Déclaration de FO lors du CDEN du 13 novembre 2018

Cette déclaration liminaire a été lue par Force ouvrière (syndicat FNEC-FP-FO) lors du CDEN du mardi 13 novembre 2018 pour rappeler les coupes budgétaires qui ont accompagné la rentrée 2018-2019  :

  • la nouvelle carte scolaire qui touche de nombreux collèges rennais et les aberrations qu’elle implique
  • le projet de fermeture du site Malifeu (collège Rosa Parks)
  • l’abandon qui est fait du centre médical Rey-Leroux
  • le non-remplacement des agents travaillant dans les collèges
  • les différentes réformes qui touchent les lycées généraux, technologiques et professionnels, sans oublier Parcoursup…

Suite à cette lecture, FO a affirmé son refus de siéger à ce CDEN, estimant que les conditions n’étaient pas réunies pour entamer un véritable dialogue avec les instances.

Précisons qu’une proposition de boycott du CDEN avait été lancée par FO auprès des autres organisations syndicales siégant en CDEN. Aucune réponse n’a, à ce jour encore, été exprimée par aucun syndicat sollicité.

 

 

 

Monsieur le Secrétaire Général de la Préfecture,
Monsieur le Directeur Académique,
Monsieur le Vice-président du Conseil Général,
Mesdames et Messieurs les membre du CDEN,

 

Nous sommes réunis aujourd’hui mardi 13 novembre pour participer au premier Comité Départemental de l’Éducation Nationale 2018-2019 qui abordera notamment le bilan de la rentrée 2018 pour les 1er et 2nd degrés.

Les services de l’Éducation Nationale nous feront alors remarquer combien cette rentrée scolaire 2018-2019 s’avère techniquement réussie. Mais ce serait oublié le contexte de pénurie générale qui frappe notre service public d’éducation : car des coupes budgétaires et des cures d’amincissement, nous en voyons tous les jours à l’œuvre ou en chantier de construction.

Nous avions alerté sur les dangers que constituait la nouvelle carte scolaire qui touche un certain nombre de collèges de la ville de Rennes depuis le mois de septembre. Rappelons que cette nouvelle sectorisation a été mise en place à marche forcée, sans concertation, malgré les contestations des enseignants, des parents d’élèves, des associations de citoyens, de la FCPE et de certaines organisations syndicales.
 Car cette sectorisation pose de nombreux problèmes, que l’on ne peut nier : temps de trajet des élèves, changements brutaux d’effectifs dans certains collèges, surcharge à venir dans d’autres, fermeture du site scolaire Malifeu à Rosa Parks. Cette fermeture (qui revient purement et simplement à fermer un nouveau collège dans le département) conduira à entasser 550 élèves sur un seul site alors que nous connaissons les difficultés d’enseignement qui existent déjà dans cet établissement classé REP. Si la violence est déjà présente dans les locaux de Montbarrot et Malifeu, qu’en sera-t-il l’année prochaine ? Déconvenue supplémentaire pour ces enseignants. Alors qu’on leur avait promis une carte scolaire structurée et organisée, ils se retrouvent face à des incohérences manifestes : jusqu’à onze écoles d’origine dans une même classe de sixième, des élèves envoyés dans des établissements n’appartenant pas au fameux secteur multi-collèges… Peut-on encore parler de carte scolaire lorsque l’exception devient la règle ?
Qu’il s’agisse du remplissage des établissements (dût-on en passer par la dislocation de la carte scolaire), de la rentabilisation des cantines scolaires, de la location d’un site, ou de la fermeture du collège Montbarrot, il ne s’agit-là, sous couvert de mixité sociale, que d’économies et de coupes budgétaires.

