Sortir de la confusion !

Les média bruissent depuis quelques jours des menaces qui pèseraient selon eux sur le baccalauréat. Qu’on se rassure : le ministre de l’Education nationale dort sur ses deux oreilles depuis de longues semaines. Depuis le mois de décembre précisément.

C’est le moment où la mobilisation enseignante pouvait prendre le relais de celle des lycéens et se lancer dans la grève jusqu’à satisfaction des revendications ; les collègues en lutte à l’époque réclamaient l’abandon des réformes des lycées professionnel et général, de l’enseignement au lycée, des modalités de passation du baccalauréat, d’accès à l’enseignement supérieur ( Parcours’sup), ils avaient raison. C’aurait été  un coup d’arrêt donné à la loi dite « Ecole de la confiance ». Le corps enseignant avait alors une opportunité stratégique,  une chance réelle-l’unique- de gagner avant que le calendrier des vacances par zone ne vienne leur compliquer la tâche. Las, le coche a été loupé. A l’époque, la grève était exclue pour la quasi-totalité des organisations syndicales, le SNFOLC35 s’était inscrit en faux contre cette attitude, force est de constater que les faits ne nous ont pas donné tort…

Et voici qu’une intersyndicale appelle à une énième journée d’action le 17 juin, début symbolique des épreuves du baccalauréat. Dans l’esprit de ses promoteurs, cette action porte uniquement sur la surveillance des épreuves de ce seul jour, et ne sera ni précédée ni suivie d’une grève reconductible jusqu’à la victoire. Le SNFOLC35 ne saurait donner la tête la première dans un panneau aussi grossier…

Le ministre-qui dort toujours aussi bien, merci- dispose de tous les leviers nécessaires pour contrecarrer les velléités d’action des signataires de l’appel : il peut compter sur le renfort de collègues que la perspective d’un rendez-vous de carrière rend plus réceptifs à la demande d’un chef d’établissement, il peut puiser dans les personnels d’éducation, de gestion, il peut compter sur le zèle des préfets, qui ont le pouvoir de réquisitionner des personnels, comme ils l’avaient fait en 2003. La dernière perturbation du bac digne de ce nom remonte à 1968, le rapport de force à l’époque reposait sur une puissante grève interprofessionnelle, aux antipodes de la situation de 2019.

Nous n’avons rien, au SNFOLC35, contre la constitution d’un tel rapport de forces, mais les signataires de l’appel du 17 juin, en refusant la reconduction de la grève, lui ont planté un poignard dans le dos.

Pis, ils ont donné au ministre le fouet pour faire battre les enseignants (rassurez-vous, ce ne sont jamais les appareils syndicaux qui trinquent…). Car, à bien y regarder, que reproche Monsieur Blanquer au baccalauréat national, terminal, ponctuel et anonyme : d’être lourd à organiser ? Sa nouvelle mouture le sera davantage. D’amputer le temps d’enseignement de précieuses heures en fin d’année ? Le contrôle continu, les grands oraux perturberont infiniment plus l’organisation des cours. Non, Monsieur Blanquer, comme ses homologues avant lui, ne supporte pas qu’un enseignant ait son mot à dire dans l’attribution du baccalauréat à un élève.

D’ores et déjà, et selon un scénario bien huilé, Monsieur Blanquer va se répandre dans les média ces prochains jours : il va stigmatiser la «  prise en otage orchestrée par une infime minorité qui se discrédite elle-même », il peut compter pour cela sur les éditorialistes de la pensée unique, sur les organisations de parents d’élèves et sur deux « syndicats » enseignants qui disent amen à tout. Nous nous trouvons donc pris dans la logique du chien accusé d’avoir la rage et qui n’en a plus pour longtemps ; c’est pourquoi, nous, enseignants, et nous seuls, avons le pouvoir d’enrayer la machine Blanquer. Et, avec elle, celles de la loi de « modernisation de la Fonction publique » et de la casse des retraites par répartition qui vont lui emboiter le pas.

C’est la raison pour laquelle le SNFOLC35, avec les camarades du SNUDI-FO 35 (premier degré), appelle à la tenue d’assemblées générales de grévistes pour lancer la grève dans les écoles, les lycées, les collèges dès le 13 juin  jusqu’à satisfaction des revendications, que le bac soit ou non perturbé le 17 passe désormais au second plan.

