La bride et la muselière

Au moment où nous écrivons ces lignes, notre confédération vient de signifier au gouvernement qu’elle ne participerait plus à la conférence sur le financement du système prétendument universel de retraite par points, et elle vient d’être rejointe par la CGT. Cela dit, ne pas mettre les pieds du tout dans cette galère aurait constitué un signal au moins aussi fort que nous aurions salué avec enthousiasme.

A ce stade de la mobilisation contre la casse de nos retraites, un bilan d’étape s’impose : la journée d’action du 5 décembre, pour massive qu’elle ait été, n’a débouché sur des grèves reconduites que dans un nombre limité de secteurs (dont l’Education nationale) et certains autres n’ont rejoint le mouvement que longtemps après. L’isolement des camarades de la RATP et de la SNCF les a poussés, comme l’espérait le gouvernement, à suspendre leur mouvement, la mort dans l’âme comme on peut l’imaginer.

Il reste donc à créer les conditions d’un rebond. Il est impératif de remonter au front et tous secteurs confondus cette fois, pour une offensive générale. On peut reprocher tout ce qu’on veut à ce gouvernement, mais pas d’être idiot au point de créer les conditions de sa propre défaite. Il table sur une éphémère indignation quant à son recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, et, pour parachever son dispositif, il use, avec un opportunisme et un cynisme qui forceraient l’admiration s’ils n’étaient pas si odieux, de la peur d’une pandémie qui a permis à la Chine d’expérimenter un contrôle social à l’échelle d’un pays entier.

De Xi Jin Ping à Macron, tous les puissants de ce monde n’ont qu’une préoccupation : museler toute opposition ; et si la loi martiale ne se justifie pas, la crise sanitaire peut utilement la remplacer.

D’ores et déjà, au nom de la guerre contre le virus covid-19, le Préfet du Morbihan vient d’interdire tout rassemblement. A quand le tour de l’Ille et Vilaine ?

Comme celle de son Union départementale, la détermination du SNFOLC35 reste entière : nous nous battrons jusqu’au retrait du projet Macron-Philippe-Berger de casse de nos retraites ! Aucun état de siège, aucune crise sanitaire ne nous fera taire !

Mais si pour réussir un mouvement doit s’appuyer sur des mots d’ordre clairs, il faut également que ces mots d’ordre soient lancés solennellement par les confédérations, toutes les confédérations, en commençant par la nôtre.

« Audaces juvat Fortuna » (La chance vient en aide aux audacieux), écrit Virgile. Et de l’audace, il en faut pour résister à la macroneuse. C’est pour que la confiance, au-delà de nos propres syndiqués, au-delà de l’Education nationale, revienne dans les rangs des salariés, que le SNFOLC35 s’est adressé à Yves Veyrier, Secrétaire général de la Cgt-Force ouvrière, en ces termes : « Le bureau du SNFOLC35 s’adresse à la Confédération Cgt-Force ouvrière pour  lui demander de lancer un appel à la grève générale. »

Ni brides, ni muselières n’entraveront les femmes et les hommes libres qui se sont réunis au sein de Force ouvrière. Le patronat et le gouvernement seraient bien inspirés d’en tenir compte.

La peur et son camp

Chili, Bolivie, Liban, pour n’en citer que quelques uns, la liste des pays où les travailleurs relèvent la tête s’allonge ces derniers temps. Ce n’est pas pour nous déplaire, nous qui, à Force ouvrière, ne cessons de dire que la seule véritable communauté humaine, c’est celle qui se joue des frontières et qui se soude autour de ses intérêts de classe et de ses aspiration à l’égalité sociale.

Dans tous les endroits où les politiques d’austérité ne passent plus, les dirigeants politiques et économiques  perdent de leur arrogance et se voient contraints à jeter du lest, la peur change de camp…

Nous serions bien inspirés de suivre de tels exemples. Et de ne pas attendre que la situation empire avant de redresser enfin la tête nous aussi.

Devrons-nous attendre que les immolations par le feu deviennent un mode de régulation d’une jeunesse sans avenir au même titre que l’inscription à Pôle Emploi ?

Devrons-nous attendre que le travail du dimanche se généralise ?

Que tous les commerces puissent ouvrir jusqu’à minuit comme le laisse entendre ces derniers jours le gouvernement ?