Autre procédé efficace en matière d’austérité : le centre médical Rey-Leroux. Lors du CTSD de juin dernier les représentants des personnels ont été informés de la dénonciation de la convention qui liait jusqu’à présent les services départementaux de l’Education nationale à ceux de l’Agence Régionale de la Santé en matière d’organisation de l’enseignement destiné aux élèves hospitalisés au Centre Rey-Leroux à la Bouexière.
Force ouvrière avait fait part de son opposition à cette décision.
Les informations qui nous sont parvenues de Rey-Leroux font état de grandes difficultés pour les collègues : les informations sur les supports pédagogiques (Monsieur l’IEN de la circonscription a évoqué verbalement, mais ne l’a jamais fait par écrit, la possibilité d’un recours au matériel du CNED) ont été démenties au bout d’un mois. Les professeurs ont eu à faire face à la problématique de la classe à niveau multiple et l’ont découverte au mieux le jour de la prérentrée ; ce n’est que le 1er octobre que Monsieur l’IEN a proposé des pistes d’aide (contact de conseillers pédagogiques ASH) qui ne s’avèrent pas véritablement adaptées.
En outre, les affectations effectuées par la DPE l’ont été sur la base de compléments de service dont plusieurs font intervenir les collègues ailleurs qu’au collège Martin Luther King de Liffré, certains sur trois établissements. Même si l’organisation retenue était destinée à assurer une période de transition, les personnels enseignants ont le sentiment d’être abandonnés en rase campagne.
Les personnels de la structure hospitalière s’organisent pour que cet établissement, qui pourrait effectuer un travail de qualité, soit pérennisé, il serait, du point de vue de la FNEC-FP-FO, de bonne méthode de ne pas hâter la fermeture de Rey-Leroux.

Mais n’oublions pas qu’une rentrée scolaire se fait correctement si tous les personnels des établissements marchent ensemble et œuvrent au mieux, chacun dans leurs services. Que dire quand une cantine fonctionne au ralenti ? Que dire quand les salles de classe ne sont pas nettoyées comme elles l’auraient dû ? Que dire quand les grilles du collège ne s’ouvrent pas en temps et en heure car l’agent d’accueil n’est pas remplacé depuis plus de quatre semaines ? Car c’est la situation vécue dans plusieurs collèges du département. Dans nombre d’entre eux, un agent, parfois deux, voire trois, sont absents pour des raisons médicales sérieuses depuis plusieurs semaines, et ne sont pas remplacés ! La charge de travail qui incombe alors aux collègues en place est exténuante et conduit bien souvent à de nouveaux arrêts de travail. Cette situation est inacceptable, comme l’ont prouvé les différentes grèves menées par les agents dans le département. Il devient urgent que le Conseil départemental prenne au sérieux les revendications de ses personnels, en cessant de privilégier les restrictions budgétaires sur le bien-être des salariés et sur les conditions de rentrée des élèves du département.

Enfin, nous ne pouvons parler d’austérité et de coupes budgétaires sans évoquer les différentes réformes qui se discutent aujourd’hui dans les couloirs de l’Éducation Nationale : dans les lycées généraux et technologiques, la réforme de notre Ministre M. Blanquer implique la baisse des horaires d’enseignement, la hausse des effectifs, une mise en concurrence des lycées, et une organisation du baccalauréat plus complexe, baccalauréat qui ne sera plus national. Dans les lycées professionnels, la réforme, qui constitue une attaque sans précédent contre le statut des PLP, conduit à une présence accrue du privé dans l’enseignement professionnel, à une réduction du Bac-Pro à deux ans, à une mixité des parcours et des publics qui permet le remplissage des classes, à une réduction importante des heures et à des suppressions de postes.
Comment dire que la rentrée 2018-2019 s’avère réussie et positive quand le baccalauréat ne constitue plus le premier grade universitaire, que les élèves sont sélectionnés après l’obtention de leur diplôme, et que Parcoursup a écarté du système scolaire plusieurs milliers d’élèves tandis que d’autres se trouvent inscrits dans des filières qui ne les intéressent pas qu’ils ont cochées, contraints et forcés, pour ne pas rester sur le carreau en septembre 2018 ?

Pour Force Ouvrière, il est hors de question de laisser faire.

Ce CDEN se tient donc dans un contexte budgétaire et d’attaques contre les statuts et les personnels qui rend vaines les discussions avec les représentants d’un gouvernement sourd à toutes les revendications.

Pour toutes ces raisons, la FNEC-FP-FO refuse de siéger et quitte ce CDEN.

Appel du collectif du 35 contre les Réformes Blanquer

Ce collectif réunit des personnels, des professeurs, des lycéens, des étudiants, des parents d’élèves d’Ille-et-Vilaine contre les réformes Blanquer, réformes touchant les lycées d’enseignement général, technologique et professionnel, contre la réforme du Bac, et contre Parcoursup.

