NON au Projet Local d’Evaluation

Conséquence du contrôle continu, le ministre juge urgent d’harmoniser en interne les pratiques pédagogiques pour garantir l’égalité de traitement des élèves de 1ère et de Terminales au sein d’un même lycée. La note de service ministérielle publiée au milieu de l’été (28 juillet 2021) et le guide de l’évaluation publié sur Eduscol après la rentrée (10 septembre) demandent aux enseignants de fixer au plus vite « la politique d’évaluation adoptée dans l’établissement ». A marche forcée, dans les lycées il est donc demandé aux enseignants de se réunir pour élaborer un projet local d’évaluation pour présentation en conseil d’administration en octobre. Que ce soit le mercredi après-midi (en invoquant les demi journées de prérentrée) ou en banalisant des demi journées académiques, il s’agit de faire fabriquer par les enseignants eux-mêmes le carcan dans lequel ils enfermeraient leur liberté pédagogique.

à savoir : le guide de l’évaluation publié sur Eduscol n’a aucun caractère obligatoire : il a la même valeur que des ressources pédagogiques que l’on peut trouver sur Eduscol lors de la publication de nouveaux programmes ! 

 

PROJET LOCAL D’ÉVALUATION = E3C TOUTE L’ANNÉE 

En février 2020, les enseignants et les élèves des lycées se sont fortement mobilisés par la grève contre les E3C. En juin 2021, le ministre a décidé leur suppression tout en étendant le contrôle continu à toutes les disciplines exceptées la philosophie et le français. Au lieu de rétablir le diplôme national du baccalauréat sur la base d’épreuves nationales, terminales et anonymes, seules garantes de l’égalité de traitement des élèves et de la valeur nationale du diplôme, le ministre voudrait faire réaliser les E3C toute l’année par ceux-là mêmes qui les ont combattues !

BLANQUER A SUPPRIMÉ LE CARACTÈRE NATIONAL DU BACCALAURÉAT ET IL OSE MAINTENANT RENDRE LES ENSEIGNANTS RESPONSABLES DES INÉGALITÉS QU’IL A CRÉÉES !

« Conforter l’égalité de traitement des élèves au sein d’un même établissement et entre établissements différents » tel est l’objectif. Le ministre présuppose donc que l’évaluation effectuée par les enseignants est inégalitaire et que la solution est de fixer pour chaque lycée le nombre de devoirs par trimestre, le nombre de devoirs communs, le type de devoirs, leur fréquence, le nombre de sujets à prendre dans la banque nationale, les informations à porter sur les bulletins.
Cela conduit d’une part à imposer des progressions communes par discipline et d’autre part à demander aux enseignants de fixer le seuil de tolérance en cas d’absence des élèves aux épreuves prises en compte pour le contrôle continu. Accepte-t-on des devoirs de rattrapages ? Combien ?
Sous forme d’injonction paradoxale, le ministère réaffirme la liberté pédagogique des enseignants tout en leur demandant de travailler à sa destruction.

LA LIBERTÉ PÉDAGOGIQUE DANS LE COLLIMATEUR

Après l’article 1 de la loi Blanquer imposant un devoir d’exemplarité, dans un contexte de lois d’exceptions permettant au nom de l’état d’urgence sanitaire de réduire les libertés, le ministre Blanquer entend maintenant réduire la liberté pédagogique à néant. Ainsi, alors que le Code de l’éducation précise que « le conseil pédagogique ne peut porter atteinte à cette liberté » (article L 912-1-1, loi n° 2005-380 du 23 avril 2005), et que le conseil pédagogique ne dispose pas de pouvoir décisionnel, le ministre ose affirmer que « Les conseils d’enseignement et le conseil pédagogique sont les instances à privilégier pour établir collectivement et valider un programme annuel des évaluations des élèves ». Si le ministre espère que les enseignants vont s’imposer eux-mêmes de renoncer à leur propre liberté pédagogique, il se trompe !

