Évaluation des élèves ou fichage des enseignants ?

Les évaluations nationales ont commencé et surprise pour tous, un questionnaire complémentaire à remplir par les élèves de sixième et seconde se retrouve à la fin de l’épreuve de français. Ce questionnaire n’est en rien une évaluation disciplinaire, si tant est que ces évaluations en sont, mais une vraie enquête sur le travail accompli par les professeurs pendant le confinement.
 
Après une introduction basée sur le ressenti et le vécu, les questions suivantes portent sur l’organisation de la continuité pédagogique, en réalité sur le travail effectué par les professeurs durant cette période. Seul l’élève répond aux questions comme « lorsque vous envoyiez du travail à votre professeur, comment vous faisait-il un retour ?», « Globalement vous diriez que la quantité de travail était : trop légère, adaptée, trop lourde ? »… « En mathématiques, avez-vous eu l’impression de travailler : plus que d’habitude, autant, moins ?» « Comment votre professeur vous donnait-il du travail à faire ? ENT, mail, téléphone, documents papier, plateforme de cours en ligne, réseaux sociaux, tchat ? ».
 
Les personnels qui font passer les évaluations n’ont pas la main, seuls les élèves ont un code d’accès à usage unique. Le ministère et ses services peuvent ainsi se constituer un fichier traçable des professeurs qui n’auraient pas donné suffisamment de travail, puisqu’il est aisé de repérer la provenance des élèves et les enseignants qu’ils ont eu antérieurement. Les professeurs sont légitimement indignés d’un tel procédé qui s’oppose à la liberté pédagogique individuelle, institue un « flicage » généralisé. Il permet à la hiérarchie de préparer l’entretien de carrière lié à PPCR, de faire pression sur tous, de pérenniser le télétravail et l’hybridation.
Le SNFOLC 35 demande le retrait total de ce dispositif et la destruction de toutes les données concernant l’activité professionnelle des enseignants qui auraient été collectées par ces évaluations de sixième et seconde. Il s’adresse en ce sens au ministre de « l’école de la confiance ».
 

On expulse et on rafle à Rennes !

Ce mercredi 9 octobre 2019, des parents, des enseignants, des enfants, des collectifs de soutien se sont réunis tôt le matin pour former une chaîne humaine devant l’école St Aubin à Rennes. Puis un rassemblement s’est formé devant la préfecture pour dénoncer les pratiques qui ont cours dans nos rues.

Quelques jours plus tôt, vendredi 4 octobre, 33 Géorgiens ont été expulsés de la ville de Rennes par vol charter. Depuis, dans plusieurs établissements du département, des élèves manquent à l’appel le matin, certains emmenés de force par les airs, d’autres se cachant de peur d’être arrêtés à leur tour.

Peu d’informations ont été données au sujet de cette expulsion. Une chose est sûre : parmi les 33 personnes sommées de monter dans le charter, il y avait des enfants de maternelle, de collège, et de lycée. Lors du rassemblement devant la préfecture le 9 octobre, une enseignante témoigne : « Je suis très choquée de savoir que notre élève a vu ses parents bâillonnés avec du scotch, ligotés pieds et mains ».

 

Cette situation est indigne de notre République.

 

Rappelons que la Déclaration des Droits de l’Enfant du 20 novembre 1959, dont la France est signataire, a fait du droit à l’éducation un de ses principes fondamentaux. Tous les enfants vivant sur le territoire, de nationalité française ou autre, a le droit de se rendre à l’école, de bénéficier d’une scolarisation et « d’une protection spéciale » pour « être en mesure de se développer d’une façon saine et normale, sur le plan physique, intellectuel, moral, spirituel et social, dans des conditions de LIBERTE ET DE DIGNITE ». « L’intérêt supérieur de l’enfant doit être la considération déterminante ».

Mais peut-on encore parler de Dignité ? Et encore plus de Liberté ? Des parents ligotés et bâillonnés ! Des enfants à jamais marqués par de telles images ! Des familles rapatriées de force dans un pays qu’elles ont fui pour des raisons qui bien souvent touchent à la sécurité des personnes. Nous pourrions alors citer l’article Premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen…

Le SNFOLC 35 s’insurge contre une telle situation. Nous ne pouvons fermer les yeux sur le traitement qui est fait aux enfants et aux familles dites « sans papiers ». Notre syndicat apporte un soutien inconditionnel aux victimes de ces expulsions, ainsi qu’à toutes les personnes, enseignants, non enseignants, qui entreprendraient des actions pour soutenir les disparus et empêcher les prochaines expulsions à venir.

Car nous croyons en l’être humain, à ses droits et à son respect.

 

Article paru le 23 octobre 2019 sur Alter1fo.com au sujet de la mobilisation des enseignants.