Les personnels « anxieux » à l’idée de reprendre en présentiel ou ayant une pathologie autre que celle du champ défini par le décret n°2020-521 du 5 mai 2020 peuvent obtenir une autorisation de poursuivre leurs missions à distance sur présentation à leur IEN / DASEN / Recteur d’un certificat médical de leur généraliste stipulant simplement « personne fragile devant restée éloignée de l’école/du poste de travail ». Le Ministre a confirmé lors de son audience avec la FNEC FP FO qu’il y aurait une bienveillance à l’égard de ces personnels.

3- Les personnels qui n’ont pas de moyen de garde car l’école ou le niveau de classe de leur enfant est fermé ou qui décident de ne pas remettre leur enfant à l’école peuvent continuer le travail à distance.

Quant aux personnels ne relevant d’aucun point précité qui ne peuvent ni travailler en présentiel ni en distanciel doivent fournir un arrêt de travail. Le jour de carence s’appliquera sauf en cas de coronavirus avéré.

N’hésitez pas à nous contacter

si vous rencontrez des difficultés dans vos démarches !

Autorisations spéciales d’absence à compter du 11 mai 2020

Le DGRH a, lors du CTM du 5 mai, confirmé que les personnels qui voudraient garder leurs enfants ou qui seraient fragiles/vulnérables bénéficieraient d’une Autorisation Spéciale d’Absence (ASA) à l’instar de tous les autres fonctionnaires.

C’est ce que le DGRH a à nouveau rappelé au cours du CHSCT M du 7 mai 2020 : « Les agents seront placés en ASA dans les mêmes conditions qu’avant et ce jusqu’à juin. » précisant même que les agents pourront être placés en ASA pour garde d’enfants que ces derniers aient leur école ouverte ou non.

Dans notre académie, la FNEC-FP-FO académie de Rennes est intervenue pour faire respecter ce droit pour les enseignants qui ne souhaitent pas se mettre en danger, ni mettre en danger leurs collègues et leur entourage. 

Pour bénéficier de cette ASA, il vous faut envoyer un mail

à votre chef d’établissement pour l’informer de votre décision.

Comme de bons petits soldats ?

Dans son allocution du 16 mars dernier, le Président de la République a déclaré, avec une gravité de ton qui détonait sur l’insouciance qu’il affichait quelques jours auparavant : « Nous sommes en guerre … » Dans la foulée, il s’est trouvé des contradicteurs, bien peu inspirés pour le coup, qui estimaient qu’un virus n’est en rien un belligérant. Sauf que, comme souvent dans le discours macronien, les intentions précises de son auteur n’ont rien d’explicite, et que le non-dit est mille fois plus important que les mots qui sortent de la bouche de Jupiter.

Ce qui se cache dans les replis de la rhétorique présidentielle, c’est le sort réservé aux soldats. A l’instar de tout officier supérieur digne de ce nom, le chef de l’État n’a que faire de l’intégrité physique de la piétaille qu’il manipule comme les pions d’une partie d’échecs. Lors de la Première Guerre mondiale, lorsque l’infanterie montait au front, il n’était pas rare que l’artillerie pilonne en même temps le terrain convoité, et tant pis si la chair à canon tombait sous ses propres obus… En 1986, dans une autre guerre, d’un type un peu différent, à Tchernobyl, les ouvriers envoyés colmater le réacteur n’avaient été équipés d’aucune tenue anti radiations ; l’histoire des conflits armés est jalonnée de ces sacrifices plus barbares que ceux que l’humanité pratiquait dans les commencements de son existence. Covid-19 peut dormir sur ses deux microscopiques oreilles, c’est contre les salariés que Monsieur Macron met baïonnette au fusil.

Tant pis donc si l’État-major cache la vérité à la troupe, il a tous les droits en temps de guerre : mentir sur sur les stocks de masques, abandonner les hôpitaux et les personnels soignants à leur détresse, vêtus de sacs poubelle en guise de surblouse, restreindre la liberté de circulation et d’expression, casser encore plus les droits des salariés. Et faire la part du feu en ne dispensant les soins qu’aux victimes les moins atteintes.

Qui dit guerre dit économie de guerre. Estimant que les réservistes étaient trop longtemps restés à l’arrière, Geoffroy Roux de Bézieux, en digne héritier des Schneider et autres Krupp, a décrété qu’il lui fallait toute sa chair à canon. C’est ainsi qu’est lancé l’ordre général de déconfinement pour le 11 mai.

Aucun sous-officier n’est plus zélé que Monsieur Blanquer quand il s’agit d’accéder aux désirs du patronat, il a donc remis la troupe en ordre de marche. Graduellement, à partir du 11 mai, bataillons, régiments et détachements remontent à l’assaut. Munis de masques ? Si d’aventure ils en ont, ils n’auront certainement pas été fournis par les autorités. Dépistés ? Promis, juré, craché, chacun sera fixé sur son sort… Mais au train où vont les choses, il y a de fortes chances que ce soit dès la fin de la pandémie…

Ce que s’apprête à faire le ministre de l’Éducation nationale porte un nom : mise en danger délibérée de la vie d’autrui. En passant outre l’avis du conseil scientifique mis en place par le gouvernement auquel il appartient, il prend la responsabilité de provoquer une nouvelle vague de contamination, d’endeuiller toujours plus de gens.

Pour le SNFOLC35, le retour au travail n’est possible que si la fin de la pandémie est établie avec certitude. Tant que ce ne sera pas le cas, le principe de précaution doit s’appliquer sans dérogation possible. Et si Force ouvrière se bat pour que l’employeur assume ses responsabilités en matière de protection des salariés, il n’en va pas de même pour d’autres organisations qui ont, semble-t-il, choisi d’élaborer un protocole de retour au travail qui en fait les supplétifs du ministère. C’est en temps de guerre que s’exprime avec le plus de force ce que l’être humain a de plus honteux au fond de lui…

Le SNFOLC35 préconise l’exercice du droit de retrait, du droit d’alerte, a déposé un préavis de grève pour couvrir les collègues qui décideraient de mettre crosse en l’air, l’enjeu est littéralement vital…
Faudra-t-il ériger de nouveaux monuments aux morts pour rappeler combien d’innocents sont tombés dans une guerre qui n’était pas la leur ? Que ceux qui sont responsables de l’hécatombe de 2020 se rappellent que les travailleurs n’ont pas la mémoire courte, qu’ils demanderont des comptes.

Et puisque les militants de Force ouvrière n’auront pas pu chanter l’Internationale ce 1er mai 2020, en guise de mince consolation, en voici donc le cinquième couplet :

Les Rois nous saoûlaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

 

Résister, revendiquer, reconquérir !