Rapport de la cour des comptes : à la recherche des millions d’heures perdues

LA COUR DES COMPTES PRÉCONISE D’ENTERRER LE STATUT…

Le rapport de la Cour des comptes de décembre 2025 dresse le constat des « heures d’enseignement perdues » et des moyens mis sur le remplacement courte et longue durée.

 

La Cour des comptes ressort ses vieilles préconisations d’annualisation des services, de bivalence en collège, de fermeture d’établissements trop petits, et de recours au numérique. Ainsi, dans son enthousiasme, la Cour appelle à un « sursaut de l’éducation nationale pour prévenir l’avenir plutôt que de le subir », à faire « des choix pour optimiser la composition des équipes pédagogiques au bénéfice des élèves de demain », et, enfin, à « apporter de la fluidité au système ». « Sursaut », « fluidité »… flexibilité ? Un cocktail explosif pour notre statut…

Heures d’enseignement « perdues » : un constat accablant

Le rapport de la Cour des comptes est sans appel : de 2018-2019 à 2023-2024, on passe de 8,8 millions d’heures de cours non assurées (soit 8,3%) à 10,3 millions (9%). Preuve s’il en est que le Pacte et les RCD ne remplacent pas les vrais profs.

Pour la Cour des comptes, les « heures perdues » sont surtout celles que les profs ne font pas : ainsi, à titre d’exemple, la Cour explique que près de 9% des heures dues aux élèves dans les collèges publics en 2023-2024, n’auraient pas été assurées.

Certes, la Cour reconnaît que beaucoup d’heures non faites le sont en grande partie parce que l’institution mobilise les profs ailleurs (formations imposées : J1, J2, J3… J8!), ou parce que ceux-ci tombent malades, notamment en raison de risques psycho-sociaux préoccupants (entre 2018 et 2024 : hausse de + 41,3 % de CMO et + 250% de temps partiels thérapeutiques). Elle reconnaît aussi qu’il y a moins d’absentéisme dans l’Éducation nationale que dans le privé ou d’autres fonctions publiques.

Mais la Cour se garde bien de reconnaître que la réforme du collège de 2016, le choc des savoirs et la suppression de la technologie en 6ème ont entraîné des pertes d’heures définitives et bien plus importantes (10 à 11% d’heures en moins pour les élèves !). La réforme du collège de 2016, a supprimé l’équivalent d’1 mois de français, 1 mois de maths, 6 semaines de LV2, 2 mois de Physique-Chimie, 2 mois de technologie… En 10 ans, un collégien a perdu près d’une année complète de cours de français et de maths !

Retournons la question au ministère : où sont passées les heures perdues d’enseignement ?

 

Bilan des « moyens » consacrés au remplacement

Concernant le remplacement de courte durée, ou RCD (c’est-à-dire de moins de 15 jours), la Cour tire le bilan des Pactes et le juge coûteux pour une hausse du RCD bien modeste (12% d’heures remplacées, au lieu des 36% visées).

La Cour « s’interroge » sur la « qualité » du RCD : elle pointe un déséquilibre des disciplines qui remplacent, et soupçonne pudiquement une efficacité et une consistance moindres lorsque des cours ne sont pas dispensés par des titulaires… Eh oui, faire cours, ça ne s’improvise pas !

Concernant le remplacement de longue durée (ou RLD), alors qu’une plus grande partie des crédits y est consacrée, il y avait 2661 postes non pourvus à la rentrée 2024. On était déjà bien au-dessus du plafond des 1800 que le ministère s’était fixé. Quel cynisme ! Le ministère prévoyait donc déjà de ne pas assurer les cours pour des milliers d’élèves à la rentrée 2024…

En même temps que le ministère impose des objectifs inatteignables aux professeurs, il s’autorise à ne même pas assurer ses propres obligations : garantir l’instruction de tous les élèves.

 

Si 94,5% des postes finissent par être pourvus, le taux de remplacement pour les suppléances (à partir de 14 jours d’absence) tombe à 83,5%, soit 16,5 % de suppléances non assurées. Le ministère et les rectorats sont incapables de fournir la durée moyenne des absences de longue durée non remplacées ni les délais moyens de remplacement.

Le sondage réalisé par la Cour des comptes auprès des chefs d’établissement aboutit à un taux de 8% d’absences de longue durée non remplacées pendant plus de 4 mois !

