Les deux masques de Janus

Janus était chez les romains le dieu de la transition, des commencements et des fins. Ses représentations le montrent bifrons, c’est à dire doté de deux visages, l’un regardant vers l’avant, l’autre vers l’arrière…

Comme Janus, les enseignants actuellement se trouvent dans une phase de transition : ils assistent à l’extinction du modèle de l’instruction publique tel qu’ils le connaissaient et à l’éclosion  de l’enseignement hybride que le ministère impose à la faveur d’une crise sanitaire qu’il n’a pas provoquée, mais qui lui sert de prétexte pour déréglementer à tout va. État d’urgence sanitaire oblige, c’est un masque par visage que les enseignants, à l’instar de Janus, doivent porter. Deux masques censés les protéger, mais qui servent surtout à couvrir d’un voile l’expression de leur colère…

Car la colère gronde… Pour le SNFOLC35, le succès de la grève du 10 novembre s’explique par la multiplicité des revendications qui sont celles des enseignants des second et premier degré. Quand d’aucuns auraient voulu se focaliser sur la seule problématique sanitaire, nous avons, nous, su aller à la racine du mal : tant que les suppressions de postes prévues par les politiques d’austérité des gouvernements successifs perdureront, nos conditions de travail s’aggraveront, nos salaires seront amputés, la protection que nous doit notre employeur restera insuffisante. L’urgence est à la création des postes, au recrutement de tous les lauréats aux concours, qu’ils soient externe, interne ou réservé.

Et ce n’est pas la pitoyable annonce ministérielle d’une revalorisation de pacotille qui va pouvoir mettre du baume sur les plaies. De qui se moque Monsieur Blanquer avec ses saupoudrages sur les débuts de carrière (25 euros net par mois !) ou sa prime de 150 euros pour l’achat de matériel informatique destiné à l’enseignement hybride ?

Alors, nous le disons inlassablement dans ces colonnes, il incombe à tous les salariés de ce pays et d’ailleurs de s’organiser pour la riposte, pour un mouvement interprofessionnel décisif, le seul à même de renvoyer les contre réformes et les désastreux projets en cours aux oubliettes de l’histoire.

Même si chacun, et c’est bien normal, hésite à faire un premier pas, çà et là des voix s’élèvent, qui donnent confiance en l’avenir. Parmi elles, celles de 38 professeurs du Lycée Professionnel Louis Guilloux de Rennes réunis en Assemblée Générale le lundi 9 novembre 2020, dont voici des extraits de la motion d’assemblée générale :

[…]

Nous faisons face à une crise sanitaire sans précédent, à des attentats qui ont marqué le pays et éprouvé les enseignants. Par ailleurs, dans ce contexte, on nous impose une réforme de la voie professionnelle que nous rejetons sans détour. Cette réforme est injuste, particulièrement pour les élèves les plus en difficultés. Ces élèves perdent un nombre d’heure disciplinaire très important. C’est pourtant le public qui en a le plus besoin. Pour devenir des professionnels compétents, des citoyens éclairés, responsables et libres, nos élèves méritent plus. C’est d’ailleurs ces valeurs que Samuel Paty transmettait dans sa classe. En portant ces revendications, nous pensons aussi à lui.[…] Comment pouvons-nous faire face à une crise sanitaire de cette ampleur alors que les conditions de travail sont déjà fortement dégradées ? Comment pouvons-nous faire face à une crise sanitaire lorsque nombre de collègues ne voit plus de sens dans la pédagogie qui lui est imposée ? Comment pouvons-nous faire face à une crise sanitaire alors que le ministre, par des injonctions, des consignes contradictoires, désorganise l’établissement ? Comment pouvons-nous faire face à une crise sanitaire sans une vraie reconnaissance de notre ministère, sans une revalorisation salariale et des moyens décents ? Comment faire face à cette crise sanitaire sans de réelles mesures de protections, à savoir : tester/isoler de façon systématique ?

Ce sont ces énergies que Le SNFOLC 35 s’efforce de fédérer avec l’Union départementale. De ce point de vue, le 1er décembre, jour de grève et de rassemblement (11 heures Place de la République) constitue une étape importante vers la reconquête de nos acquis sociaux.

Résister, revendiquer, reconquérir !

9 élèves scolarisés à Laillé sous le coup d’expulsions

Neuf enfants scolarisés dans des établissements publics à Laillé (collège et école) vont être expulsés avec leurs familles et seront reconduits dans leurs pays d’origine malgré le risque qu’ils encourent là-bas. 
 