Devrons-nous accepter sans broncher de voir imposer aux enseignants des journées de formation hors temps scolaire ?

De voir l’âge légal de la retraite devenir une coquille vide, d’avoir à travailler jusqu’au bout de la vie ?

 

Rappelons que l’âge de vie en bonne santé est de 63 ans et 9 mois pour une femme, 62 ans et 36 jours pour un homme !

Il faudrait donc, aux termes du projet Macron-Delevoye de casse de nos retraites, se résoudre à l’inacceptable : l’instauration dans la sixième puissance économique mondiale de ce que nos anciens appelaient « la retraite des morts ». Pire encore, il faudrait vivre avec le poids de la responsabilité d’avoir légué à nos enfants, nos petits-enfants, une société où prime la règle du tous contre chacun et chacun pour soi. Qui peut admettre cela ?

Pour les latins, l’expression metus hostium (peur de l’ennemi) voulait dire deux choses : d’une part la peur que l’ennemi nous inspire , d’autre part la peur que nous sommes capable d’inspirer à l’ennemi si nous nous en sentons la force.

Les politiques d’austérité nous ont trop longtemps fait vivre dans la peur, il est donc temps que nous fassions peur à notre tour. C’est la raison pour laquelle le SNFOLC 35 appelle à la grève à partir du 5 décembre. Pas la grève d’un jour, comme le voudraient certaines organisations dites syndicales qui ne sont en définitive que des machines à entretenir la peur, et qui s’apprêtent à relayer la propagande gouvernementale sur les prétendus avantages de la réforme des retraites. La grève illimitée, pour bloquer le pays par l’action interprofessionnelle avec nos camarades de la RATP, des transports, de l’Equipement, de la SNCF.

 

Déjà, dans les discussions de salle des profs, la reconduction occupe une part non négligeable des conversations, et il va falloir être sans peur désormais pour résister aux menées démobilisatrices de ceux qui expliquent qu’il faut d’abord réussir le 5 pour repartir plus tard, en février, en avril, et qui feront traîner en longueur jusqu’au moment fatidique où la loi sera votée en catimini à la faveur des vacances estivales.

Au SNFOLC35, nous choisissons résolument la grève des confiseurs, aucune trêve n’interviendra avant la victoire !

Ce ne sera pas facile, qui pourrait le nier, et nous n’avons à promettre, comme d’autres en leur temps que « Blood, sweat ans tears » (Du sang, de la sueur et des  larmes). Mais nous n’avons pas d’autre choix que de réunir des assemblées générales, d’alimenter le fond de grève mis en place par l’Union départementale, et de poser le sac pour qu’enfin la peur change de camp !

Résister, revendiquer, reconquérir !

Retraites : trouver le bon tempo !

C’est parti, le gouvernement squatte tous les médias pour y diffuser sa lénifiante musique d’ascenseur sur la réforme des retraites. Chacun a pu entendre la ritournelle : « 42 régimes différents, c’est compliqué, c’est lourd, c’est injuste… ». Chacun a pu écouter le tube de l’automne : «  La répartition, c’est has been, ! » et taper du pied sur le refrain «  La retraite par points, c’est la retraite de demain ! »

Sauf que…

Sauf que le duo de faussets Macron-Delevoye (bientôt repris à l’unisson par le chantre Laurent Berger) ne dit pas tout dans sa chansonnette. Il ne dit pas que la valeur de service du point peut varier en fonction de la situation macroéconomique (état de l’emploi, de la croissance, de la dépense publique et de l’espérance de vie), il ne dit pas non plus que la prise en compte des 6 derniers mois de la carrière des fonctionnaires, loin d’être un privilège, suffit à peine à assurer un taux de recouvrement comparable à celui d’un salarié du privé, toutes choses étant égales par ailleurs. Il ne dit pas davantage que l’hypocrite invention de l’âge pivot de 64 ans revient à rendre caduc l’âge de départ à 62 ans. Au bout du compte, la sourdine est mise sur la triste réalité : cette réforme est destinée à jouer en boucle la cacophonie du travail sans fin, la complainte du perdant-perdant…

Si nous ne formons pas l’orchestre seul à même de jouer la symphonie des acquis sociaux, il sera impossible de maintenir un lien social civilisateur, ce sera la société du chacun pour soi et contre tous, chacun jouant sa partition dans son coin. Nous devons répliquer dans l’unité la plus large, public, privé, avec toutes les organisations syndicales qui rejettent cette réforme, pas avec celle qui promeuvent un système par points. Et il faudra frapper fort, par la grève jusqu’à la victoire, au prix du blocage du pays, comme en 1995 !

