Concours 2020 version Covid 19 : crash test ?
Le Président de la République a annoncé le 16 mars que « toutes les réformes en cours seraient suspendues, à commencer par la réforme des retraites ». Mais si l’on en juge par ce qu’annoncent les ministres, les réformes « suspendues » sont toujours bien présentes : E3C et réforme du baccalauréat, LPPR dans l’enseignement supérieur et la recherche… et aussi réforme des concours d’enseignement et de la formation des enseignants.
Des annonces sur les concours dans la semaine
Comme pour le baccalauréat, le ministre utilise la pandémie et le confinement imposé pour avancer des « solutions » allant dans le sens des contre-réformes qu’il a engagées.
Pour les concours, il envisage le passage d’une seule épreuve d’écrit et l’absence d’épreuves orales. Il mentionne également que ces épreuves orales pourraient prendre place à la fin de l’année dite «de stage». Autrement dit, le concours ne serait vraiment acquis qu’à la fin de l’année scolaire 2020-2021.
Des lauréats de concours devenus contractuels ?
Les lauréats des concours 2020 ne seraient pas vraiment lauréats, ils seraient en attente d’une éventuelle titularisation qui interviendrait à la suite de la réussite d’un oral prenant place à la fin de leur année de « stage ». Ils ne seraient donc que « rétroactivement » considérés comme fonctionnaires-stagiaires… Ils seraient donc des contractuels en attente.
Les risques d’échouer au concours ou de ne pas être titularisé en fin d’année seraient encore accrus : à la très forte charge de travail qui existe déjà durant l’année de M2 et au « triple regard » de contrôle des jeunes collègues, s’ajouterait en fin d’année une épreuve couperet, dont on se demande dans quel laps de temps elle pourrait être préparée.
Le ministre en a rêvé : des contractuels partout
Dans ces conditions, que se passerait-il pour les pseudo-lauréats de 2020 qui échoueraient leur concours ? Peut-être auraient-ils le droit de rempiler d’office comme… contractuels en M2.
Cette configuration s’inscrit dans la droite ligne de la réforme des concours engagée avant le confinement, qui vise à supprimer le statut de fonctionnaire-stagiaire, installer les futurs enseignants dans une précarité à vie.
Pour Force ouvrière, c’est inacceptable. Les concours 2020 vont être bouleversés, les lauréats 2020 n’ont pas à subir le stress ni le crash test d’une réforme qui non seulement retarde encore le passage du concours, vide celui-ci d’une bonne partie de ses exigences disciplinaires, mais a aussi pour finalité de précariser et contractualiser les enseignants.
Nous exigeons que :
- les lauréats des concours 2020 doivent être pleinement en position de fonctionnaires stagiaires dès le 1er septembre 2020, sans épreuve supplémentaire en 2021 ;
- la réforme des concours doit être totalement abandonnée, et pas seulement «suspendue», comme toutes les autres réformes en cours, au premier rang la réforme des retraites ;
- les réformes qui leur ont pavé la voie, la réforme de la fonction publique et toutes celles qui visent à mettre à bas concours et diplômes nationaux, la loi ORE, Parcoursup et la masterisation des concours doivent être abrogées.
- les stagiaires 2020 ne doivent pas être pénalisés : aucun redoublement, aucun licenciement à la fin de l’année, annulation des rendus de mémoires MEEF ou autres écrits réflexifs.
Baccalauréat et Brevet 2020 : E. Philippe et J.M. Blanquer décrètent les examens par établissement
Pendant le confinement, le ministre fait reposer la charge de la continuité pédagogique sur les enseignants, leur équipement informatique, leur forfait téléphonique, leur capacité à s’auto-former, au détriment de leur vie privée… et dans la même logique, en choisissant le contrôle continu, le ministre fait reposer l’organisation des examens sur les personnels, au cas par cas, établissement par établissement, aggravant les inégalités.