Parents d’élèves, enseignants, habitants de la commune, toutes et tous se déclarent profondément choqués et inquiets quant à l’avenir de ces deux familles.
 
 
Vous trouverez ici la pétition pour le préfet. Signez-la et diffusez-la autour de vous!
RASSEMBLEMENT MARDI 24 NOVEMBRE 2020
à 16h30, devant les écoles publiques de Laillé Henri Matisse et Léonard de Vinci, en soutien aux familles.
Cet appel est fait par les enseignants et les parents d’élèves.
 
 
Le SNFOLC 35 soutient ce rassemblement et cette mobilisation.
Tous les enfants ont droit à une scolarité !

Création des postes nécessaires maintenant !

Depuis la reprise du 2 novembre, les personnels se mobilisent, à travers des grèves et des rassemblements, pour exprimer leur inquiétude et dénoncer leurs conditions de travail dégradées. Au centre des revendications : l’urgence d’un recrutement massif de personnels à l’Education nationale, pour alléger les effectifs et faire face à la situation sanitaire.

Que répond le ministre ?

Il communique sur les remplacements mais ne crée aucun poste statutaire. Il renvoie la responsabilité aux personnels, qui seraient chargés de gérer localement la « continuité pédagogique », notamment à travers l’enseignement à distance.

 

Lors du Conseil Supérieur de l’Education du 17 novembre 2020, plusieurs organisations se sont adressées à nouveau au ministre à travers la déclaration intersyndicale suivante :

« Les organisations FSU, FNEC FP-FO, SUD Education, UNSA Education, Sgen-CFDT, SNALC, CGT Educ’action, SNCL-FAEN, FCPE, UNL et FIDL considèrent que la situation actuelle nécessite la présence massive et urgente de personnels dans les écoles, collèges et lycées.
Elles demandent le recrutement de personnels (remplaçants, assistants d’éducation…) comme annoncé par le ministre lors de la conférence de presse du 12 novembre, afin non seulement d’améliorer les conditions d’exercices actuelles, mais également d’anticiper sur les scénarios futurs.
Nos organisations invitent les personnels et les parents d’élèves à se mettre en contact dans les départements et à agir en commun pour porter cette demande en direction des IA-DASEN, des recteurs et du Ministre. »

 

La FNEC FP-FO s’est adressée aux organisations qui portent cette revendication pour leur proposer l’action commune à tous les niveaux.

Le SNFOLC 35 appelle les personnels, les parents et les lycéens à se regrouper et faire valoir ensemble les besoins chiffrés en postes, en classes, en heures d’enseignement en direction du ministre et de ses représentants.

 

D’ores et déjà, des initiatives intersyndicales départementales sont prises avec les représentants des parents d’élèves.

Revalorisation : le ministre se moque de nous !

Le ministre vient de faire ses annonces concernant la « revalorisation des enseignants » dans le cadre du Grenelle. Il n’a pas manqué une fois de plus d’afficher son mépris vis-à-vis des revendications, en faisant connaître ses décisions dans un courrier envoyé aux personnels, avant même que la réunion avec les syndicats le 16 novembre soit terminée. La forme rejoint le fond : pour FO, ses annonces tournent le dos à l’urgence d’un rattrapage des pertes liées au gel du point d’indice.
 

La majorité des personnels exclue de la revalorisation

Alors que les personnels demandent une réelle augmentation de salaire et le rattrapage de leur pouvoir d’achat amputé depuis des années par le gel du point d’indice, alors que les personnels hospitaliers ont obtenu 183 € net d’augmentation indiciaire (soit une hausse du budget pour leur rémunération de 7,5 milliards), le ministre Blanquer propose avec son « Grenelle » de nouvelles indemnités pour un budget de 500 millions d’euros annuels, mais seulement 400 millions en 2021 car la « prime d’attractivité » ne serait effective qu’à partir de mai 2021.
 
Le ministre prétend « revaloriser » les personnels. Cette « revalorisation » est une provocation, tant pour les enseignants (dont la grande majorité est exclue) que pour les autres personnels (rien pour les ATRF et techniciens de labos, rien pour les administratifs, rien pour les personnels médicaux-sociaux !). Si les personnels contractuels ne sont pas exclus, cela ne saurait remplacer une titularisation permettant l’accès au statut ; et il est regrettable que la prime d’attractivité pour les contractuels soit inférieure de plusieurs centaines d’euros à celle des titulaires !
 
