COVID-19/vacances apprenantes : le travail et la déréglementation sans fin !

Toujours en pleine improvisation, le Ministre Blanquer, après avoir défendu sur TF1, le 27 mars, le principe de « vraies vacances », a cette fois-ci vanté le 31 mars sur Cnews, « l’opération vacances apprenantes » ! Ce serait sur la base du volontariat des enseignants, nous dit-on !

Télétravail : c’est déjà l’inventaire à la Prévert !

Sur l’intranet d’une académie, on trouve pêle-mêle : une « infographie académique », le « vademecum continuité pédagogique » ministériel (28 pages), un « guide académique » (6 pages), une « fiche enseignant : classe sans examen », une « fiche enseignant : classe avec examen », un « guide pratique » (57 pages), un « guide professeur – ma classe à la maison » et un guide « créer ma classe virtuelle ». Sur la même page, l’enseignant est envoyé sur le site de la DANE et sur celui du CARDIE, autant d’acronymes menant ensuite à de nombreux autres documents et liens …

Du télétravail sans cadrage national, sans matériel, avec des outils parfois défaillants … et surtout, du télétravail sans limite !

Hors de tout cadrage national, toutes les dérives son possibles ! Ainsi, il est demandé d’utiliser son propre matériel, ordinateur, téléphone, mais aussi son abonnement internet et téléphonique. Très souvent, il est demandé d’utiliser sa propre ligne téléphonique pour appeler les familles et les élèves, au moins une fois par semaine, peut-on lire dans certaines communications ! Mais partout, les personnels font remonter les problèmes liés aux ENT, à l’absence ou à l’inadaptation des outils mis à disposition (Pronote). Ils font aussi remonter les injonctions à des réunions « à distance » avec leurs collègues, pour chaque classe… les innombrables messages de leur hiérarchie, de leurs propres collègues, et donc aussi des familles et de leurs élèves !

On peut y passer plus de 12 heures par jour ! Et certains, comme Madame S. Ndiaye, osent déclarer que les enseignants ne travaillent pas ?

 

« Devoirs à la maison » sous-traitée par la société DOCAPOST : faire déplacer des salariés plutôt que les parents ou les personnels, en cette période de confinement, il fallait oser !

Se rendant compte, au bout de 3 semaines, que la remise ou le dépôt de documents papier dans l’établissement, obligeaient parents et personnels à braver l’interdiction de déplacement, le Ministre a imaginé un nouveau dispositif : le dépôt de documents papier par la société DOCAPOST. En effet, selon le communiqué commun du Ministère et de la Poste, cette opération permettrait « aux élèves en situation de déconnexion numérique de recevoir des devoirs par courrier postal grâce au dispositif « Devoirs à la maison « . » (selon une périodicité hebdomadaire et dans la limite de 6 pages). Ce seraient donc les salariés de la Poste qui se déplaceraient ! Et cerise sur le gâteau : l’enveloppe T fournie pour le retour des travaux mentionnera… l’adresse des établissements ! Comment les enseignants pourraient-ils récupérer les travaux des élèves sans braver, à leur tour, le confinement ?

 

L’ «opération vacances apprenantes » : dans la droite ligne de l’état d’urgence, un coin enfoncé contre les congés scolaires des personnels !

Reconnaissant lui-même que certaines fédérations de parents se plaignaient de la surcharge de travail pour les élèves depuis le confinement, le Ministre, pourtant, en rajoute : les élèves devront aussi travailler pendant leurs vacances (dans 10 jours pour la première zone) !

Mais qui croit-il rassurer en précisant que ce serait sur la base du volontariat ? D’après les textes en vigueur, le télétravail aussi devrait se faire sur la base du volontariat ! Et avec le matériel de l’employeur ! Mais plus grave, cette remise en cause des congés scolaires pour les personnels s’inscrit dans l’état d’urgence et ses 25 ordonnances qui s’attaquent aux congés payés des salariés.

Le SNFOLC, comme la Commission Exécutive de la confédération FO, demande « l’abandon des ordonnances prises, au titre de l’urgence sanitaire, en matière de dérogations au temps de travail, temps de repos et travail dominical, jours de repos. ». Pour le SNFOLC, le Ministre doit donc retirer son « opération vacances apprenantes ».

