Éducation prioritaire : cette expérimentation ne répond pas aux revendications

La FNEC FP-Force Ouvrière a participé à deux audiences concernant l’Éducation prioritaire. La secrétaire d’État à l’Éducation prioritaire et ses représentants ont exposé leurs premières intentions.

Ils indiquent leur volonté d’élargir les territoires, mais ne pas changer la carte de l’Éducation prioritaire et les réseaux REP et REP + existants pour la rentrée 2021. Aucune garantie n’est donnée pour les années suivantes.

La secrétaire d’État souhaite ouvrir une troisième voie par le biais d’expérimentations : les contrats locaux d’accompagnement (CLA). Des « Unités éducatives » (écoles, collège, lycées) seraient ciblées et des moyens alloués de manière progressive en fonction des besoins.

 

L’expérimentation débuterait dès la rentrée 2021 dans trois académies : Aix-Marseille, Lille et Nantes, pour une durée potentielle de trois ans.

Aux questions précises posées par FO concernant les conditions d’exercice liées à la labellisation REP/REP+ en particulier les effectifs et le régime indemnitaire, le secrétariat d’État répond qu’il n’y aura pas pour cette expérimentation « tout un lot de mesure univoque, mais une réponse aux besoins éprouvés par le territoire, avec un intérêt particulier pour la gestion de la carrière des personnels, renforcer les besoins de formation notamment. »

La FNEC FP-FO a indiqué que ces propositions d’expérimentation ne répondaient pas selon nous aux demandes des personnels et a réaffirmé ses revendications :

  • Aucun recul en termes de conditions de travail et de régime indemnitaire pour les personnels : ce qui signifie aucune sortie pour les écoles et collèges actuellement en REP et REP + et maintien du paiement de la prime ZEP pour les lycées ;
  • Ouverture de négociation pour que de nouvelles écoles, de nouveaux collèges, de nouveaux lycées puissent être labellisés ;
  • Refus d’une part variable pour les indemnités REP et REP + ;
  • Indemnités pour tous les personnels, quelle que soit leur catégorie en particulier AESH, AED…
  • Maintien de tous les dispositifs pour que les personnels puissent faire valoir leur ancienneté en Éducation prioritaire, notamment pour les mutations et l’avancement de grade.

Avenir lycéen, le ministre Blanquer doit s’expliquer !

Nous avons appris par voie de presse l’utilisation qui a été faite des subventions accordées à l’organisation Avenir Lycéen. De l’argent public a manifestement été détourné de son usage initial, c’est inadmissible et cela va à l’encontre des principes républicains que nous portons toutes et tous.

Quelques jours plus tard, Mediapart et Libération révèlent que le problème est en réalité plus grave. Le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer, des hauts fonctionnaires proches de lui au ministère comme dans les Rectorats, auraient été directement impliqués dans la création de ce syndicat mais auraient aussi utilisé l’appareil d’État pour favoriser des expressions positives et non contestataires des réformes menées, en particulier la réforme du lycée et du bac. Il ne s’agit pas seulement d’une question financière, mais d’une atteinte aux libertés démocratiques, en premier lieu nos libertés syndicales et associatives.

Des élèves mineurs, notamment dans les CAVL, ont été instrumentalisés. Cela est aux antipodes de la démocratie, notamment chez les lycéens, où le débat, l’échange, le droit de s’organiser en syndicat est essentiel pour permettre à chacun de faire l’apprentissage de la démocratie, et donc de l’émancipation.

Ces révélations touchent aux fondements même de la démocratie et des valeurs de la République. Toute la transparence doit être faite. Le ministre et le gouvernement ne peuvent, d’un côté, faire de grands discours sur la transparence et l’exemplarité, et dans les faits s’exonérer de ces impératifs.

Nous exigeons la mise en place d’une enquête indépendante, qui ne soit donc pas pilotée par le Ministère. Nous saisirons également Anticor pour que lumière soit faite sur une possible corruption. Si le rôle du Ministre dans la création et l’instrumentalisation d’Avenir Lycéen, mais aussi l’appareil d’État, venait à être confirmé dans les semaines à venir, toutes les conséquences devront en être tirées.