Ce collectif, soutenu par plusieurs organisations syndicales – dont Force ouvrière,  a vocation à s’étendre au maximum de personnes et d’établissements, et fonctionne sur le principe d’une assemblée générale.

La première assemblée générale s’était réunie le mercredi 17 octobre au lycée de Combourg : une quarantaine de personnes y avaient participé. La deuxième, qui s’est tenue à Rennes le lundi 12 novembre dernier, a réuni cette fois 170 personnes.

Soutenons-les pour demander l’abrogation des réformes Blanquer et Parcoursup !

 

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Parce que les lycéens et les étudiants ont raison de se mobiliser

Un mouvement de contestation organisé…

 Dès l’annonce du « Plan étudiant » et de la réforme du Bac et du Lycée en octobre 2017, des mouvements de contestation lycéens et étudiants ont vu le jour sur l’ensemble du territoire français : Paris, Nantes, Montpellier, Toulouse, Tours, Limoges, Nancy, Pau… et bien sûr Rennes. Organisation d’assemblées générales, comités de mobilisation, blocage d’universités et de lycées, manifestations (bien souvent interprofessionnelles)…

En Ille-et-Vilaine, de nombreux établissements universitaires et lycées ont été bloqués et se sont organisés contre la sélection, avec notamment le blocage des C.F.V.U. (Commission Formation et Vie Universitaire : instance qui a en charge l’élaboration des critères de sélection).

A Rennes 2, les Assemblées Générales ont pu atteindre jusqu’à 5.000 personnes réunies sur le parvis de Villejean devant le Hall B : des étudiants, des lycéens, des personnels des universités (enseignants et non enseignants), des professeurs du second degré, mais aussi des postiers, des cheminots, des salariés en lutte. Car tous ont compris la nécessité de coordonner les mouvements de résistance.

De novembre 2017 à juin 2018 à Rennes, les blocages se sont multipliés. Des diffusions de tracts ont permis d’interpeller les lycéens, les étudiants et les enseignants non mobilisés. Car il est essentiel d’informer pour élargir le mouvement, qui ne s’arrêtera pas en juin 2018.


Un mouvement systématiquement réprimé

Dans toute la France, ce mouvement de contestation a été systématiquement réprimé par des forces  de l’ordre en nombre et bien équipées :

  • Dans la nuit du 8 au 9 mai 2018, quelques 200 CRS et policiers de terrain ont évacué les 60 à 80 étudiants qui occupaient l’université Jean Jaurès (ex-Mirail). « Plusieurs camions de CRS ont débarqué vers 4 heures du matin aux abords de l’université, survolée par un hélicoptère pendant l’évacuation. L’entrée principale donnant accès au bâtiment de l’Arche, l’autre bâtiment occupé, a été très vite bloqué par un cordon de CRS, casqués et équipés de boucliers. Les étudiants sortaient par groupes. « (source : Le Parisien)
  • Vendredi 20 avril, sur le site universitaire de Tolbiac, 150 CRS sont intervenus au petit matin pour évacuer la cinquantaine de personnes qui occupaient les lieux pour protester contre la sélection. En moins de quarante-cinq minutes, l’opération policière a mis fin à trois semaines de mobilisation sur un site où se tenaient chaque jour ateliers, projections, conférences et soirées.
  • L’évacuation particulièrement violente de l’université de Montpellier dans la nuit du 23 au 24 mars a marqué les esprits : des hommes cagoulés armés de tasers et de bâtons sont entrés dans l’amphithéâtre où se réunissaient les étudiants et lycéens mobilisés. Plusieurs personnes ont été blessées, dont trois hospitalisées. Sous la pression une enquête a été ouverte. Le doyen porte la responsabilité de cette violence inouïe envers des étudiants réunis en assemblée générale. Celui-ci a été mis en examen et contraint à la démission.

