Enfumage épistolaire du Ministre

Une missive insolite a atterri dans les boites professionnelles des personnels de l’Éducation nationale le 22 janvier 2026 à 17h55.

Pour lire la lettre : c’est ici !

Dans cette lettre, le ministre de l’Éducation nationale « se permet de s’adresser directement à nous » pour nous entretenir « du sens de notre mission », motivant sa démarche par deux faits exceptionnels : la nouvelle année et la journée internationale de l’Éducation.

Peu habitué à tant d’humilité de la part du locataire de la rue de Grenelle, le lecteur n’est d’abord pas sûr que l’on s’adresse bien à lui. Il faut en effet attendre le troisième paragraphe pour lire qu’il s’agit bien « des professeurs », – le ministre ne s’autorisant qu’une petite pensée pour « tous ceux qui, avec nous, font l’école » (référence pudique aux AESH, AED, CPE, PSY-EN, personnels administratifs et de direction, infirmiers, assistants sociaux…)

Il faut bien avouer qu’arriver à la fin du courrier, la vision qu’a le ministre de ladite mission reste assez confuse.

 

Il faut ajouter, tout le monde l’a relevé, que cette lettre est curieusement écrite dans un style inaccoutumé, recourant à une rhétorique littéraire incongrue. Le ministre parsème ainsi son propos de vérités générales pontifiantes (« lorsque le savoir recule, la démocratie vacille »), de formules grandiloquentes (« témoin éternel du monde qui s’en va, le professeur est en même temps le précepteur du monde qui naît. » ) et de comparaisons peu flatteuses (« c’est votre regard qui retient l’élève perdu comme le fil retient le cerf-volant. »)

Dans des envolées lyriques de mauvaise facture, le ministre-poète nous voit comme des « allumeurs de lumières de l’esprit humain », entretenant « une petite flamme d’espérance » chez nos élèves. Il nous promeut dignes héritiers des philosophes des « Lumières », (dont, à le lire, Condorcet ne ferait curieusement pas partie) Autant dire des veilleurs de l’Histoire, les éclaireurs de la République (à l’ombre de ses « hussards noirs »), mais surtout des « sentinelles de la raison ».

Il faut ici peser tous les mots, car cette lettre sur « notre mission » n’est pas exempte d’un ton martial.

 

Il est question de « défis à relever », de « combativité », « d’autorité » et même de faire… « reculer les ténèbres », rien que ça ! Si l’idéologue avance masqué, derrière ses atours de poète visionnaire, il n’en abat pas moins méticuleusement ses cartes, n’hésitant pas à se mettre au service des promoteurs du « tournant » de l’intelligence artificielle, faisant de celle-ci la troisième « révolution de l’écriture », (après son invention et celle de l’imprimerie, sic), en confondant « révolution anthropologique » avec concurrence économique.

Mais que laisse dans l’ombre ce lyrisme managérial ?

 

Que signifie cette soudaine conversion à « l’idéalisme » de celui qui fut directeur général des ressources humaines du ministère de l’EN de 2017 à 2019, puis directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO) jusqu’en juillet 2024 ? … N’a-t-il pas en tant que haut fonctionnaire, accompagné toutes les contre-réformes imposées aux personnels ?

Comme Édouard Geffray trouve à propos de citer la philosophe Hannah Arendt, rappelons-lui que la philosophie oppose le matérialisme à l’idéalisme, et que ce que nous attendons avant tout de notre ministère, ce n’est pas de nous ouvrir le ciel des idées mais les caisses de l’État afin d’assurer les conditions (bassement) matérielles de notre travail !

Or, tout le monde l’a relevé, du pognon, dans cette missive, jamais il n’est question. Le ministre réussit le tour de force de nous parler de notre mission sans jamais évoquer ses conditions d’exercice  !

 

Par un curieux renversement de perspectives, il feint même de défendre les enseignants contre une société qui ne les verrait que comme de « simples moyens » ? Mais qui, à part le ministère de l’Éducation nationale, emploie ce vocabulaire ? Qui réduit ses personnels à de simples « moyens » en consacrant explicitement des CSA et des CA sous ce terme ? Qui parle « d’équivalents temps pleins » au lieu d’emplois, « d’heures-postes » pour mieux fractionner les postes, de « service donné » ou « rendu » au lieu de postes amputés (sur deux, trois ou quatre établissements), de « mesure de carte scolaire » au lieu de poste supprimé… ? Qui s’entendra dire dans le cadre de la préparation de rentrée qu’un dédoublement « coûte autant » ou qu’il « devra » des heures ?
Les professeurs, Monsieur le ministre !