Les choix du ministre
Après l’annonce faite par Edouard Philipe la veille, le ministre l’a confirmé le 3 avril, en raison de la crise sanitaire, le brevet et le baccalauréat 2020 seront évalués en contrôle continu. Mis à part l’épreuve anticipée de français en première où un oral sera maintenu, la note de l’examen correspondra à la moyenne des trois trimestres, à l’exception des notes attribuées pendant la période de « continuité pédagogique ». Les jurys d’examens devront prendre en compte le livret scolaire (motivation, assiduité, résultats). Une session exceptionnelle de rattrapage est prévue en septembre pour les élèves qui n’auraient pas obtenu le baccalauréat en juillet. Les cours, quant à eux, auront lieu jusqu’au 4 juillet et l’assiduité des élèves sera prise en compte pour obtenir ces diplômes, sauf si la situation sanitaire l’interdit.
Dans l’incapacité de prévoir le calendrier du déconfinement, le ministre Blanquer a choisi la solution a minima. Elle présente pour lui un double avantage : elle ne coûte rien (le coût de l’organisation du bac et du brevet a été mis en avant à nouveau = 2 milliards) et elle transfère une nouvelle fois sur les établissements et les personnels la gestion des examens, à l’image de l’organisation des E3C…
La décision du ministre soulève de nombreuses interrogations et inquiétudes
Pour le SNFOLC, le choix de faire disparaître toute forme d’examen terminal et national constitue un dangereux précédent. Les circonstances sont exceptionnelles, mais pour mémoire, ni pendant la guerre, ni après Mai 1968, les épreuves nationales du baccalauréat n’ont été annulées. Pour le SNFOLC, il ne faudrait pas que les circonstances exceptionnelles permettent la généralisation du contrôle continu. Le ministre n’apporte aucune précision, ni garantie.
Puisqu’il envisage de faire passer en juin les épreuves anticipées de français sous une forme allégée, rien ne l’empêchait de prévoir des épreuves anonymes et nationales, même allégées, pour le baccalauréat comme pour le brevet. Il a préféré choisir l’outil central de sa réforme du baccalauréat : le contrôle continu.
Avec le contrôle continu, le diplôme 2020 devient un diplôme par établissement, ce qui va fortement accentuer les écarts entre les établissements en fonction de l’origine sociale des élèves, pénalisant les élèves les moins favorisés. Cela défavorise les élèves qui progressent tout au long de l’année.
La décision du ministre fait une nouvelle fois reposer la pression sur les personnels. En effet, avec la disparition d’un examen terminal et national, le professeur devient l’évaluateur des candidats, ce qui l’expose directement aux pressions des élèves, des familles, de la hiérarchie. C’est déjà le cas avec les résultats des E3C qui viennent d’être communiqués aux élèves. S’en remettre aux jurys pour corriger ces inégalités n’est pas sérieux.
Pendant le confinement, les conditions de travail liées à la « continuité pédagogique » vont encore se dégrader
L’annonce précipitée du ministre complique encore plus le travail des enseignants. Les notes reçues pendant le confinement ne sont pas prises en compte. Comment aurait-il pu en être autrement puisque la « continuité pédagogique » du ministre a démontré qu’elle ne peut remplacer le cours en présentiel ?
De plus, comment motiver les élèves, y compris ceux des classes d’examen, quand le ministre vient d’annoncer que leur année scolaire a vraisemblablement pris fin le 12 mars du point de vue de leur évaluation ?
Cela relève du défi pour les enseignants confrontés aux nombreux obstacles du travail à distance. Ils peinent déjà à obtenir du travail de la part de leurs élèves pendant le confinement, alors, après une telle annonce, comment pourront-ils leur demander d’être assidus et de redoubler d’efforts, et de surcroît pendant les congés comme le veut le ministre dans le cadre de son opération « vacances apprenantes » ?