Etre dans l’action le 17 juin, sans l’être avant ni après revient à s’arrêter au milieu du gué, ce n’est pas ainsi que nous concevons le travail syndical à Force ouvrière.

Didier Gaillard, secrétaire départemental.

 

Prenons nos responsabilités!

Nous n’avons cessé de le répéter en AG : les enseignants doivent prendre en main leur destinée s’ils veulent mettre en échec la réforme des lycées professionnel / général et de Parcoursup, s’ils veulent obtenir le retrait du projet de loi sur l’Ecole de la « confiance », l’abandon du projet de réforme de la fonction publique dans son ensemble et celui de la réforme des retraites.

Madame le Recteur (certes sur le départ) et le Ministre nous ont rappelé que toutes les actions alternatives à la grève plaçaient individuellement les collègues en situation de faute professionnelle (avec la double peine : sanction et retrait de salaire).

N’HESITONS PLUS !

Dans d’autres départements et académies, des collègues sautent le pas : en région parisienne, les AG ne cesssent de croître, les écoles sont massivement en grève reconductible à compter de ce 28 mars. A Rouen, le Recteur est hué par ses propres chefs de service.  La mairie de Nantes prévient les parents d’élèves que le mouvement déjà lancé dans le département peut s’étendre à partir du vendredi 29. (informations dont nous disposons à ce jour… mais la liste va s’allonger dans les heures à venir)

Il ne tient qu’à nous de retrouver la confiance que nous avions perdue en la force du nombre.

 

TOUS EN GREVE RECONDUCTIBLE !!!

(Préavis déposé jusqu’au 4 avril au soir pour couvrir les collègues qui choisiraient de se mettre en grève.)

 

MERCREDI 3 AVRIL : POT D’ADIEU A LA RECTRICE (informations à venir)

JEUDI 4 AVRIL : GREVE ET MANIFESTATION

  • Départ à 10h30 devant le rectorat , en direction de la DSDEN
  • PIQUE-NIQUE  MILITANT après la manifestation dans les jardins du Palais Saint-Georges
  • Assemblée Générale à 13h30 (sur les marches devant l’entrée des Champs Libres)

 

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que les choses sont difficiles. »

Sénèque

Mensonges,violence et mépris!

 

Difficile de ne pas avoir le cœur au bord des lèvres quand on est un syndicaliste libre et indépendant dans l’académie de Rennes en des temps où les politiques d’austérité sont délégitimées et contestées comme jamais !

Révoltés, nous le sommes à chaque instant, c’est même notre raison d’être à Force ouvrière. Et comment ne pas ne laisser éclater notre indignation au vu des derniers projets du ministère et de la façon dont une rectrice ultra zélée ( qui n’hésite pas à dire en Comité Technique académique qu’il faut savoir « s’affranchir des textes »…) applique dans l’académie de Rennes les directives nationales… en allant bien au-delà de ce que préconise le ministère !

A preuve, la mise en place à marche forcée de l’Ecole du socle (rebaptisée «  établissements des savoirs fondamentaux » dans le projet de loi de M. Blanquer), vieille lune extirpée de la naphtaline où elle dormait depuis la loi Fillon de 2005. Les chefs d’établissement, à la demande de  Madame le Recteur, ont donc déclenché une série interminable de réunions où les collègues affectés en collège sont censés mettre en place un réseau de plusieurs écoles autour de leur établissement et faire passer le conseil école-collège à la vitesse supérieure. A en juger par «  l’outil d’autopositionnement » concocté à leur intention par des adeptes des usines à gaz, l’inflation d’évaluation et la réunionite sont en passe d’occuper l’essentiel du temps de travail d’un enseignant, dont Madame le Recteur rappelle à l’envi qu’il est de 1607 heures dans une année. Elle indique en outre que les vacances scolaires sont destinées aux élèves ( cinq semaines de congés payés, c’est ce à quoi ont droit leurs professeurs aux termes du décret n° 2000-815 du 25 août 2000, elle ne se prive pas de le faire savoir). Petit florilège de cet outil d’autoflagellation : « Des références à des tableaux de bord sont développées, y compris dans le premier degré. », « Une réflexion collective s’appuyant sur une démarche de co-observation entre enseignants est engagée », « Des stratégies sont mises en place pour associer les familles aux apprentissages ». Outre l’absurdité technocratique des propos, ce qui ressort, c’est le mépris des dispositions statutaires en vigueur ; l’école du socle, c’est la mort des statuts particuliers et des deux degrés de l’enseignement scolaire.

