Annonces du ministre sur son Grenelle : entre saupoudrage et absence de revalorisation salariale

A la veille d’une rentrée qui s’annonce difficile et chaotique, le ministre Blanquer a fait des annonces sur son Grenelle et la prétendue revalorisation des personnels de l’Education nationale.

Au menu :

Les mesures salariales du Grenelle : du saupoudrage de primes mais pas d’augmentation générale des salaires

Une nouvelle prime d’attractivité en 2022 pour les seuls enseignants, Psyen et CPE : une prime dérisoire

Des contreparties inacceptables contre l’Ecole et le Statut

 

Le détail ci-dessous !

Baccalauréat local, mise sous tutelle des professeurs : AG dès la rentrée !

Le bac Blanquer ne passe pas

Jean-Michel Blanquer a beau déclarer dans les médias que le baccalauréat 2021 s’est bien passé, il ne peut pas faire mentir les faits : les irrégularités et les dysfonctionnements en cascade observés par les professeurs de philosophie et de lettres sont tels que l’association des professeurs de philosophie de l’enseignement public a jugé nécessaire de demander une commission d’enquête parlementaire.

Comment expliquer que les épreuves finales qui restent du baccalauréat suite à la réforme Blanquer (la philosophie et les lettres), aient été à ce point maltraitées, si ce n’est par la volonté du ministre d’en finir une fois pour toutes avec le baccalauréat national et de généraliser au plus vite le contrôle continu ?

 

Le ministre a beau faire, son projet ne passe pas, comme en témoigne la résistance des professeurs de philosophie et d’autres disciplines qui se sont mis en grève à Marseille, Bordeaux, Grenoble, en Île de France, par exemple, en juin et juillet. A Paris, plusieurs rassemblements ont eu lieu devant le ministère contre les conditions de passage des épreuves 2021 de correction et la généralisation du contrôle continu. A Rouen et Caen, l’AG des professeurs de philosophie (114 voix pour) exige « le rétablissement d’un examen terminal, national et anonyme ».

Mais le ministre n’entend toujours rien. Il veut poursuivre la destruction du baccalauréat national et le pulvériser en autant de bacs locaux qu’il y a de lycées.

Contrôle continu et management : le ministre veut placer sous tutelle les enseignants

J-M Blanquer ne veut pas seulement généraliser le contrôle continu, il compte aussi s’en prendre à la liberté pédagogique des professeurs pour mettre en place sa nouvelle politique de management et son Grenelle de l’éducation dont les maîtres-mots sont désormais « piloter », « encadrer », « accompagner ».

Voici ce qu’on peut lire des « propositions » du ministère concernant les ajustements sur le contrôle continu pour le bac 2022 :

« Les équipes disciplinaires et les conseils pédagogiques des établissements feraient des pratiques d’évaluation dans le cadre du contrôle continu un sujet majeur de leurs échanges : cette dynamique collective aboutirait à l’élaboration d’un projet sur les pratiques d’évaluation de chaque établissement, connu et partagé par les membres de la communauté éducative. »

Dans cet esprit, le ministère a intégré un amendement du SE-UNSA lors du Conseil Supérieur de l’Education du 8 juillet, visant à instaurer un « projet d’évaluation » dans chaque établissement.

Le contrôle continu sera donc « piloté », « encadré », et les professeurs seront « accompagnés » dans leur évaluation. Son organisation exigera le pilotage des inspecteurs et de fréquentes réunions des conseils pédagogiques chargés d’élaborer une évaluation commune dans l’établissement.

Sous couvert de « travail en équipe », il s’agira d’abord de mettre en place une hiérarchie intermédiaire de professeurs, chargés de coordonner le travail d’évaluation et d’exercer un contrôle sur leurs collègues. Ce projet d’évaluation sera ensuite soumis au conseil d’administration. Que ce projet soit voté ou non, cela signifiera que tous les membres du CA, y compris les élus parents d’élèves et élèves, y compris les élus politiques, auront désormais leur mot à dire sur l’évaluation des enseignants. Ceux-ci seront désormais placés sous la tutelle des élus politiques et de tous les groupes de pression.

AG dès la rentrée avec tous les personnels

Peut-on accepter que des professeurs de philosophie soient aujourd’hui menacés de sanction, et se voient retirer des journées de salaire, alors que leur grève est légitime ? Ils n’acceptent pas que le ministre s’en prenne au baccalauréat et aux conditions de correction de l’examen, ils revendiquent le rétablissement d’un baccalauréat national fondé sur des épreuves finales et anonymes.