Sur les réseaux sociaux, les élèves ont déjà fêté l’obtention de leur examen !
Après le confinement, encore plus de pressions ?
Le ministre menace : l’assiduité jusqu’au 4 juillet sera prise en compte dans l’obtention de l’examen ! En collège, les conseils de classe étant prévus à partir de la fin mai, les notes du troisième trimestre seront quasiment inexistantes. Sur quels cours pourraient-elles reposer quand une partie de la classe aura décroché pendant le confinement ? Si l’assiduité ne sera donc pas forcément synonyme de travail pour les élèves, il est certain qu’elle va se traduire par de nouvelles pressions sur les professeurs.
C’est le cas, pour l’épreuve de français de première, la réduction du nombre de textes à préparer ne résout rien, dans la mesure où le ministre vient de décider que l’année scolaire s’est arrêtée début mars.
De plus, le ministre ne garantit, ni pour les élèves ni pour les personnels, qu’ils pourront être dépistés avant ces épreuves ? Quelle garantie sanitaire sera fournie pour la reprise des cours ? Et pour la réunion des jurys ? Là encore, sur ces points, le ministre n’apporte aucune précision.
Le ministre annonce également une session de rattrapage en septembre pour les candidats « recalés ». Comment pourront-ils s’y préparer ? On voit alors à quoi vont servir le dispositif « vacances apprenantes » et les « colonies apprenantes » du ministre.
Pour FO, aucune pression ne saurait être exercée sur les professeurs pour qu’ils s’impliquent dans ce dispositif. A la reconquête du mois de juin prônée par le ministre, il n’est pas question d’ajouter le sacrifice des congés scolaires !
Le ministre choisit de sacrifier l’examen national et anonyme et de poursuivre sa réforme.
Constatant les irrégularités lors des E3C et les inégalités d’évaluation des enseignements de spécialité que les élèves de 1ère abandonnent, le ministre aurait tout aussi bien pu choisir de retirer les réformes du lycée et du baccalauréat. Or, elles sont intégralement maintenues tout comme la première session des E3C.
Si la deuxième session des E3C est annulée en raison du Covid-19, les notes de la première session, elles, sont maintenues et comptabilisées. Décision qui interroge quand des milliers d’élèves n’ont toujours pas repassé les épreuves reportées de la première session, et que 10 000 copies d’E3C ne sont toujours pas corrigées !
Le SNFOLC demande toujours que ces épreuves soient annulées. On ne passe pas le baccalauréat sous la menace des forces de l’ordre. Le ministre veut effacer la large contestation de ces épreuves intimement liées au baccalauréat Blanquer.
Pendant qu’il multiplie les messages de remerciements à l’attention des enseignants, dont il a plus que jamais besoin pour assurer la continuité pédagogique et son dispositif « vacances apprenantes », il n’annule aucune décision de sanction contre les personnels et les élèves qui se sont opposés aux E3C. Il a même autorisé le déblocage de l’application Mozar pour permettre aux recteurs de dépasser le seuil de quatre jours de retrait de salaire par mois pour les grévistes !
C’est pourquoi :
Le SNFOLC exige l’annulation de toute mesure à l’encontre des élèves et des personnels qui ont exercé leur droit de grève et d’exprimer leur légitime opposition aux E3C.
Le SNFOLC exige le respect des congés pour tous les personnels, le respect de leur liberté pédagogique et de leur droit à la déconnexion.
Le SNFOLC s’adresse au ministre pour avoir toutes les garanties que les modalités des épreuves décidées sont et resteront exceptionnelles. Pour le SNFOLC, c’est clair, il n’y a pas de confinement pour les revendications : abrogation de la réforme du lycée et du baccalauréat ; retour aux épreuves nationales, anonymes et ponctuelles.
Avec sa fédération, il exige que toutes les mesures de protection soient garanties pour les personnels.