 

Communiqué national intersyndical du 28 novembre 2020

Les deux masques de Janus

Janus était chez les romains le dieu de la transition, des commencements et des fins. Ses représentations le montrent bifrons, c’est à dire doté de deux visages, l’un regardant vers l’avant, l’autre vers l’arrière…

Comme Janus, les enseignants actuellement se trouvent dans une phase de transition : ils assistent à l’extinction du modèle de l’instruction publique tel qu’ils le connaissaient et à l’éclosion  de l’enseignement hybride que le ministère impose à la faveur d’une crise sanitaire qu’il n’a pas provoquée, mais qui lui sert de prétexte pour déréglementer à tout va. État d’urgence sanitaire oblige, c’est un masque par visage que les enseignants, à l’instar de Janus, doivent porter. Deux masques censés les protéger, mais qui servent surtout à couvrir d’un voile l’expression de leur colère…

Car la colère gronde… Pour le SNFOLC35, le succès de la grève du 10 novembre s’explique par la multiplicité des revendications qui sont celles des enseignants des second et premier degré. Quand d’aucuns auraient voulu se focaliser sur la seule problématique sanitaire, nous avons, nous, su aller à la racine du mal : tant que les suppressions de postes prévues par les politiques d’austérité des gouvernements successifs perdureront, nos conditions de travail s’aggraveront, nos salaires seront amputés, la protection que nous doit notre employeur restera insuffisante. L’urgence est à la création des postes, au recrutement de tous les lauréats aux concours, qu’ils soient externe, interne ou réservé.

Et ce n’est pas la pitoyable annonce ministérielle d’une revalorisation de pacotille qui va pouvoir mettre du baume sur les plaies. De qui se moque Monsieur Blanquer avec ses saupoudrages sur les débuts de carrière (25 euros net par mois !) ou sa prime de 150 euros pour l’achat de matériel informatique destiné à l’enseignement hybride ?

Alors, nous le disons inlassablement dans ces colonnes, il incombe à tous les salariés de ce pays et d’ailleurs de s’organiser pour la riposte, pour un mouvement interprofessionnel décisif, le seul à même de renvoyer les contre réformes et les désastreux projets en cours aux oubliettes de l’histoire.

Même si chacun, et c’est bien normal, hésite à faire un premier pas, çà et là des voix s’élèvent, qui donnent confiance en l’avenir. Parmi elles, celles de 38 professeurs du Lycée Professionnel Louis Guilloux de Rennes réunis en Assemblée Générale le lundi 9 novembre 2020, dont voici des extraits de la motion d’assemblée générale :

[…]

Nous faisons face à une crise sanitaire sans précédent, à des attentats qui ont marqué le pays et éprouvé les enseignants. Par ailleurs, dans ce contexte, on nous impose une réforme de la voie professionnelle que nous rejetons sans détour. Cette réforme est injuste, particulièrement pour les élèves les plus en difficultés. Ces élèves perdent un nombre d’heure disciplinaire très important. C’est pourtant le public qui en a le plus besoin. Pour devenir des professionnels compétents, des citoyens éclairés, responsables et libres, nos élèves méritent plus. C’est d’ailleurs ces valeurs que Samuel Paty transmettait dans sa classe. En portant ces revendications, nous pensons aussi à lui.[…] Comment pouvons-nous faire face à une crise sanitaire de cette ampleur alors que les conditions de travail sont déjà fortement dégradées ? Comment pouvons-nous faire face à une crise sanitaire lorsque nombre de collègues ne voit plus de sens dans la pédagogie qui lui est imposée ? Comment pouvons-nous faire face à une crise sanitaire alors que le ministre, par des injonctions, des consignes contradictoires, désorganise l’établissement ? Comment pouvons-nous faire face à une crise sanitaire sans une vraie reconnaissance de notre ministère, sans une revalorisation salariale et des moyens décents ? Comment faire face à cette crise sanitaire sans de réelles mesures de protections, à savoir : tester/isoler de façon systématique ?

Ce sont ces énergies que Le SNFOLC 35 s’efforce de fédérer avec l’Union départementale. De ce point de vue, le 1er décembre, jour de grève et de rassemblement (11 heures Place de la République) constitue une étape importante vers la reconquête de nos acquis sociaux.

Résister, revendiquer, reconquérir !