DES ENSEIGNANTS SOUS PRESSION PERMANENTE

Non seulement un tel dispositif place les élèves sous la pression permanente du contrôle continu, mais cela expose les professeurs à subir de multiples pressions et à les transformer en machine à fabriquer des sujets. En effet, ce que prévoit le ministre ne fait qu’amplifier le phénomène constaté l’année scolaire précédente : d’un côté des élèves qui veulent remonter leur moyenne grâce à un devoir de rattrapage, de l’autre des élèves qui choisissent de s’absenter au moment du contrôle pour ne pas prendre le risque de faire baisser leur moyenne. Le ministère transfère au proviseur l’appréciation de ces absences, dessaisissant ainsi l’enseignant de son autorité dans ce domaine. Pire ! Le proviseur serait autorisé à modifier les moyennes et donc remettre en cause l’évaluation du professeur : « Les moyennes sont l’objet d’une harmonisation interne au sein de l’établissement, sous le pilotage du chef d’établissement avec l’expertise des corps d’inspection » (guide p.7).
Pression du côté des parents également. Car le protocole d’évaluation interne devient un outil pour exiger de l’enseignant qu’il garantisse tous les devoirs prévus dans le protocole. Ce dernier deviendra à n’en pas douter le support de multiples recours et mises en demeure adressés à l’enseignant. Qu’adviendra-t-il s’il est malade ? Qu’adviendra-t-il s’il n’est pas remplacé ? Facile à prévoir. Au nom du protocole, soit l’enseignant rattrape le retard, soit ses collègues sont sommés de le remplacer en interne puisqu’ils ont la même progression… Dans l’opération, le ministre se dote d’un nouvel outil de pression qui le dispense de recruter des enseignants remplaçants. Voilà comment dans son Grenelle, le ministre annonce le remplacement des professeurs absents… sans recruter aucun remplaçant.

IL N’Y A PAS DE BON PROJET LOCAL D’ÉVALUATION

Non, le PLE ne remplacera pas les épreuves terminales anonymes. Non, il ne redonnera pas sa valeur nationale au baccalauréat. Il ne peut conduire qu’à renforcer la concurrence entre les établissements aux dépends de la santé des enseignants et, qui plus est, en les rendant responsables de leur propre épuisement !
Le SNFOLC appelle les personnels à se réunir en heure d’information syndicale ou en AG, à défendre pied à pied leur liberté pédagogique et à prendre position contre le projet local d’évaluation. Les réunions prévues pour élaborer le PLE doivent être l’occasion de réaffirmer le refus de la réforme Blanquer du lycée, le refus de s’inscrire dans le projet local d’évaluation, le refus de faire son propre malheur !
Le SNFOLC revendique le respect de la liberté pédagogique, le rétablissement du baccalauréat et de ses épreuves terminales nationales et anonymes.

Baccalauréat local, mise sous tutelle des professeurs : AG dès la rentrée !

Le bac Blanquer ne passe pas

Jean-Michel Blanquer a beau déclarer dans les médias que le baccalauréat 2021 s’est bien passé, il ne peut pas faire mentir les faits : les irrégularités et les dysfonctionnements en cascade observés par les professeurs de philosophie et de lettres sont tels que l’association des professeurs de philosophie de l’enseignement public a jugé nécessaire de demander une commission d’enquête parlementaire.

Comment expliquer que les épreuves finales qui restent du baccalauréat suite à la réforme Blanquer (la philosophie et les lettres), aient été à ce point maltraitées, si ce n’est par la volonté du ministre d’en finir une fois pour toutes avec le baccalauréat national et de généraliser au plus vite le contrôle continu ?

 

Le ministre a beau faire, son projet ne passe pas, comme en témoigne la résistance des professeurs de philosophie et d’autres disciplines qui se sont mis en grève à Marseille, Bordeaux, Grenoble, en Île de France, par exemple, en juin et juillet. A Paris, plusieurs rassemblements ont eu lieu devant le ministère contre les conditions de passage des épreuves 2021 de correction et la généralisation du contrôle continu. A Rouen et Caen, l’AG des professeurs de philosophie (114 voix pour) exige « le rétablissement d’un examen terminal, national et anonyme ».

Mais le ministre n’entend toujours rien. Il veut poursuivre la destruction du baccalauréat national et le pulvériser en autant de bacs locaux qu’il y a de lycées.