A Rennes, les lycéens et étudiants mobilisés pendant plusieurs mois ont fait face à une répression à la fois policière et administrative :

  • Journées d’exclusion, exclusions de stage, heures de retenue abusives prononcées contre les lycéens engagés dans le mouvement…
  • Horaires des partiels décalés au dernier moment pour les étudiants, surcharge de dossiers à rendre, des étudiants à qui l’on a fait comprendre qu’il serait inutile de se présenter dans certaines filières en raison de leur activité militante…
  • Aux portes des lycées lors des blocages, des interventions policières souvent musclées… A titre d’exemple, le jeudi 19 avril 2018, nous étions plusieurs délégués syndicaux (Force ouvrière, Sud Éducation, CNT, AG Interpro) présents devant le lycée Joliot Curie pour aider les lycéens et les étudiants à bloquer l’établissement. Nous avons alors pu constater que non seulement les policiers étaient autorisés à pénétrer dans les établissements scolaires, véhicules inclus, mais qu’ils n’hésitaient pas non plus à enfoncer avec leur voiture un des barrages mis en place par les manifestants, malgré la présence de personnes devant ce barrage.
  • L’évacuation de Rennes 2 par les forces de l’ordre le lundi 14 mai 2018.
  • Un cortège étudiant et lycéen régulièrement gazé et nassé… Lors de la manifestation du 1er mai à Rennes, les forces de l’ordre se sont montrées particulièrement agressives. Avant même le début de la manifestation, les étudiants et les lycéens (autour de 300 personnes), partis de Rennes 2 pour rejoindre le cortège intersyndical rassemblé Place de la Mairie, se sont fait charger par la police sur le pont entre le Mail et les quais de la Vilaine. Les vidéos qui ont été prises lors de cette intervention (disponibles sur Internet) témoignent de la violence de cette charge, avec des manifestants bousculés et jetés au sol sous les coups de matraque des forces de l’ordre. Un étudiant a été interpellé et placé en garde à vue, plusieurs autres ont été blessés, la banderole a été saisie. Un peu plus tard, à la hauteur du boulevard de la Liberté, alors que l’ensemble du cortège intersyndical et étudiant défilait, les CRS ont isolé le cortège de tête et malmené un groupe de manifestants (essentiellement composé d’étudiants et de lycéens, qui défilaient dans le calme) à coups de matraques et de gaz lacrymogènes, faisant ainsi plusieurs dizaines de blessés.

PARCE QUE FORCE OUVRIÈRE CONDAMNE LES VIOLENCES DONT A ÉTÉ VICTIME LE MOUVEMENT LYCÉEN ET ÉTUDIANT,

PARCE QUE FORCE OUVRIÈRE SOUTIENT LES LYCÉENS / ÉTUDIANTS ENGAGÉS DANS CETTE LUTTE,

PARCE QUE FORCE OUVRIÈRE REFUSE LE PLAN ÉTUDIANT, PARCOURSUP ET LA RÉFORME DU LYCÉE,

PARCE QU’À FORCE OUVRIÈRE, NOUS SOMMES CONVAINCUS QUE LA SOLIDARITÉ ENTRE LYCÉENS / ÉTUDIANTS ET SALARIÉS EST ESSENTIELLE POUR GAGNER LE COMBAT,

Nous continuerons de prêter main forte aux lycéens et étudiants comme nous l’avons fait cette année : participation aux assemblées générales de Rennes 2, diffusion des revendications des différents comités de mobilisation auprès des personnels de l’éducation, participation aux blocages de lycée, intervention auprès du Préfet et des forces de l’ordre durant les manifestations pour demander la levée des nasses…

CAR LA LUTTE CONTINUE.

Tous ensemble

Lycéens / étudiants : les raisons de la colère

Le tirage au sort a bon dos…

Le projet de loi «relatif à l’Orientation et à la Réussite des Étudiants» a été présenté lors du  CNESER (Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche) du 13 novembre 2017.

Dans sa présentation, la ministre a largement utilisé le tirage au sort de juin 2017 ainsi que le taux d’échec à l’université pour justifier son projet de loi, omettant soigneusement d’indiquer que la cause première de cet échec trouve sa source dans les conditions faites aux étudiants et aux enseignants (amphithéâtres surpeuplés, salles de TD en nombre et en taille insuffisante, pénurie de postes…), sans oublier l’impact direct des réformes antérieures du lycée et du collège ….

Le gouvernement l’avait expliqué : « on ne peut pas continuer avec le tirage au sort. Le tirage au sort est inacceptable ». C’est vrai. Il est inacceptable. Mais il ne s’agit pas de faire n’importe quoi !