Et cela sur décision de votre gouvernement qui supprime, de nouveau, 4 000 postes dans l’EN, suppressions qui s’ajoutent à toutes celles des années précédentes.

 

Chaque préparation de rentrée rime désormais avec nouvelle dégradation des conditions d’enseignement, manque de personnels et hausse des effectifs dans les classes…

 

Si vous pensez réellement que « notre avenir commun se joue, chaque jour, dans nos classes », pourquoi ne nous donnez-vous pas concrètement les moyens de le préparer ? Une école, un collège, un lycée ne fonctionnent pas avec de « l’espoir », Monsieur le ministre, mais avec des personnels et un budget ! Les élèves et leurs familles ont moins besoin « qu’on espère pour eux » que d’avoir face à eux, avec eux, des professeurs, des AESH, des AED, des CPE, des infirmières, des assistantes sociales…

Et c’est parce qu’ils ne désespèrent pas de se faire entendre que les personnels continuent de revendiquer :

• l’annulation de toutes les suppressions de postes inscrites au budget
• la création autant que de besoin de poste de professeurs, d’AESH, d’AED, de CPE, de personnels administratifs, de santé et de direction…
• la baisse du nombre d’élèves par classe
• la revalorisation pour tous sans contrepartie du point d’indice et l’ouverture de négociations pour le rattrapage des salaires (pour compenser la perte de pouvoir d’achat de 31,5% depuis le débit des années 2000)
• un vrai statut, un vrai salaire pour les AESH

 

Pour télécharger ce communiqué : c’est ici !

L’Etat se désengage du CNED : vers une privatisation de sa mission de service public

Depuis plusieurs années, le CNED subit la politique d’austérité des gouvernements successifs.

La subvention pour charge de service public (SCSP) est en baisse  constante : fixée à 36 M€ au budget primitif 2024, le dernier Conseil d’administration du CNED a entériné la décision de l’amputer pour 2026. Réduit à 27 M€, il est 10 M€ au-dessous du minimum pour assurer  correctement la mission de service public de l’aveu même de la Directrice générale.

Comme si cela ne suffisait pas, les sénateurs ont adopté un amendement au projet de loi de finance privant le CNED de 15M€ supplémentaires, faisant fi des demandes du ministère de l’Éducation nationale (MEN) sont de plus en plus nombreuses et précipitées : choc des savoirs, remplacements de courte durée, de longue durée, projet résilience …

Le gouvernement Macron impose au CNED de financer la mission de service public en prélevant massivement dans son fonds de réserve. Ce sont donc les revenus du secteur concurrentiel du CNED qui sont amenés de plus en plus à financer la mission de service public, et cela ne suffira pas ! 

Cerise sur le gâteau, le Ministère a annoncé qu’il revenait sur son engagement à financer la participation de l’employeur à la Protection Sociale Complémentaire (PSC). Celle-ci devra donc être financée sur la masse salariale du CNED. 

 

Ce désengagement massif de l’État et la politique de rigueur voulue par une majorité de sénateurs obligent donc le CNED à abandonner sa mission de service public et de promotion sociale pour les adultes, qu’ils louent par ailleurs au cours de leurs débats. Quelle hypocrisie !

Ce n’est rien d’autre, au mieux, qu’une privatisation forcée dont les conséquences sont désastreuses pour les usagers du CNED et pour les personnels. L’avenir même de l’établissement est menacé à court terme.

Nous ne pouvons pas nous résigner à la destruction du CNED et de ses missions de service public, ni nous résoudre à sa privatisation.

 

Les élus de la FNEC-FP FO au CNED dénoncent cette situation inacceptable et ont voté contre le budget rectificatif proposé au dernier CA. Les élus de FNEC-FP FO au CNED se battent et continueront de le faire dans toutes les instances pour défendre le CNED, opérateur public de l’Etat, ainsi que les droits, les intérêts et les conditions de travail de tous les personnels qui y travaillent. Ils revendiquent les moyens humains et financiers pour permettre au CNED d’assurer sa mission de service public de l’instruction gratuite et sa mission de promotion sociale pour les adultes.

L’ « accompagnement renforcé » du ministre Geffray : 800 collèges repris en mains et mis sous tutelle

Pas de révision de la carte de l’éducation prioritaire

Le ministre Geffray déclare qu’il n’y aura pas de mise à jour de la carte de l’éducation prioritaire cette année en raison des élections municipales, ni l’année prochaine compte tenu des élections présidentielles !

