Comme de bons petits soldats ?

Dans son allocution du 16 mars dernier, le Président de la République a déclaré, avec une gravité de ton qui détonait sur l’insouciance qu’il affichait quelques jours auparavant : « Nous sommes en guerre … » Dans la foulée, il s’est trouvé des contradicteurs, bien peu inspirés pour le coup, qui estimaient qu’un virus n’est en rien un belligérant. Sauf que, comme souvent dans le discours macronien, les intentions précises de son auteur n’ont rien d’explicite, et que le non-dit est mille fois plus important que les mots qui sortent de la bouche de Jupiter.

Ce qui se cache dans les replis de la rhétorique présidentielle, c’est le sort réservé aux soldats. A l’instar de tout officier supérieur digne de ce nom, le chef de l’État n’a que faire de l’intégrité physique de la piétaille qu’il manipule comme les pions d’une partie d’échecs. Lors de la Première Guerre mondiale, lorsque l’infanterie montait au front, il n’était pas rare que l’artillerie pilonne en même temps le terrain convoité, et tant pis si la chair à canon tombait sous ses propres obus… En 1986, dans une autre guerre, d’un type un peu différent, à Tchernobyl, les ouvriers envoyés colmater le réacteur n’avaient été équipés d’aucune tenue anti radiations ; l’histoire des conflits armés est jalonnée de ces sacrifices plus barbares que ceux que l’humanité pratiquait dans les commencements de son existence. Covid-19 peut dormir sur ses deux microscopiques oreilles, c’est contre les salariés que Monsieur Macron met baïonnette au fusil.

Tant pis donc si l’État-major cache la vérité à la troupe, il a tous les droits en temps de guerre : mentir sur sur les stocks de masques, abandonner les hôpitaux et les personnels soignants à leur détresse, vêtus de sacs poubelle en guise de surblouse, restreindre la liberté de circulation et d’expression, casser encore plus les droits des salariés. Et faire la part du feu en ne dispensant les soins qu’aux victimes les moins atteintes.

Qui dit guerre dit économie de guerre. Estimant que les réservistes étaient trop longtemps restés à l’arrière, Geoffroy Roux de Bézieux, en digne héritier des Schneider et autres Krupp, a décrété qu’il lui fallait toute sa chair à canon. C’est ainsi qu’est lancé l’ordre général de déconfinement pour le 11 mai.

Aucun sous-officier n’est plus zélé que Monsieur Blanquer quand il s’agit d’accéder aux désirs du patronat, il a donc remis la troupe en ordre de marche. Graduellement, à partir du 11 mai, bataillons, régiments et détachements remontent à l’assaut. Munis de masques ? Si d’aventure ils en ont, ils n’auront certainement pas été fournis par les autorités. Dépistés ? Promis, juré, craché, chacun sera fixé sur son sort… Mais au train où vont les choses, il y a de fortes chances que ce soit dès la fin de la pandémie…

Ce que s’apprête à faire le ministre de l’Éducation nationale porte un nom : mise en danger délibérée de la vie d’autrui. En passant outre l’avis du conseil scientifique mis en place par le gouvernement auquel il appartient, il prend la responsabilité de provoquer une nouvelle vague de contamination, d’endeuiller toujours plus de gens.

Pour le SNFOLC35, le retour au travail n’est possible que si la fin de la pandémie est établie avec certitude. Tant que ce ne sera pas le cas, le principe de précaution doit s’appliquer sans dérogation possible. Et si Force ouvrière se bat pour que l’employeur assume ses responsabilités en matière de protection des salariés, il n’en va pas de même pour d’autres organisations qui ont, semble-t-il, choisi d’élaborer un protocole de retour au travail qui en fait les supplétifs du ministère. C’est en temps de guerre que s’exprime avec le plus de force ce que l’être humain a de plus honteux au fond de lui…

Le SNFOLC35 préconise l’exercice du droit de retrait, du droit d’alerte, a déposé un préavis de grève pour couvrir les collègues qui décideraient de mettre crosse en l’air, l’enjeu est littéralement vital…
Faudra-t-il ériger de nouveaux monuments aux morts pour rappeler combien d’innocents sont tombés dans une guerre qui n’était pas la leur ? Que ceux qui sont responsables de l’hécatombe de 2020 se rappellent que les travailleurs n’ont pas la mémoire courte, qu’ils demanderont des comptes.

Et puisque les militants de Force ouvrière n’auront pas pu chanter l’Internationale ce 1er mai 2020, en guise de mince consolation, en voici donc le cinquième couplet :

Les Rois nous saoûlaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

 

Résister, revendiquer, reconquérir !