Une sélection généralisée qui empêche les jeunes de s’inscrire dans le supérieur…

A la place du tirage au sort, le gouvernement a mis en place la sélection généralisée. Nul ne peut ignorer la situation à l’université : il n’y a pas assez de places, pas assez de postes. Plutôt que de créer des postes et d’augmenter les capacités d’accueil, la ministre Vidal a institutionnalisé la loterie sauvage, la sélection par le CV, la lettre de motivation, la lettre de recommandation.

Quelques chiffres : alors que 28.000 bacheliers supplémentaires sont attendus à la rentrée 2018, ce sont en tout et pour tout 19.000 places supplémentaires créées dans l’enseignement supérieur. Dans une filière « en tension » comme la filière STAPS, 6.000 dossiers sont parvenus à l’université Paris-Est-Créteil pour 300 places. Ce sont, à Paris-I, 600 places en première année de droit pour 14.000 dossiers reçus.

A un mois de la rentrée universitaire, beaucoup d’établissements d’enseignement supérieur étaient encore dans le flou quant au nombre d’étudiants qu’ils devraient accueillir. Une situation inédite, liée à la mise en place de la nouvelle plate-forme d’affectation : Parcoursup.

Parcoursup

A un mois de la rentrée universitaire, sur les 812.000 lycéens et étudiants en réorientation qui s’y sont inscrits, seuls 58 % (469.998) avaient définitivement validé leur orientation, selon  les indicateurs publiés par le ministère de l’Enseignement supérieur. Ils étaient 115.993 à avoir reçu une proposition tout en maintenant d’autres vœux en attente et 68.331 à n’avoir eu aucune réponse positive.

Le dispositif Parcoursup a même contribué à vider certaines filières ! Voici deux résultats édifiants en cette rentrée 2018-2019 :

  • Dans la prépa scientifique du lycée public Kerichen-Vauban à Brest : il y a 61 élèves en PCSI contre 96 l’an dernier !
  • Dans la prépa scientifique du lycée public Kerichen-Vauban à Brest : il y a 61 élèves en PCSI contre 96 l’an dernier !

Des critères de sélection opaques, injustes et discriminants 

Dans une tribune du 4 juin 2018, l’interfédérale de l’éducation dont fait partie Force ouvrière a dénoncé le fait que ni les candidats, « ni leurs enseignants de lycée n’avaient eu connaissance des critères ou algorithmes locaux mis en place pour déterminer l’ordre des dossiers« . Selon les signataires, « plusieurs centaines de milliers » d’élèves allaient être départagés sur des critères « injustes et discriminants ».

L’interfédérale a également insisté sur « l’injustice » de Parcoursup, car « il a fallu remonter jusqu’à plusieurs décimales après la virgule (parfois sept) pour départager des lycéens en fonction de leur moyenne« , ce qui relève « d’une loterie » ou d’un « tirage au sort« .

Elle a enfin dénoncé le caractère « discriminant » de Parcoursup car « il apparaît que dans les critères locaux, des pondérations de moyenne en fonction de la filière de baccalauréat et des lycées d’origine ont pu être appliquées« .


Un bac local et non plus national

La mécanique de cette réforme aboutit à priver les élèves et les enseignants de la garantie qu’offrent actuellement les programmes nationaux. Ceux-ci ne deviennent qu’une référence indicative puisque chaque lycée peut déroger aux horaires d’enseignement et organiser l’évaluation de ses propres élèves pour le diplôme terminal.

La réforme Blanquer du lycée va plus loin que n’a jamais été aucune réforme dans la destruction de l’enseignement disciplinaire. Les enseignants de première et de terminale ne sauraient plus sur combien d’heures de cours ils peuvent compter. Quant aux élèves, dans une même ville, ils ignoreraient également le nombre d’heures de cours dont ils bénéficieraient en 1ère et en Terminale, puisque rien ne le garantit plus : ni les programmes, ni la grille horaire.

Locaux


La fin du droit à l’éducation pour tous

Dès lors, le droit d’égal accès à l’instruction ne peut plus leur être garanti, en contradiction avec l’alinéa 13 du préambule de la Constitution de 1946, toujours en vigueur : « La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État. « 


Un système aberrant : la fiche avenir

La réforme confie à l’enseignant qui exerce en classe de terminale le rôle d’effectuer une pré-sélection lors des conseils de classe. Il se doit alors d’étudier les vœux émis par ses élèves, pour les valider ou les refuser.