Par contre, il a décidé de mettre en place des plans d’action locaux dans 15% des collèges, soit 800 collèges qui concentrent une part importante d’élèves dont les résultats sont inférieurs à 8 sur 20 en français et en mathématiques aux épreuves ponctuelles du DNB.

70 % de ces établissements sont en Education Prioritaire, 30 % hors Education Prioritaire.

 

Le ministre a publié une « instruction » au BO du 18 décembre 2025 :  « Instruction du 17-12-2025, Agir collectivement pour la réussite de tous les élèves : accompagner les collèges les plus exposés à la difficulté scolaire ».

Accompagnement ou mise sous tutelle?

Si la liste des établissements retenus n’est pas publiée, l’Instruction du 17 décembre donne le contenu de cet accompagnement renforcé.

En vue de la rentrée 2026, les chefs d’établissement des collèges concernés, avec les équipes pédagogiques, et sous le contrôle des rectorats et d’une « équipe ressource académique » (inspecteurs, formateurs…), sont chargés d’élaborer des plans pluriannuels sur la base d’une feuille de route qui précise les objectifs fixés à trois ans.

 

A partir d’un « diagnostic objectivé par des indicateurs », il faudrait trouver des « leviers pédagogiques », identifier les « besoins spécifiques de l’établissement » pour la formation et l’’accompagnement disciplinaire des enseignants, améliorer les pratiques.

On retrouve ici la logique des évaluations d’établissements rejetées par les personnels, de l’accompagnement renforcé issu de l’évaluation-PPCR que FO a toujours combattue.

La liste des « leviers pédagogiques » en matière d’organisation pédagogique reprend pour sa part les recettes du choc des savoirs (par exemple un « plan de renforcement sur un nombre limité de séances autour d’une compétence ciblée avec un nombre restreint d’élèves » etc.)

En matière de climat scolaire et de santé, il ne s’agit bien évidemment pas de renforcer les vies scolaires, services sociaux et de santé. Si les fonds sociaux pourront éventuellement être renforcés, pour le reste il s’agira d’un « appui éducatif » par des « personnels académiques qualifiés ».

Les chefs d’établissement sont également enjoints à se rapprocher des collectivités territoriales pour « la bonne articulation des différents temps des jeunes, scolaires, périscolaires et extrascolaires ».

Tout cela bien entendu pour « permettre l’élévation générale du niveau de tous les élèves », et bien entendu sans moyens supplémentaires, alors que les classes sont surchargées, que les élèves à besoin particuliers ne sont pas pris en charge, que les personnels manquent partout !

Vous êtes suivis !

Au lieu de répondre aux revendications telles que la création des postes nécessaires, la baisse des effectifs, la défense de l’enseignement spécialisé, l’abrogation des contre-réformes, l’augmentation des salaires… le ministre institue une logique de mise au pas où des personnels, déjà confrontés à des difficultés d’exercice, seront « coachés » voire jugés. C’est une provocation !

Le suivi des actions engagées sera assuré par le chef d’établissement, en lien avec l’inspecteur référent ou un membre de l’équipe ressource, le conseil pédagogiques, le recteur, le conseil académique des savoirs fondamentaux, les IA-Dasen, et jusqu’à la DGESCO et une mission d’inspection générale !

 

Reprendre en main les personnels qui dysfonctionneraient puisque les résultats de leurs élèves ne sont pas assez bons, sans aucun moyen supplémentaire, voilà en quoi consiste l’instruction du nouveau ministre.

Que le ministre ne compte pas sur FO pour participer à son « alliance pédagogique » pour mettre au pas les personnels !

 

Le SNFOLC dénonce ce nouveau management ministériel et se tiendra au côté des personnels qui refusent d’être pointés du doigt comme responsables des difficultés scolaires de leurs élèves.

Le SNFOLC exige d’abandonner cette logique de mise au pas, de laisser les personnels travailler et de répondre à leurs revendications :

– Annulation du budget d’austérité, des suppressions de postes et créations de postes nécessaires dans les écoles, collèges, lycées, établissements sociaux et médico-sociaux et services

– Un statut de fonctionnaire avec un temps plein de 24h pour les AESH, abandon des PIAL et des PAS

– Augmentation des salaires de 10 % tout de suite et rattrapage du pourvoir d’achat perdu depuis 2000 (32,7%)

– Abrogation de la réforme Macron-Borne des retraites 

– Abrogation des contre-réformes qui remettent en cause les statuts et missions des personnels, et le droit égal d’accès à l’instruction des élèves : réforme Blanquer du lycée et du baccalauréat, Parcoursup, acte 2 de l’école inclusive, « choc des savoirs » …