Désormais, les personnels des écoles et des collèges ne seront plus ni  professeurs des écoles, ni certifiés, ni agrégés, ni PLP ; tout cela sent par trop son vieux monde : ils seront enseignants de cycle 3, et le projet de loi «  Ecole de la confiance », qui prévoit de faire disparaître peu à peu le recrutement par concours au profit du contrat, favorisera cette évolution par la création de contrats de cycle comme il existe des contrats de mission dans le privé. Loin de correspondre à une revendication des personnels, ce projet rectoral vise à rendre irréversible l’autonomie des établissements et constitue  un levier utile pour continuer à supprimer davantage de postes ; il est inenvisageable de la laisser faire. Surtout quand on considère que la rentrée 2019 ne promet que de la sueur , du sang et des larmes à tous les collègues que la réforme du lycée impacte : titulaires contraints à des compléments de service sur des communes différentes (ceux qui ont fait croire que le décret Hamon ne changeait rien et qu’il reconnaissait le travail invisible devront bien un jour rendre des comptes), TZR privés de la possibilité d’être affectés à l’année, contractuels au chômage, inacceptable et violent!

Mais le cynisme semble ne pas avoir de limites au 96 rue d’Antrain. Chacun sait que la CSG a connu une hausse de 1,7%. Ce que chacun sait moins, c’est que cette hausse est partiellement atténuée dans la Fonction publique par une indemnité compensatrice à laquelle ont droit les fonctionnaires titulaires et les contractuels de droit public recrutés avant le 1er septembre 2018. Les AED en renouvellement de contrat y ont droit, mais Madame le Recteur estime sans doute que ces collègues sont grassement payés et les a privés du bénéfice de cette indemnité en considérant qu’un avenant de contrat revient à l’établissement d’un nouveau contrat, ce qui est totalement contraire au droit. Madame le Recteur concourt pour le titre de Robin des rois, qui vole les pauvres pour donner aux riches, inacceptable et violent ! Interrogée en Comité Technique Académique sur le sujet, Madame le Recteur n’a pas daigné répondre aux représentants des personnels. Quand on se rappelle l’affaire de l’annonce de recrutement d’une employée de maison qu’elle avait fait paraître dans un grand quotidien régional- puis disparaître le lendemain de ces mêmes pages face au tollé qu’elle avait provoqué-  on ne peut s’empêcher de penser que son mépris des salariés les moins bien payés est insondable.

Non contente d’aggraver comme jamais les conditions de travail des enseignants et de prendre l’argent dans la poche des collègues les moins bien payés, Madame le Recteur nie leur valeur professionnelle en revoyant systématiquement à la baisse les appréciations des collègues pris dans la nasse d’un rendez-vous de carrière. On peut recueillir des avis « excellent » à chacun des items de l’évaluation, bénéficier d’appréciations dithyrambiques de la part du chef d’établissement, de l’inspecteur, on sera au mieux «  très satisfaisant ». On peut être rétabli dans son droit grâce à l’intervention déterminée des commissaires paritaires Force ouvrière, Madame le Recteur fera fi du travail syndical et annulera la décision de la CAPA. Quand le mépris s’affiche avec aussi peu de complexes, quand la morgue des puissants s’abat sur «  ceux qui ne sont rien », il devient urgent de relever la tête.

Quand on use de violence, quand on méprise, on n’est jamais bien loin de l’état du menteur qui accuse les autres de déformer la vérité : c’est ainsi que nous, Force ouvrière, avons été accusés par Madame le Recteur de diffuser des fake news, car Madame le Recteur parle le Trump dans le texte. Il faut avouer que nous avions eu le culot de dire que la rentrée 2019 du second degré ne serait plus examinée comme les précédentes à l’échelon départemental en Comité Technique Spécial Départemental. De fait, cette prérogative est transférée au Comité Technique Académique, qui dans sa grande mansuétude consent à communiquer au CTSD le résultat de ses travaux. La réalité est tenace : le CTSD n’a plus la main sur la rentrée du second degré, mais le dire relève de la divulgation de fausse nouvelle, pour parler la langue de Rabelais. Quand dire la vérité revient pour l’autorité administrative à énoncer un mensonge, c’est que l’ère de la post-vérité est bien installée !