Contrôle continu et management : le ministre veut placer sous tutelle les enseignants

J-M Blanquer ne veut pas seulement généraliser le contrôle continu, il compte aussi s’en prendre à la liberté pédagogique des professeurs pour mettre en place sa nouvelle politique de management et son Grenelle de l’éducation dont les maîtres-mots sont désormais « piloter », « encadrer », « accompagner ».

Voici ce qu’on peut lire des « propositions » du ministère concernant les ajustements sur le contrôle continu pour le bac 2022 :

« Les équipes disciplinaires et les conseils pédagogiques des établissements feraient des pratiques d’évaluation dans le cadre du contrôle continu un sujet majeur de leurs échanges : cette dynamique collective aboutirait à l’élaboration d’un projet sur les pratiques d’évaluation de chaque établissement, connu et partagé par les membres de la communauté éducative. »

Dans cet esprit, le ministère a intégré un amendement du SE-UNSA lors du Conseil Supérieur de l’Education du 8 juillet, visant à instaurer un « projet d’évaluation » dans chaque établissement.

Le contrôle continu sera donc « piloté », « encadré », et les professeurs seront « accompagnés » dans leur évaluation. Son organisation exigera le pilotage des inspecteurs et de fréquentes réunions des conseils pédagogiques chargés d’élaborer une évaluation commune dans l’établissement.

Sous couvert de « travail en équipe », il s’agira d’abord de mettre en place une hiérarchie intermédiaire de professeurs, chargés de coordonner le travail d’évaluation et d’exercer un contrôle sur leurs collègues. Ce projet d’évaluation sera ensuite soumis au conseil d’administration. Que ce projet soit voté ou non, cela signifiera que tous les membres du CA, y compris les élus parents d’élèves et élèves, y compris les élus politiques, auront désormais leur mot à dire sur l’évaluation des enseignants. Ceux-ci seront désormais placés sous la tutelle des élus politiques et de tous les groupes de pression.

AG dès la rentrée avec tous les personnels

Peut-on accepter que des professeurs de philosophie soient aujourd’hui menacés de sanction, et se voient retirer des journées de salaire, alors que leur grève est légitime ? Ils n’acceptent pas que le ministre s’en prenne au baccalauréat et aux conditions de correction de l’examen, ils revendiquent le rétablissement d’un baccalauréat national fondé sur des épreuves finales et anonymes.

La destruction du baccalauréat conduit à la fin des programmes, horaires et statuts nationaux, qui seuls garantissent un droit égal à l’instruction de tous les élèves des lycées de la République. Le baccalauréat national garantit un niveau de qualification dans le cadre des conventions collectives.

 

Pour le SNFOLC, il y a urgence à exiger ensemble du ministre l’abrogation de la réforme du lycée et du baccalauréat et de toutes les contre-réformes.

 

Le gouvernement a décidé le 13 juillet de prolonger l’état d’urgence jusqu’au 31 décembre 2021. Les personnels lui opposent l’urgence des revendications. Ils ne céderont rien de leurs exigences comme l’exprime le préavis de grève SNFOLC et SNES du lycée Geoffroy-Saint Hilaire d’Étampes ( Essonne) à compter du 2 septembre, où les enseignants rappellent « leur attachement au baccalauréat, diplôme national et premier grade universitaire, fragilisé et dénaturé par un contrôle continu qui le transforme progressivement en « diplôme local», à la valeur très inégale, au détriment des établissements déjà les plus défavorisés ».

 

BAC, DNB, BTS… une session complètement désorganisée, véritable mascarade

Il n’y aura pas eu un examen cette année 2021 organisé sans couac. Tous les personnels concernés, enseignants, chefs d’établissements, personnels administratifs des EPLE et des rectorats, et notamment les personnels des Divisions d’Examen et Concours ont malgré les ordres et contre-ordres résisté à la pression et organisé tant bien que mal cette session. Mais à quel prix ?

Derniers couacs en date : la publication des résultats du baccalauréat.