 

Texte à imprimer ici.

Retraits sur salaire et « Union sacrée »

Le temps, aujourd’hui, est à la protection de nos concitoyens et à la cohésion de la Nation. Le temps est à cette UNION SACRÉE qui consiste à suivre tous ensemble un même chemin, à retrouver cette force d’âme qui est la nôtre et qui a permis à notre peuple de surmonter tant de crises à travers l’histoire.

Emmanuel Macron, jeudi 12 mars 2020

 

Quelle belle union sacrée que de constater que les retraits sur salaire des personnels grévistes pendant les mois de décembre, janvier et février, se sont accélérés en cette période de confinement !

Finis les retraits par paquets de 4 jours chaque mois, comme cela avait été annoncé par le Ministre de l’Education nationale. Maintenant, ils y vont bloc. Fin mars, les collègues ont pu constater : 500 euros en moins sur le bulletin de salaire pour tel collègue, 300 euros chez celui-ci, 800 euros là-bas… Allant parfois jusqu’à 17 jours de retrait sur un seul mois!!! Et le mois prochain, qu’en sera-t-il?

La belle union sacrée que voilà !

La belle union sacrée… qui sanctionne les personnels de l’Education dans un contexte difficile de confinement, de télétravail imposé, de perte des libertés, de mise en danger des personnels par manque de matériel médical réclamé par toutes les préconisations de santé.

Comme lors du CHSCT ministériel du 20 mars dernier, « FO demande que des instructions soient données pour que les jours de grève ne soient pas retirés ».

 

Plus que jamais le combat doit continuer, celui contre la réforme des retraites, celui contre l’état d’urgence sanitaire, celui contre les réformes Blanquer et Parcoursup, celui contre toutes les contre-réformes autoritaires qui nous sont tombées dessus depuis plus de 70 ans… 

 

Non renouvellement de contrats d’AESH pendant le confinement : inacceptable !

Force ouvrière intervient actuellement dans plusieurs académies en France pour défendre des AESH dont les contrats n’ont pas été renouvelés pendant la période de confinement.

Il est inacceptable que ces personnels n’aient pas été automatiquement recrutés ou renouvelés sous la forme d’un CDD de 3 ans renouvelable comme cela est prévu dans la circulaire du 5 juin 2019.

D’autre part, dans le contexte de grave crise sanitaire et sociale qui frappe notre pays, il est invraisemblable de mettre fin à des contrats de personnels déjà très précaires et confrontés à de grandes difficultés économiques.

Force ouvrière demande par ailleurs que soit appliqué le vade-mecum ministériel en date du 20 mars 2020 qui précise qu’une affectation de personnel AESH ne peut être modifiée en raison du confinement : « La notification d’une aide humaine ne peut être remise en cause. C’est une décision de la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH). » (vade-mecum Covid-19 du 20 mars 2020).

De façon générale, Force ouvrière renouvelle sa demande concernant l’ensemble des personnels non-titulaires : des consignes claires doivent être données aux services déconcentrés et aux établissements mutualisateurs : aucun non-renouvellement de contrat, aucun licenciement.

 

Lire ci-dessous notre courrier adressé au Ministre de l’Education Nationale ainsi qu’au Directeur Général des Ressources Humaines

 

Vous êtes concerné(e) par un non-renouvellement de contrat ?

Contactez-nous au plus vite!

Loi de finances rectificative : la santé des entreprises avant tout!

La loi de finances rectificative vient de réviser la loi de finances 2020 suite aux mesures de restrictions de déplacements et d’activité pour faire face à l’épidémie de Covid-19.

Le gouvernement prévoit provisoirement une baisse du PIB de 1% en 2020, contre 1,3% de croissance prévue en loi de finances initiale (LFI). Il table sur une chute de la consommation des ménages de 2% principalement concentrée sur les services (hébergement, restauration, loisirs, culture, transports). L’investissement des entreprises serait également en recul à cause de la chute de l’activité, tandis que
le commerce extérieur est ralenti par la chute de la demande mondiale suite aux restrictions de déplacements prises simultanément dans de nombreux pays.