Un dernier exemple, édifiant au-delà de ce qu’il est permis d’imaginer. Lors de la récente CAPA de contestation de l’appréciation finale des rendez-vous de carrière, nos commissaires paritaires ont demandé aux représentants de l’administration comment se faisait le départage des deux collègues bénéficiant d’un même avis, si un algorithme permettait de le faire. Il leur a été répondu que les dossiers faisaient l’objet d’un examen approfondi sans recours à l’outil informatique. Mais à nos camarades de l’académie de Lyon, la DRH locale a expliqué que «  les avis finaux avaient été attribués par un paramétrage de l’algorithme de l’application SIAE, avec un nombre précis d’items à convertir en appréciation finale.» Décidément, la vérité n’a pas sa place dans l’académie de Rennes !

Et c’est pourquoi nous continuons à dire ce qui dérange : l’évaluation mise en place dans le cadre de PPCR est une machine implacable destinée à ralentir les carrières pour mieux comprimer la masse salariale, quoi d’étonnant de la part d’un gouvernement qui affiche clairement son objectif de réduire la dépense publique ? Force ouvrière se dressera continuellement contre ceux qui désinforment les salariés pour mieux faire passer les politiques d’austérité, il n’est pas d’engagement plus nécessaire, pas de tâche plus utile, c’est ce à quoi sert le syndicalisme libre et indépendant.

Didier Gaillard, secrétaire départemental.

L’éléphant et le pistolet à bouchon.

Fidèle à sa ligne d’indépendance, le SNFOLC d’Ille et Vilaine combat les politiques d’austérité de quelque pouvoir qu’elles émanent et défend au quotidien les intérêts matériels et moraux de ses mandants. De ce point de vue, 2018 a été une année intense : il a fallu ferrailler  contre les projets du ministre Blanquer concernant les lycées général, technologique et professionnel, et il va falloir repartir au front en 2019 ; il a également fallu défendre les dossiers individuels en matière de mutation, avec un sérieux  reconnu; il nous a aussi fallu intervenir pour  protéger les collègues de l’arbitraire né de la mise en place de l’évaluation des enseignants , véritable arme létale contre la liberté pédagogique et l’esprit critique, et nous avons réaffirmé, contre le discours dominant, que PPCR,  puisqu’il a vocation à comprimer les salaires en ralentissant les carrières, est dans son esprit l’opposé d’une augmentation générale des salaires.

Nous espérions traduire ces actions en termes électoraux, mais les résultats n’ont pas été à la hauteur de nos attentes,  puisque nous enregistrons dans le département un tassement  de 1,8 en pourcentage, ce qui nous ramène à notre niveau de 2011 sans pour autant impliquer de changement dans notre représentation au sein des instances départementales de l’Education nationale (CTSD, CDEN, CHSCT-D). Il n’empêche, en cette année 2019 commençante, que je vous souhaite riche en victoires et en satisfactions de toute sorte, nous ne ferons pas mentir notre réputation : Force ouvrière se bat sans relâche pour faire aboutir les revendications !

Et nous allons avoir du pain sur la planche. Les DGH vont incessamment être communiquées aux établissements, elles feront grincer les dents, et pas qu’en lycée, et il va falloir remettre sur le métier la mobilisation que les vacances ont temporairement suspendue. Au SNFOLC d’Ille et Vilaine, nous le disons en toute clarté : faire plier Monsieur Blanquer nécessite un conflit dur, une grève reconductible jusqu’à satisfaction des revendications, car on n’abat pas un éléphant avec un pistolet à bouchon ! Nous appelons donc à la tenue d’assemblées générales dont le seul point d’ordre du jour serait la grève reconductible ; un préavis national est déposé, il est désormais temps de se lancer dans l’action avant que le calendrier des vacances par zones ne vienne compliquer une tâche déjà malaisée en soi. Nous soutenons toutes les initiatives venues des établissements et qui visent à fédérer les actions, qu’elles soient menées par les lycéens ou les enseignants ; en bref, nous appelons à la grève, c’est notre responsabilité, c’est même une question de cohérence !

A bientôt dans les assemblées générales de reconduction de la grève, bonne année à tous !

 

Didier Gaillard, secrétaire départemental.

