Communiqué sur le mouvement lycéen victime des violences policières

En ce mois de janvier 2019, les lycéens luttent depuis plusieurs semaines pour obtenir l’abrogation des réformes Blanquer du lycée et du bac (général et professionnel) et l’abrogation de Parcoursup.

Ils agissent car ils ont conscience de la gravité de l’attaque portée contre notre service public d’éducation. Ils ont conscience que leurs conditions de « travail » seront détériorées, avec des classes de 35, un contrôle continu anxiogène relevant du parcours du combattant (23 épreuves!). Ils ont conscience que Parcoursup constitue une machine à sélection qui continue et amplifie le tri social déjà exercé par la société. Ils ont conscience que la réforme du bac constitue la mort du bac national et qu’elle renforcera les inégalités de territoire.

En décembre 2018, plusieurs jours à suivre, à Rennes, St Malo, Combourg, Bain de Bretagne, Vitré, Fougères, les lycéens étaient à pied d’œuvre dès 5 heures le matin pour bloquer leurs établissements. Ils dressaient des barrières avec des grilles, des poubelles, autant d’objets hétéroclites trouvés autour des lycées. Les chefs d’établissement ont pu constater que ces blocages ont été non violents, construits et organisés.

Alors que dans un premier temps, ces blocages se sont déroulés avec sérénité et dans le calme, le jeudi 13 décembre 2018, en Ille-et-Vilaine, un virage s’est opéré, virage dont le pouvoir politique est à l’origine : au lendemain de la convocation des Recteurs par le Ministre de l’Education nationale, le ton s’est durci, des consignes ont été passées. Les forces de l’ordre ont été envoyées en grand nombre sur les points de blocage, avec des consignes claires : des lycéens menacés verbalement d’être placés en garde à vue s’ils cherchaient à bloquer les entrées, flash-balls et gazeuses sortis et tendus vers eux alors que rien ne justifiait ce déballage d’artillerie. De plus en plus, des lycéens se sont vus menacés par les personnels de direction de sanctions ou d’exclusions définitives s’ils étaient repérés comme participant aux blocages.

Le vendredi 14 décembre, un nouveau pas a été franchi : à Bréquigny, une lycéenne était traînée au sol par un membre des forces de l’ordre car elle s’était assise devant son établissement. A Jean Macé, « sans sommation préalable, les jeunes ont été bousculés, molestés, victimes de propos déplacés voire sexistes par des membres de la BRI particulièrement virulents dès leur arrivée sur les lieux. Un personnel d’éducation présent sur place car finissant son service a également été poussé violemment par un policier » (Communiqué de presse du Collectif des professeurs et des personnels d’éducation du lycée Jean Macé, du 17.12.18). Un lycéen était interpellé et placé en garde à vue plusieurs heures pour des faits non reconnus par le jeune en question, mais également par des membres du personnel présents lors de l’interpellation.

Rappelons qu’à Mantes-la-Jolie (78), le 6 décembre, 151 lycéens étaient interpellés « collectivement », « alignés en rangs, genoux à terre, en silence, mains derrière la nuque, tête baissée, encadrés par des policiers en tenue, debout, casqués, armés de matraques et de boucliers » (article Le Monde du 6.12.2018).  A Bordeaux, à la même époque, un jeune homme en classe de seconde, a été blessé à la tête par un tir de « lanceur de balles de défense » (flash-ball) (article Journal du dimanche). Le lycéen a été transporté aux urgences.
De toute évidence, les intimidations dont ont été victimes les lycéens, les violences qu’ils ont subies, visent à éviter l’extension d’un mouvement lycéen qui s’est propagé à grande vitesse à l’échelle du pays.

Dans un courrier du 7 décembre à consulter ici, Madame Le Recteur d’Ille-et-Vilaine s’est adressée aux organisations syndicales : « Le message de raison et de sagesse que les personnels doivent tenir aux lycéens qui manifestent un intérêt pour les événements est bien celui de débattre et de s’exprimer sans violence. En effet, toutes les formes d’incitation à manifester exposent, au vu des circonstances actuelles, les lycéens à de réels dangers. […] Les personnels, dont vous êtes les représentants, sont tenus à cette obligation de neutralité qui leur appartient de respecter en toute circonstance. »

Notre fédération a répondu à ce courrier en rappelant que « le désordre et le climat de violence qui règnent sont de la responsabilité du gouvernement ». Ce n’est pas aux organisations syndicales de « raisonner les lycéens », qui sont d’ailleurs dans le juste : ils ont la raison et la justice morale pour eux. Ils se mobilisent pour défendre des revendications justes et essentielles. A nous, organisations syndicales de les aider dans leur lutte plutôt que de les freiner ! C’est ce que fait le syndicat Force ouvrière Lycée Collège 35 depuis le début du mouvement : aide aux photocopies de tracts, présence syndicale lors des blocages pour soutenir les lycéens qui craignent les forces de l’ordre. Et c’est ce qu’il continuera de faire, malgré la nouvelle loi, toujours plus autoritaire, qui se prépare contre le droit à manifester.

Encore une fois, Force ouvrière SNFOLC 35 s’adresse publiquement au ministre pour exiger que cessent les violences policières et la répression contre les lycéens, et que s’ouvrent sans délai des discussions avec les organisations syndicales des lycéens et des enseignants sur leurs revendications.