En réponse, le gouvernement annonce une série de mesures de soutien pour un montant de 45 Mds€ et une garantie des prêts accordés aux entreprises à hauteur de 300 Mds€.

En plus de la baisse d’activité, l’annonce de nouvelles dépenses et le manque de recettes fiscales augmenteront le déficit public de l’ensemble des administration publiques qui est prévu à 3,9% du PIB en 2020. Le déficit prévisionnel de l’Etat s’établit à 108,5 Mds€ (contre 93,1 Mds€ en LFI) soit un écart de 15,4 Mds€ par rapport à la LFI.

 

Pourtant, compte tenu de l’ampleur de la chute de l’activité, il est fort probable que la récession comme les prévisions de déficit public pour 2020 sont largement sous-estimées et semblent déjà caduques alors que le texte a été adopté le 18 mars 2020. C’est d’ailleurs l’avis du Haut Conseil des finances publiques : « la dégradation du cadre macroéconomique pourrait être plus marquée ». Plus surprenant encore, c’est aussi l’avis du ministre de l’Economie, qui a comparé la crise actuelle à celle de 1929 en précisant que la récession serait supérieure à celle envisagée dans cette loi de finances rectificative.

L’INSEE dans un point de conjoncture publié le 26 mars estime que l’activité a chuté d’environ 35%. Les activités agricoles et les industries agro-alimentaires sont moins affectées que le reste de l’industrie, avec un recul limité à 4 %. En revanche, l’industrie hors agroalimentaire voit son activité réduite de moitié. La construction se trouve quasiment à l’arrêt avec un effondrement d’activité de 89 %.

Les services marchands, qui représentent 56 % du PIB, reculent de 36 %, les plus affectés étant les transports, l’hôtellerie-restauration et les loisirs.

De toute évidence, le gouvernement fait face à ses contradictions appelant au confinement le plus strict tout en demandant que l’activité puisse continuer au mieux. Or, dans un contexte où l’hôpital public est confronté au manque de moyens après des années de restrictions budgétaires, comment contenir l’épidémie par un strict confinement sans mettre en pause l’activité économique, dès lors qu’elle n’est pas essentielle ? A cela s’ajoute qu’une majorité d’employeurs n’a pas les moyens d’assurer de manière satisfaisante la protection et la santé des salariés sur le lieu de travail ou dans leurs déplacements.

 

Alors que beaucoup des activités essentielles reposent sur un grand nombre de professions précaires, insuffisamment protégées et pourtant indispensables, FO a appelé à ce que les moyens soient concentrés sur la protection des salariés mobilisés, à l’encontre en autres des dérogations en matière de durée légale du travail, de repos hebdomadaire et dominical. Enfin, si l’Etat peut jouer son rôle d’amortisseur en compensant la chute de la demande, ses priorités à court terme doivent être la santé des salariés et le maintien de l’emploi. 

 

Par la suite, les défaillances et les échecs de plusieurs décennies de libéralisation économique et financières révélées par l’épidémie de coronavirus, devront être sérieusement questionnés.

 

Lire la suite ci-dessous : le contenu des mesures adoptées.

 

 

 

Ils nous montrent du doigt, regardons la lune !

Quelques mots d’explication ne seront pas de trop devant cet énigmatique détournement de la sagesse confucéenne qui veut que quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt…

La période de pandémie que nous vivons agit comme le révélateur implacable de ce que des dizaines d’années de politique d’austérité peuvent faire subir aux travailleurs du monde entier . De même qu’un séisme de magnitude 6 peut être destructeur en Haïti et anodin pour des constructions aux normes antisismiques, Covid-19 fait des ravages partout où, au nom de la réduction de la dépense publique, on a fermé des lits d’hôpitaux, recruté moins de médecins, réduit les budgets de recherche, détruit les stocks de masques… Et passe son chemin là où les tests de dépistage sont pratiqués autant que de besoin, là où les soignants ne sont pas laissés sans matériel de protection. De ce point de vue, la France, comme l’Espagne et l’Italie, apparaît désormais pour ce qu’elle est : un pays en voie de sous-développement ; le constat est certes cruel, mais il faudra bien que les responsables de cet état de fait finissent par rendre des comptes.