De ce point de vue, le texte adopté par l’intersyndicale nationale FO,CGT, Solidaires, FSU, UNEF, UNL, MNL, reste timide : «  Elles (les organisations nommées) proposent de mettre en discussion la perspective d’une action de grève interprofessionnelle pouvant s’appuyer sur les appels lancés. » On ne peut pas se contenter dans de tels moments de jouer un ton en-dessous.

Certes, les appels à entrer en action le 5 décembre vont se multiplier dans les semaines qui viennent, mais n’est-ce pas ralentir le tempo d’une musique qui devrait se jouer tambour battant ?

 

Pour le SNFOLC35, la préparation de la grève devient le devoir impérieux de tous les salariés, résolument et sans attendre !

 

« Sur ce, débrouillons nos biceps et en avant la musique ! » (Les Pieds-Nickelés en Amérique, 1921-1927)

Didier Gaillard, secrétaire départemental.

Bonne rentrée, mon oeil !

Les enseignants de ce département ont reçu ces derniers jours de nombreux vœux de rentrée venus tant du ministre et  du recteur que d’organisations dites syndicales. Nous n’avons pour notre part pas sacrifié à ce rituel, quitte à passer pour des mal polis.

En effet, quel sens y a-t-il à souhaiter une bonne rentrée aux 60% de contractuels laissés sans affectation à ce jour, aux TZR nommés sur deux ou trois établissements, avec des services infaisables, comme cet ineffable service partagé de lettres modernes entre Retiers ( sud-est du département) et Saint-Méen ( nord-ouest) ;  aux collègues des lycées général, technologique et professionnel, qui découvrent des emplois du temps démentiels, enfants monstrueux des réformes de Monsieur Blanquer…Lequel déclare sur Europe 1, le 2 septembre avec une perversion mêlée de gourmandise : « C’est l’une des meilleures rentrées que j’ai connues ». Sachez-le, Monsieur le Ministre, votre plaisir est inversement proportionnel  au nôtre, et nous souhaiter une bonne rentrée revient à promettre une longue vie à un malade en soins palliatifs…

A ceux qui seraient tentés de trouver ces propos excessifs, rappelons les faits : le 21 juillet, la loi de transformation de la Fonction publique introduit le recours à la rupture conventionnelle, au recrutement de contractuels hors concours, le contrat de mission pour une durée de six ans, transpose les ordonnances sur le code du Travail pour vider les CAP de leur substance et mettre à mort les CHSCT. Le 3 septembre, M. Delevoye intègre le gouvernement pour piloter la contre réforme des retraites, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’il n’aura que faire des revendications de Force ouvrière en la matière, et que le résultat sur le montant de nos pensions sera désastreux ( jusqu’à une perte de 800 euros pour un certifié). Si l’on ajoute à cela l’annonce de la suppression de 5600 postes aux Finances publiques au titre des économies permises par l’instauration du prélèvement à la source, on est en droit de se demander ce qui va à court terme subsister de la République sociale à laquelle nous sommes attachés.

C’est pourquoi nous n’allons pas pouvoir faire l’économie d’un conflit social sérieux, nous y sommes prêts, pour reprendre les mots d’Yves Veyrier, Secrétaire général de la Cgt-Force ouvrière. L’initiative d’une manifestation d’ampleur nationale à Paris le 21 septembre sert de ce point vue de branle-bas de combat, chacun peut s’inscrire pour y « monter » en car, il importe de réussir cette action pour pouvoir dire «  J’y étais ! ».

Les camarades du SNFOLC35 et moi-même vous souhaitons pour conclure, une bonne rentrée sociale, déterminée, combative !

IMPOSONS NOTRE CHANCE !

Didier Gaillard, secrétaire départemental.

 

Sortir de la confusion !

Les média bruissent depuis quelques jours des menaces qui pèseraient selon eux sur le baccalauréat. Qu’on se rassure : le ministre de l’Education nationale dort sur ses deux oreilles depuis de longues semaines. Depuis le mois de décembre précisément.

