La peur et son camp

Chili, Bolivie, Liban, pour n’en citer que quelques uns, la liste des pays où les travailleurs relèvent la tête s’allonge ces derniers temps. Ce n’est pas pour nous déplaire, nous qui, à Force ouvrière, ne cessons de dire que la seule véritable communauté humaine, c’est celle qui se joue des frontières et qui se soude autour de ses intérêts de classe et de ses aspiration à l’égalité sociale.

Dans tous les endroits où les politiques d’austérité ne passent plus, les dirigeants politiques et économiques  perdent de leur arrogance et se voient contraints à jeter du lest, la peur change de camp…

Nous serions bien inspirés de suivre de tels exemples. Et de ne pas attendre que la situation empire avant de redresser enfin la tête nous aussi.

Devrons-nous attendre que les immolations par le feu deviennent un mode de régulation d’une jeunesse sans avenir au même titre que l’inscription à Pôle Emploi ?

Devrons-nous attendre que le travail du dimanche se généralise ?

Que tous les commerces puissent ouvrir jusqu’à minuit comme le laisse entendre ces derniers jours le gouvernement ?

Devrons-nous accepter sans broncher de voir imposer aux enseignants des journées de formation hors temps scolaire ?

De voir l’âge légal de la retraite devenir une coquille vide, d’avoir à travailler jusqu’au bout de la vie ?

 

Rappelons que l’âge de vie en bonne santé est de 63 ans et 9 mois pour une femme, 62 ans et 36 jours pour un homme !

Il faudrait donc, aux termes du projet Macron-Delevoye de casse de nos retraites, se résoudre à l’inacceptable : l’instauration dans la sixième puissance économique mondiale de ce que nos anciens appelaient « la retraite des morts ». Pire encore, il faudrait vivre avec le poids de la responsabilité d’avoir légué à nos enfants, nos petits-enfants, une société où prime la règle du tous contre chacun et chacun pour soi. Qui peut admettre cela ?

Pour les latins, l’expression metus hostium (peur de l’ennemi) voulait dire deux choses : d’une part la peur que l’ennemi nous inspire , d’autre part la peur que nous sommes capable d’inspirer à l’ennemi si nous nous en sentons la force.

Les politiques d’austérité nous ont trop longtemps fait vivre dans la peur, il est donc temps que nous fassions peur à notre tour. C’est la raison pour laquelle le SNFOLC 35 appelle à la grève à partir du 5 décembre. Pas la grève d’un jour, comme le voudraient certaines organisations dites syndicales qui ne sont en définitive que des machines à entretenir la peur, et qui s’apprêtent à relayer la propagande gouvernementale sur les prétendus avantages de la réforme des retraites. La grève illimitée, pour bloquer le pays par l’action interprofessionnelle avec nos camarades de la RATP, des transports, de l’Equipement, de la SNCF.

 

Déjà, dans les discussions de salle des profs, la reconduction occupe une part non négligeable des conversations, et il va falloir être sans peur désormais pour résister aux menées démobilisatrices de ceux qui expliquent qu’il faut d’abord réussir le 5 pour repartir plus tard, en février, en avril, et qui feront traîner en longueur jusqu’au moment fatidique où la loi sera votée en catimini à la faveur des vacances estivales.

Au SNFOLC35, nous choisissons résolument la grève des confiseurs, aucune trêve n’interviendra avant la victoire !

Ce ne sera pas facile, qui pourrait le nier, et nous n’avons à promettre, comme d’autres en leur temps que « Blood, sweat ans tears » (Du sang, de la sueur et des  larmes). Mais nous n’avons pas d’autre choix que de réunir des assemblées générales, d’alimenter le fond de grève mis en place par l’Union départementale, et de poser le sac pour qu’enfin la peur change de camp !

Résister, revendiquer, reconquérir !