Faisant l’aveu du manque d’attractivité de la profession d’enseignant (c’est le résultat de sa politique et de celle des gouvernements avant lui !), le ministre envisage donc d’instaurer une « prime d’attractivité » pour les seuls personnels en début de carrière. Ainsi, 173 millions d’euros seulement en 2021, puis 260 millions annuels (nous promet-il) y seraient consacrés. 
 
La prime ne s’appliquera donc qu’à moins d’un tiers (31%) des personnels, et rien pour les autres puisque pour Jean-Michel Blanquer il ne s’agit de s’occuper que de la tranche de rémunération sur laquelle « la France est le plus en retard quand on compare la rémunération des enseignants français avec celle des autres pays de l’OCDE ». Si on comprend bien, la France est aussi en retard sur les autres tranches … mais moins donc pas besoin de les revaloriser !
 
Qui plus est la prime serait décroissante : plus l’échelon est élevé (et dure plus longtemps) moins la prime est importante. Or, déjà une « revalorisation » précédente intervenue à l’époque où Luc Chatel était ministre de l’EN (2009- 2012) s’était concentrée sur les premiers échelons de manière dégressive. En conséquence, la prime Blanquer d’attractivité aura pour effet un « tassement » des rémunérations : le passage de l’échelon 3 à l’échelon 4 permettra une augmentation de 31,75 € brut mensuel, soit à peine 25 € nets.
 
Sous couvert de revalorisation, le ministre projette « de porter le taux de promotion [à la hors-classe] à 18% ». Quand on sait que le taux actuel est de seulement 17%, cela signifie que là où il y avait 170 promotions pour 1000 promouvables il y en aurait dorénavant 180. Mais comme, dans le même temps, le nombre de promouvables diminue à cause du manque récurrent d’attractivité du métier, cela signifie surtout que le nombre de promotions n’augmentera pas. Cela ne remet, par ailleurs, pas en cause les conditions d’accès à la hors-classe cadrées par PPCR. Le ministère chiffre cette mesure à 4 millions en 2021, 11 millions ensuite. Mais rapportée au nombre de professeurs et CPE, la faiblesse de cette enveloppe ne permet pas d’augmenter de manière significative le taux.

Une prime d’équipement informatique de 150 euros… par an

 
Pour le ministre, ces 150 euros par an suffiraient aux enseignants et PsyEN (mais pas les CPE, pas les AESH…) pour « acquérir ou renouveler en trois ans environ un équipement informatique complet (ordinateur, logiciels, éventuellement imprimante) ». Il est permis de s’interroger sur la qualité du matériel qu’on pourrait acheter avec cette somme… 
 
Le SNFOLC 35 rappelle que pendant le confinement, les personnels ont payé de leur poche : le matériel informatique, l’imprimante, ses consommables et le papier, l’abonnement internet, et le téléphone pour appeler les parents. Les frais déjà engagés par la majorité des collègues dépassent de loin ces quelques centaines d’euros. De qui se moque-t-on ? Plus grave, le ministre n’oublie pas de préciser que cette prime serait allouée dans un contexte de « nécessité qui a été renforcée pendant la crise sanitaire, avec le développement de l’enseignement à distance », c’est-à-dire de la mise en place de l’enseignement hybride (présentiel + télétravail), explosant le temps et la charge de travail.

Sans contreparties, vraiment ?

Le ministre le dit lui-même : « ces mesures ont été prises dans le cadre d’un travail global engagé au sein du Grenelle de l’éducation ». Les mesures du Grenelle sont en effet totalement imbriquées dans l’agenda social ministériel, qui prévoit de réviser les statuts et les missions à travers des dizaines de groupes de travail. A travers de multiples thèmes et entrées, ces GT s’articulent et avancent vers un objectif commun de remise en cause de nos statuts et de nos droits pour mettre en place un « management de proximité », complètement cohérent avec la loi de transformation de la fonction publique (dissolution des CAP, Lignes Directrices de Gestion, GRH de proximité, réforme des concours enseignants,…)
 
C’est aussi la poursuite de la mise en oeuvre de l’accompagnement PPCR sous couvert de formation. Il s’agit bien de poursuivre la déréglementation des missions des personnels, d’augmenter leur charge de travail jusqu’à l’impossible. C’est donc un marché de dupes que le ministre présente aux personnels : des miettes sous forme de primes en échange d’une grave dénaturation des missions des personnels.
Le SNFOLC 35, avec sa fédération la FNEC FP-FO, n’apporte aucune caution à la politique du ministre et entend continuer à informer les personnels sur ses projets afin d’en obtenir l’abandon.