C’est le moment où la mobilisation enseignante pouvait prendre le relais de celle des lycéens et se lancer dans la grève jusqu’à satisfaction des revendications ; les collègues en lutte à l’époque réclamaient l’abandon des réformes des lycées professionnel et général, de l’enseignement au lycée, des modalités de passation du baccalauréat, d’accès à l’enseignement supérieur ( Parcours’sup), ils avaient raison. C’aurait été  un coup d’arrêt donné à la loi dite « Ecole de la confiance ». Le corps enseignant avait alors une opportunité stratégique,  une chance réelle-l’unique- de gagner avant que le calendrier des vacances par zone ne vienne leur compliquer la tâche. Las, le coche a été loupé. A l’époque, la grève était exclue pour la quasi-totalité des organisations syndicales, le SNFOLC35 s’était inscrit en faux contre cette attitude, force est de constater que les faits ne nous ont pas donné tort…

Et voici qu’une intersyndicale appelle à une énième journée d’action le 17 juin, début symbolique des épreuves du baccalauréat. Dans l’esprit de ses promoteurs, cette action porte uniquement sur la surveillance des épreuves de ce seul jour, et ne sera ni précédée ni suivie d’une grève reconductible jusqu’à la victoire. Le SNFOLC35 ne saurait donner la tête la première dans un panneau aussi grossier…

Le ministre-qui dort toujours aussi bien, merci- dispose de tous les leviers nécessaires pour contrecarrer les velléités d’action des signataires de l’appel : il peut compter sur le renfort de collègues que la perspective d’un rendez-vous de carrière rend plus réceptifs à la demande d’un chef d’établissement, il peut puiser dans les personnels d’éducation, de gestion, il peut compter sur le zèle des préfets, qui ont le pouvoir de réquisitionner des personnels, comme ils l’avaient fait en 2003. La dernière perturbation du bac digne de ce nom remonte à 1968, le rapport de force à l’époque reposait sur une puissante grève interprofessionnelle, aux antipodes de la situation de 2019.

Nous n’avons rien, au SNFOLC35, contre la constitution d’un tel rapport de forces, mais les signataires de l’appel du 17 juin, en refusant la reconduction de la grève, lui ont planté un poignard dans le dos.

Pis, ils ont donné au ministre le fouet pour faire battre les enseignants (rassurez-vous, ce ne sont jamais les appareils syndicaux qui trinquent…). Car, à bien y regarder, que reproche Monsieur Blanquer au baccalauréat national, terminal, ponctuel et anonyme : d’être lourd à organiser ? Sa nouvelle mouture le sera davantage. D’amputer le temps d’enseignement de précieuses heures en fin d’année ? Le contrôle continu, les grands oraux perturberont infiniment plus l’organisation des cours. Non, Monsieur Blanquer, comme ses homologues avant lui, ne supporte pas qu’un enseignant ait son mot à dire dans l’attribution du baccalauréat à un élève.

D’ores et déjà, et selon un scénario bien huilé, Monsieur Blanquer va se répandre dans les média ces prochains jours : il va stigmatiser la «  prise en otage orchestrée par une infime minorité qui se discrédite elle-même », il peut compter pour cela sur les éditorialistes de la pensée unique, sur les organisations de parents d’élèves et sur deux « syndicats » enseignants qui disent amen à tout. Nous nous trouvons donc pris dans la logique du chien accusé d’avoir la rage et qui n’en a plus pour longtemps ; c’est pourquoi, nous, enseignants, et nous seuls, avons le pouvoir d’enrayer la machine Blanquer. Et, avec elle, celles de la loi de « modernisation de la Fonction publique » et de la casse des retraites par répartition qui vont lui emboiter le pas.

C’est la raison pour laquelle le SNFOLC35, avec les camarades du SNUDI-FO 35 (premier degré), appelle à la tenue d’assemblées générales de grévistes pour lancer la grève dans les écoles, les lycées, les collèges dès le 13 juin  jusqu’à satisfaction des revendications, que le bac soit ou non perturbé le 17 passe désormais au second plan.

Etre dans l’action le 17 juin, sans l’être avant ni après revient à s’arrêter au milieu du gué, ce n’est pas ainsi que nous concevons le travail syndical à Force ouvrière.

Didier Gaillard, secrétaire départemental.