Zone de turbulences

« Le génie du soupçon est venu au monde » (Stendhal)
Ces quelques mots extraits de Souvenirs d’égotisme sont certes détournés de l’intention qu’y mettait l’écrivain, mais ils expliquent avec éloquence le regain de combativité que retrouve le pays ces derniers temps.
Oui, nous sommes entrés dans l’ «ère du soupçon» (l’expression cette fois est de Nathalie Sarraute) et personne ne peut plus désormais faire croire aux travailleurs que le monde de demain est taillé pour eux. Plus personne n’est dupe : avec chaque réforme du code du travail vient une kyrielle de reculs des droits collectifs et des pertes de pouvoir d’achat. Avec chaque réforme imposée à la Fonction publique vient le gel du point d’indice, les suppressions de postes par dizaines de milliers.
Au moment où débute une période cruciale d’élections professionnelles dans l’Education nationale, il est utile de rappeler ce qu’est Force ouvrière, et notre syndicat des Lycées et Collèges d’Ille et Vilaine en particulier… Nous ne confondons pas, nous, action et agitation : les collègues des établissements rennais touchés par la resectorisation des collèges le savent, avoir FO à ses côtés, c’est la certitude de pouvoir s’organiser dans la lutte. Nous n’avons pas, nous, un discours à l’usage des collègues, et un autre, beaucoup plus conciliant celui-là, que nous tenons devant notre employeur. Quand FO a voté contre PPCR( Parcours Professionnel Carrière Rémunération), c’était avec la certitude que les enseignants n’avaient rien d’autre à y gagner qu’une… perte de pouvoir d’achat, car c’est bien cela qui se passe, et que l’évaluation lors des rendez-vous de carrière serait une machine à broyer toute velléité d’esprit critique. Contrairement à un quarteron de syndicats partisans de l’accompagnement des contre réformes, nous ne faisons pas croire à nos mandants, nous, que le fait d’avoir évité le pire est en soi une victoire…
Le pouvoir est au beau milieu d’une zone de turbulences, et un rapport de forces susceptible- enfin- de déboucher sur une victoire des salariés est en voie de constitution. Dans une telle situation, le syndicalisme libre et indépendant est loin d’avoir fait la preuve d’une quelconque inefficacité, mieux : il est à même de défendre la seule revendication qui vaille : l’ « augmentation générale des salaires, des traitements et de la valeur du point d’indice, des retraites et des pensions ainsi que des minima sociaux » (extrait de la résolution de la Commission exécutive de l’Union départementale d’Ille et Vilaine du 23 novembre 2018). Non, décidément non, face à la cherté de la vie, du prix du mètre carré de logement, du litre de carburant, l’augmentation générale des salaires n’est pas une question à mettre en débat avant de la jeter aux oubliettes, c’est la seule réponse valable ! Procéder, comme le fait le Président de la République, en diminuant le salaire différé et le salaire socialisé que constituent nos cotisations sociales pour nous faire croire que, grâce à lui, nos salaires augmentent est une escroquerie intellectuelle. C’est faire croire que ce que nous avons immédiatement, nous l’aurons aussi plus tard ! C’est la casse de toutes les solidarités ouvrières, c’est le basculement vers un univers parallèle régi par des lois totalement ineptes qu’il présente comme le monde de demain.

dav

Mais il n’aura échappé à personne que notre propre organisation est, elle aussi, passée par des moments difficiles, et que les tenants de la ligne incarnée jusqu’en avril 2018 par un Jean-Claude Mailly devenu champion toutes catégories de la macron-compatibilité ont repris le contrôle d’une organisation qui les avait pourtant désavoués au congrès confédéral de Lille. Notre combat au quotidien, au SNFOLC35, avec l’Union départementale et les syndicats des autres secteurs professionnels, consiste à convaincre ceux qui seraient tentés de le faire que les résolutions combatives du congrès de Lille sont notre fil à plomb, et que les militants sincères et indépendants qui sont la majorité à Force ouvrière ne doivent pas être dépossédés de l’orientation adoptée en avril 2018 dans la capitale nordiste.
Le vote Force ouvrière du 29 novembre au 6 décembre 2018 prend donc une double signification. A l’externe, c’est un message clair envoyé aux prétendues organisations syndicales qui cautionnent les régressions : le monde enseignant est entré dans l’ère du soupçon. A l’interne, progresser significativement dans notre département ne sera pas un message moins clair : Force ouvrière est la propriété de ses adhérents et de ses militants de base, pas d’un appareil occupé à prospérer à leur détriment.

Didier Gaillard, secrétaire départemental du SNFOLC35