Le SNFOLC condamne toute pression et tout dispositif qui, à l’instar de la loi d’état d’urgence sanitaire, conduisent à un travail sans limite, à l’épuisement des personnels, à la remise en cause des diplômes et des droits statutaires.
En grève : bloquons les E3C
Le gouvernement ne craint pas les journées saute-moutons qui aboutissent à l’épuisement des grévistes, il craint la reconduction de la grève contre la retraite par points et le blocage des épreuves du baccalauréat. Il sait que les professeurs en sont capables, ils en ont fait la démonstration en juillet dernier. C’est de sa responsabilité de retirer ses contre-réformes.
Ni retraites par points, ni E3C
Dans tous les lycées, le même constat

Ce que demandent certains syndicats
La réforme Blanquer du baccalauréat général et technologique prévoit une première session de 3 ou 4 épreuves communes de contrôle continu (E3C) en janvier-février 2020 : histoire-géographie, langues vivantes A et B + mathématiques pour les séries technologiques.
Certains syndicats demandent la suppression de ces épreuves et leur transformation en épreuves terminales nationales en fin d’année. Pour les élèves de première, ce sera non plus 2 ou 3 épreuves anticipées qui auront lieu en juin comme dans l’ancien bac (français écrit, oral et sciences pour les anciennes séries L et ES), mais 6 ou 7 épreuves qu’ils devront passer en fin d’année de première (français écrit, oral, histoire-géographie, langues vivantes A et B, enseignement scientifique et la spécialité abandonnée en fin de première (ou mathématiques pour les séries technologiques) : cette demande est inacceptable !
Ce que demande Force Ouvrière
FO ne demande pas le report, mais l’annulation pure et simple des E3C. C’est un moyen d’action pour montrer notre opposition jusqu’au retrait du projet de réforme des retraites.
En grève depuis le 5 décembre, saisissons-nous du blocage des E3C comme moyen pour faire flancher le gouvernement afin qu’il retire sa réforme des retraites !
Nos revendications sont claires :
- annulation des E3C
- abrogation des réformes des lycées, du baccalauréat et de Parcoursup
- abrogation de la loi pour l’école de la confiance
- abrogation de la loi de transformation de la fonction publique
- retrait du projet de réforme des retraite
Les E3C ou l’échec du bac Blanquer
Le SNFOLC 35 s’oppose à la réforme Blanquer du baccalauréat qui, par la place importante donnée au contrôle continu, transforme un examen national, premier grade universitaire, en diplôme local de fin d’étude, à la valeur toute relative, puisqu’elle dépendra de la réputation de l’établissement où il aura été préparé.
Le SNFOLC 35 condamne les épreuves communes de contrôle continu (E3C)
- Elles imposent des progressions communes pour chaque discipline au détriment de liberté pédagogique des professeurs ;
- Elles attribuent aux chefs d’établissement la responsabilité du choix des sujets d’examen subordonnant ainsi le pédagogique à l’administratif ;
- Elles sont organisées sans les garanties de sérieux nécessaires (pas d’obligation de prévoir des salles « format examen », pas de nécessité de vérifier l’identité des candidats, pas de double surveillance prévue pendant le passage des épreuves, pas de consignes claires données en cas de tentatives de fraude…) ;
- Elles vont multiplier le nombre de sujets que chaque professeur va devoir corriger puisque chaque établissement, voire chaque classe aura les siens ;
- Elles doivent se dérouler sans banalisation des créneaux horaires pour les autres classes. Or, avec des épreuves d’E3C durant deux heures et des cours de 55 minutes, le même professeur ne pourra pas, pendant dix minutes, à la fois finir de surveiller les épreuves d’examen et accueillir ses élèves des autres classes.

Cela prouve que le bac Blanquer vise à supprimer les harmonisations et les remboursements de déplacement, la correction se fera chez soi avec son propre ordinateur, le ministre compte non seulement sur le matériel informatique des enseignants mais aussi sur leur travail sans fin !
