Courant janvier, Michèle Victory, députée de l’Ardèche, a tenté de faire passer une proposition de loi pour améliorer le sort des AESH, ces Accompagnants d’élèves en situation de handicap que l’on appelait il y a encore quelques années les Accompagnants de vie scolaire (AVS). Peine perdue, son initiative n’a pas recueilli suffisamment de voix.
Sommaire
1 800 en Ille-et-Vilaine
« C’est le statu quo depuis plusieurs années déjà, tout est bloqué », déplorent Justine Marti, secrétaire départementale Force Ouvrière pour les lycées et les collèges ; et son collègue Mickaël Bezard, pour les écoles du premier degré. En Ille-et-Vilaine, on compte 1 800 accompagnants. En France, ils sont 117 000, pour environ 400 000 enseignants. Parmi eux, la quasi-totalité (92 %) sont des femmes.
Leur travail ? Accompagner les élèves en situation de handicap en classe, pour leur fournir une aide humaine et leur permettre de progresser comme leurs camarades valides. Ces agents contractuels de l’État sont recrutés par contrat de droit public, sans avoir pour autant le statut de fonctionnaires.
À peine 800 € sur la fiche de paie
Derrière la fiche de poste, la réalité est toute autre. Les AESH souffrent d’un profond manque de reconnaissance. « Si on devait demander une seule chose, ce serait un vrai statut, explique Lisa de Beaulieu, qui travaille sur Rennes. Au lieu de cela, nous sommes dans la précarité, sans perspective d’avenir. En moyenne, on gagne à peine 800 € par mois, autant dire qu’on vit en dessous du seuil de pauvreté. »
Leur contrat, d’une durée de trois ans, est renouvelable une fois, avec la possibilité d’obtenir à terme un contrat à durée indéterminée. « Une possibilité théorique, corrige aussitôt Mireille Salaün, domiciliée à Châteaubourg, très peu d’AESH travaillent en CDI. On vit dans l’incertitude. Parmi nous, beaucoup finissent par abandonner. »
« Certaines finissent par craquer »
En août dernier, rien qu’en Ille-et-Vilaine, 80 AESH ont démissionné de leur poste. Et la crise sanitaire n’a rien arrangé. « Dès qu’un AESH est touché par le Covid, il n’y a personne pour le remplacer », constate Nelly Gonzalez, elle aussi en poste à Rennes.
Pour ceux qui restent, leur mission pourtant essentielle aux familles, à l’ensemble de la communauté éducative, s’effectue dans des conditions très difficiles. « On a de plus en plus d’élèves à accompagner sur plusieurs établissements, décrivent ces AESH. Certaines d’entre nous ont quatre, voire six élèves à suivre. Parfois, elles craquent, ça peut aller jusqu’au syndrome d’épuisement professionnel, c’est-à-dire au burn-out. »
Ces accompagnantes se décrivent volontiers comme « invisibles et précaires » à l’image d’ailleurs de leurs collègues Assistants d’éducation, qui surveillent et encadrent les élèves dans les lycées. En octobre 2021, elles avaient été plusieurs milliers à manifester à Paris, pour apparaître enfin au grand jour. « On demande un statut, une formation, des recrutements massifs et un salaire qui soit au moins au niveau du Smic. »
Elles sont dans la rue ce jeudi
Le 13 janvier, elles sont descendues à nouveau dans la rue, et on les retrouvera ce jeudi, à l’occasion de la Journée de mobilisation interprofessionnelle organisée par l’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, Union Pirate, Solidaires étudiant·es et FSE.
Plusieurs manifestations sont prévues en Ille-et-Vilaine à Rennes (11 h, esplanade Charles-de-Gaulle), Saint-Malo (11 h, devant la médiathèque), Fougères (17 h, place Aristide-Briand), Redon (17 h, devant la sous-préfecture), Vitré (17 h, devant la gare).