On dit que gouverner, c’est prévoir. Au nom de cet axiome, certains taxent le pouvoir en place d’amateurisme, d’impéritie, de légèreté. Au risque de les décevoir, il n’en est hélas rien. Sur une toute petite planète où l’espace dévolu à la vie sauvage devient si exigu que les migrations de virus d’animaux sauvages vers les espèces domestiques, et des espèces domestiques vers l’homme, sont un risque permanent, il est de notoriété publique que des pandémies nous menacent, il se trouve même des milliardaires pour le prédire. Dans ces conditions, quel gouvernant peut prétexter qu’il ne sait pas que les échanges économiques mondialisés nous placent tous sur un pied d’égalité face à une maladie nouvelle, où qu’elle apparaisse sur terre?

Depuis que le virus a fait ses premiers morts, la France a fait le choix de gérer la crise sanitaire comme un simple volet d’une politique d’austérité aggravée. La méthode est éprouvée : face à un manque criant de moyens, on évoque une mauvaise utilisation des moyens. L’Éducation nationale connaît la musique des classes de trente élèves en collège, trente-six en lycée, où il suffit d’innover pédagogiquement pour oublier comme par magie la lourdeur des effectifs. Vous n’avez pas de tests, pas de masques ? Éternuez dans votre coude, votez en respectant les repères visuels au sol, mettez en place la distanciation sociale, c’est gratuit !

De ce point de vue, le plaidoyer du Président de la République pour une restauration de l’État providence est éminemment suspect : a-t-on jamais vu hyène jurer qu’elle arrêtait la charogne ? Non, dans le «  quoi qu’il en coûte » macronien, il demeure comme toujours un terrible non-dit. S’il devait aller jusqu’au bout de ses paroles, le Président dirait «  quoi qu’il en coûte aux salariés ». C’est ainsi que, faute d’avoir mis en place une onéreuse politique de prévention, le pouvoir a fait ce qu’il sait faire : instaurer l’alliance de la répression et de la collecte de fonds en alourdissant les amendes pour rupture de confinement ; brandir la logique de guerre pour placer le pays entier derrière son chef et tuer dans l’œuf toute velléité de polémique ; suspendre le débat parlementaire sur les retraites pour faire taire toute contestation ; montrer du doigt les salariés qui «  se tournent les pouces » comme l’ont prétendu les sinistres Pénicaud et N’Diaye ; brandir la perspective , comme le fait le ministère de l’Éducation nationale, de rouvrir les établissements sur temps de vacances scolaires ; légiférer par ordonnances pour flexibiliser le travail et réduire provisoirement les droits des salariés . Provisoirement ? On aimerait le croire, mais nous avons tous en tête l’expérience du provisoire qui dure depuis que des mesures d’exception en matière de libertés publiques on été traduites en droit commun (suite aux attentats de 2015 notamment).

Nous sommes donc brutalement passés du pouvoir politique au pouvoir biopolitique tel que le définissait Michel Foucault : ce nouveau type de pouvoir s’exerce sur le corps et sur la vie, et non, suivant un modèle juridique, sur les individus. Ainsi, le corps doit servir à produire, à travailler (et tant pis si l’employeur ne fournit ni solution hydroalcoolique, ni masque), pas à se promener dans un parc…
Qu’on ne s’y trompe pas, c’est cela qui est en jeu : être dépossédé de soi-même, aux ordres de son employeur et de son gouvernant, ou bien, comme nous le faisons à Force ouvrière, vivre et revendiquer en femmes et en hommes libres, regarder la lune des possibles quand on nous montre du doigt.

Alors il faudra bien provoquer le déconfinement des corps et des esprits ; il faudra bien faire rendre gorge à tous ceux qui nous imposent par la loi leurs projets mortifères, et reprendre le chantier là où nous l’avions laissé, à savoir construire la grève interprofessionnelle unitaire public privé. Le SNFOLC35 s’y tient prêt !

Avril 2020