Or, 70.000 élèves de terminale sur le territoire français, cela représente 7 millions de vœux à étudier par les équipes pédagogiques. A raison de 10 vœux au moins par élève (qui peuvent être groupés et contenir des vœux) x 35 élèves en moyenne par classe et à raison d’une minute par vœu = 5h50 par classe !

Cette pré-sélection n’a aucun sens. Et a pour conséquences directes un accroissement du temps de travail, et la modification du rôle et de la place du professeur.


Des contre-réformes aux conséquences désastreuses

  • Les contre-réformes du lycée, du baccalauréat et de l’accès à l’enseignement supérieur (loi ORE) vont avoir des conséquences désastreuses sur le système éducatif français : liquidation du baccalauréat, dilution des disciplines, baisse des horaires disciplinaires, suppression de milliers de postes, multiplication des compléments de service en fonction des choix locaux…

Mais bien d’autres contre-réformes aux conséquences tout aussi destructrices ont précédé les réformes en question :

  • Au collège, le nombre d’heures en français n’a cessé de diminuer : 6h par semaine au collège en 1995 en 6ème, 4h30 aujourd’hui. En mathématiques, de 1992 à 2012, les élèves de 5ème et de 4ème ont perdu une demi-heure hebdomadaire. La réforme du collège de 2016 a baissé d’une demi-heure l’horaire de mathématiques en 3ème et au total, ce sont 10h de cours disciplinaires hebdomadaires perdues, soit au moins 360 heures par an !
  • Au lycée, la réforme Chatel de 2010 a supprimé tous les dédoublements nationaux et des heures disciplinaires. Ce qu’a indiqué la précédente ministre : « de 2008 à 2015, l’indicateur d’heure par élève a été réduit de 6,5 %. » (Communiqué du 29 septembre 2016, archives du ministère de l’Éducation nationale). Tous les élèves de Seconde ont perdu la demi-heure dédoublée. En filière C (ancienne dénomination de la filière S), il y avait 6h de mathématiques en Première et 9h en Terminale. Actuellement, il ne reste que 4h en Première (une heure dédoublée en moins avec la réforme des lycées) et 6h en Terminale. L’Académie des Sciences fait le même constat : « une baisse de niveau qui s’explique par les réformes du lycée engendrées en 2000 et 2010. Ces dernières ont entraîné une réduction importante du volume horaire (4h30 hebdomadaires de Physique-Chimie en 2001, contre 3h en 2011 pour les premières S). « (communiqué de l’Académie des Sciences, Octobre 2017)

Ces contre-réformes successives, qui ne visent qu’à faire des économies au sein de l’Éducation nationale, expliquent la baisse du niveau des bacheliers sortants. Le grignotage progressif qui est fait des horaires disciplinaires, ne permet plus aux lycéens d’acquérir les mêmes connaissances que les générations précédentes. Grignotage, qui, par ses conséquences, a renforcé l’idée de la sélection : « les lycéens nouvellement diplômés n’auraient plus le niveau suffisant pour réussir à l’université. Il  faut donc les sélectionner !  » Un mensonge parfaitement huilé et médiatisé !

Les choix opérés par le Gouvernement ces trente dernières années sont à l’exact opposé des revendications de Force ouvrière.

Nous exigeons :

l’abandon de la réforme du collège de l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem ;

l’abandon de la réforme du baccalauréat et du lycée de Jean-Michel Blanquer ;

l’abrogation de la loi ORE et de Parcoursup ;

le maintien et rétablissement des épreuves nationales, terminales, anonymes ;

la création des postes nécessaires pour réduire les effectifs par classe dans les collèges et les lycées ;

– le rétablissement des heures disciplinaires supprimées dans les collèges et les lycées ;

le maintien des horaires disciplinaires nationaux et des programmes nationaux.

Comme l’a affirmé Force ouvrière depuis des mois au sein de l’interfédérale de l’éducation évoquée ci-dessus, le baccalauréat doit rester un diplôme national, garant de l’égalité des lauréats à l’échelle nationale, et le premier grade universitaire permettant à tout bachelier, partout sur le territoire, l’accès à la filière universitaire de son choix.

C’est précisément ce droit que la loi Vidal dite « Orientation et Réussite des Étudiants » du 8 mars 2018 remet en cause : s’il est retenu, le lycéen ira où il y aura des places disponibles.