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Bac 2021 : généralisation du contrôle continu

Dans de nombreux lycées, les professeurs prennent position contre la réforme du lycée et du baccalauréat dans la continuité du refus massif des épreuves E3C. Ils adoptent des motions pour dire : rétablissement du BAC national avec ses épreuves terminales, anonymes et ponctuelles. Au prétexte du Covid, une nouvelle décision unilatérale du ministre envoyée le 21 janvier au soir sur les boîtes professionnelles des professeurs. Il se sert de l’ordonnance du 24 décembre 2020 qui l’autorise à changer quand il veut, comme il veut les épreuves des examens et concours. Il annonce le remplacement des épreuves de spécialités, en contrôle continu, comme il l’a déjà fait pour les E3C. Au moment où Parcoursup, outil de tri social, vient d’ouvrir, qui peut penser que les notes de contrôle continu vont valoir la même chose d’un établissement à l’autre ? On voudrait décourager les lycéens de s’inscrire dans l’enseignement post baccalauréat, avec ses universités fermées y compris pour le second semestre 2021 (déclaration d’Emmanuel Macron le 21 janvier à Saclay), qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Le contrôle continu : un vecteur d’inégalités

Que vaut le contrôle continu du lycée X en comparaison du lycée Y, comment vont faire les enseignants encore livrés aux pressions, à la concurrence entre établissements, entre disciplines ? Comment noter en contrôle continu alors que 70% des lycéens n’ont que la moitié de leur cours ?
 
Le ministre passe outre la revendication des personnels pour de vraies épreuves en juin, car ce serait pour le ministre, y compris dans le cadre de ses réformes, rétablir des épreuves du baccalauréat terminales, nationales et anonymes. Sa feuille de route, c’est la destruction de l’enseignement et des diplômes reconnus dans les conventions collectives. C’est l’atomisation de l’enseignement, établissement par établissement. Il préfère dénaturer de façon permanente le baccalauréat et conduire les professeurs et les élèves vers un baccalauréat local.

La fin de l’égalité devant l’examen

« Dans la mise en oeuvre du contrôle continu qui remplacera l’évaluation des épreuves terminales de spécialité, toute l’institution établira un cadre robuste » avec dit-il, « des jalons précis », une « exigence dans la constitution des moyennes » une « réflexion collégiale sur l’évaluation au sein des équipes pédagogiques et dans les différentes instances (conseil pédagogique, équipes de direction), procédures d’harmonisation ». Tout le monde fait ce qu’il peut quand il veut ! Ce n’est pas l’égalité devant l’examen terminal.

Nos revendications

Dans un récent communiqué, les organisations syndicales SNES-FSU, SNFOLC, CGT Educ’action, SUD Education et SNALC ont réaffirmé « leur attachement aux épreuves terminales, nationales, ponctuelles et anonymes, garantes de la valeur nationale du diplôme et de l’égalité des candidats face à l’examen. » (…) « Elles demandent leur rétablissement dès cette année et l’abandon du contrôle continu. »
 
Pour le SNFOLC 35, il y a des mesures immédiates que depuis des mois, le ministre Blanquer pouvaient prendre : le dédoublement des cours, le recrutement de centaines d’enseignants, en prenant toutes les listes complémentaires. Il devait dans cette période inédite, renoncer, dès la rentrée de septembre, aux spécialités de la réforme des lycées pour donner toutes les heures d’enseignement, rétablir l’ante, renoncer à ces nouvelles épreuves.
 
Le SNFOLC 35 et sa fédération, la FNEC FP-FO invite les personnels, à se réunir massivement pour dire NON. Le SNFOLC 35 appelle à l’amplification des assemblées générales, des réunions syndicales pour faire valoir les revendications.
 
Face à ces annonces du ministre, exigeons :
 
  • Rétablissement du cadre national du baccalauréat avec ses épreuves terminales, nationales, anonymes et ponctuelles. Le baccalauréat ne se négocie pas établissement par établissement !
  • Abrogation de la réforme du baccalauréat et du lycée, abandon de Parcoursup !
  • Recrutement massif de professeurs tout de suite, aucune suppression de postes à la rentrée
Nous sommes professeurs, notre place est d’instruire. Le droit à l’instruction, le droit aux études ne doivent pas être bradés !