La destruction du baccalauréat conduit à la fin des programmes, horaires et statuts nationaux, qui seuls garantissent un droit égal à l’instruction de tous les élèves des lycées de la République. Le baccalauréat national garantit un niveau de qualification dans le cadre des conventions collectives.

 

Pour le SNFOLC, il y a urgence à exiger ensemble du ministre l’abrogation de la réforme du lycée et du baccalauréat et de toutes les contre-réformes.

 

Le gouvernement a décidé le 13 juillet de prolonger l’état d’urgence jusqu’au 31 décembre 2021. Les personnels lui opposent l’urgence des revendications. Ils ne céderont rien de leurs exigences comme l’exprime le préavis de grève SNFOLC et SNES du lycée Geoffroy-Saint Hilaire d’Étampes ( Essonne) à compter du 2 septembre, où les enseignants rappellent « leur attachement au baccalauréat, diplôme national et premier grade universitaire, fragilisé et dénaturé par un contrôle continu qui le transforme progressivement en « diplôme local», à la valeur très inégale, au détriment des établissements déjà les plus défavorisés ».

 

Grève le jeudi 23 septembre 2021

Pour un plan d’urgence dans l’éducation pour les postes, les salaires, l’amélioration des conditions de travail

Appel à se mobiliser dès la rentrée, à se mettre en grève le 23 septembre et à préparer la mobilisation interprofessionnelle

 

L’Ecole a été soumise à rude épreuve et les personnels ont terminé l’année dans un état de fatigue rarement atteint.

La rentrée 2021 est de nouveau marquée par le manque d’anticipation et la confusion de la politique suivie face à la poursuite de la crise sanitaire.

Par ailleurs, alors que cette rentrée aurait nécessité la mise en place d’un plan d’urgence et la création massive de postes pour l’éducation dans un contexte qui a rendu plus compliquée la progression des apprentissages, le ministère poursuit une politique qui va à rebours des besoins du service public :

refus de créer un collectif budgétaire pour la création de postes d’enseignant.es, de CPE, AED, AESH, de PsyEN, de RASED, de personnels administratifs, techniques, santé et sociaux dans les écoles, les établissements et les services pour répondre aux besoins et annuler les suppressions de postes notamment dans le 2d degré où le déploiement d’heures supplémentaires est une réponse inadaptée
publication de la circulaire de rentrée sans qu’aucune concertation préalable n’ait été organisée. De plus, son contenu relève davantage de la promotion de la politique ministérielle.

 

Encore une fois, le ministre est dans le déni de réalité en refusant de prendre les mesures nécessaires. Cette absence d’anticipation et de prise de décisions est irresponsable au regard des enjeux de gestion et de sortie de crise.

 

Les annonces du Grenelle ont confirmé qu’il n’y aurait pas de loi de programmation pluriannuelle. Un renoncement de plus qui ne répond pas aux attentes salariales des personnels et en exclut la majorité . Au delà de la deuxième tranche de la prime d’attractivité, très insuffisante pour rattraper les retards, il est bien difficile de voir de quelconques perspectives de revalorisation pour les années à venir. Il est urgent d’augmenter les salaires de tous les personnels.

Nos organisations dénoncent l’ensemble de ces mesures qui tournent le dos à la priorité à l’éducation et cherchent à transformer en profondeur les métiers dans le sens de contraintes supplémentaires sur les personnels : projet de création d’un emploi fonctionnel de directeur d’école et de hiérarchies intermédiaires, pilotage par l’évaluation . Nous ne pouvons accepter de tels reculs.

 

Nos organisations refusent la généralisation du contrôle continu et demandent le rétablissement du baccalauréat national pour la session 2022 , avec des épreuves nationales, terminales et anonymes.

 

Nos organisations appellent la profession à se mobiliser dès la prérentrée afin d’exiger un plan d’urgence pour le service public d’Education. Notre Ecole ne peut fonctionner sans moyens supplémentaires et sans personnels revalorisés et reconnus dans leurs expertises professionnelles.

 

Elles appellent les personnels à se réunir dès les premiers jours de la rentrée, y compris avec les parents d’élèves, pour lister les revendications et organiser les mobilisations nécessaires.

 

Nos organisations soutiendront toutes ces actions qui doivent permettre de préparer une action nationale d’ampleur. Elles appellent les personnels à la grève le 23 septembre. Elles appelleront à poursuivre ces actions, en particulier dans le cadre d’une mobilisation interprofessionnelle.