 

La Cour est contrainte de reconnaître le manque d’attractivité des postes et des conditions difficiles pour les contractuels. Comment s’en étonner, avec un pouvoir d’achat en chute libre, un point d’indice gelé, des contractuels parachutés sans formation, licenciés ou non renouvelés alors que les postes restent non pourvus ?

Des « solutions » aux antipodes des revendications des personnels !

Ce ne sont pas les absences des professeurs qui sont la cause des heures perdues, mais les contre-réformes qui s’empilent, la dégradation des conditions de travail qu’elles entraînent et la succession des budgets d’austérité qui pillent le service public d’éducation. Et la carte scolaire 2026 n’y fait pas exception.

Le SNFOLC appelle à construire la mobilisation et le rapport de force pour :
– la création de tous les postes nécessaires
– l’abrogation de la réforme du collège et du choc des savoirs, le rétablissement de toutes les heures disciplinaires supprimées !
– l’allégement des effectifs par classe !
– l’annulation des 4000 suppressions de postes du budget Lecornu
– le respect et la défense du statut de fonctionnaire !

 

Pour télécharger et diffuser ce communiqué : c’est ici !

Enfumage épistolaire du Ministre

Une missive insolite a atterri dans les boites professionnelles des personnels de l’Éducation nationale le 22 janvier 2026 à 17h55.

Pour lire la lettre : c’est ici !

Dans cette lettre, le ministre de l’Éducation nationale « se permet de s’adresser directement à nous » pour nous entretenir « du sens de notre mission », motivant sa démarche par deux faits exceptionnels : la nouvelle année et la journée internationale de l’Éducation.

Peu habitué à tant d’humilité de la part du locataire de la rue de Grenelle, le lecteur n’est d’abord pas sûr que l’on s’adresse bien à lui. Il faut en effet attendre le troisième paragraphe pour lire qu’il s’agit bien « des professeurs », – le ministre ne s’autorisant qu’une petite pensée pour « tous ceux qui, avec nous, font l’école » (référence pudique aux AESH, AED, CPE, PSY-EN, personnels administratifs et de direction, infirmiers, assistants sociaux…)

Il faut bien avouer qu’arriver à la fin du courrier, la vision qu’a le ministre de ladite mission reste assez confuse.

 

Il faut ajouter, tout le monde l’a relevé, que cette lettre est curieusement écrite dans un style inaccoutumé, recourant à une rhétorique littéraire incongrue. Le ministre parsème ainsi son propos de vérités générales pontifiantes (« lorsque le savoir recule, la démocratie vacille »), de formules grandiloquentes (« témoin éternel du monde qui s’en va, le professeur est en même temps le précepteur du monde qui naît. » ) et de comparaisons peu flatteuses (« c’est votre regard qui retient l’élève perdu comme le fil retient le cerf-volant. »)

Dans des envolées lyriques de mauvaise facture, le ministre-poète nous voit comme des « allumeurs de lumières de l’esprit humain », entretenant « une petite flamme d’espérance » chez nos élèves. Il nous promeut dignes héritiers des philosophes des « Lumières », (dont, à le lire, Condorcet ne ferait curieusement pas partie) Autant dire des veilleurs de l’Histoire, les éclaireurs de la République (à l’ombre de ses « hussards noirs »), mais surtout des « sentinelles de la raison ».

Il faut ici peser tous les mots, car cette lettre sur « notre mission » n’est pas exempte d’un ton martial.

 

Il est question de « défis à relever », de « combativité », « d’autorité » et même de faire… « reculer les ténèbres », rien que ça ! Si l’idéologue avance masqué, derrière ses atours de poète visionnaire, il n’en abat pas moins méticuleusement ses cartes, n’hésitant pas à se mettre au service des promoteurs du « tournant » de l’intelligence artificielle, faisant de celle-ci la troisième « révolution de l’écriture », (après son invention et celle de l’imprimerie, sic), en confondant « révolution anthropologique » avec concurrence économique.

Mais que laisse dans l’ombre ce lyrisme managérial ?

 

Que signifie cette soudaine conversion à « l’idéalisme » de celui qui fut directeur général des ressources humaines du ministère de l’EN de 2017 à 2019, puis directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO) jusqu’en juillet 2024 ? … N’a-t-il pas en tant que haut fonctionnaire, accompagné toutes les contre-réformes imposées aux personnels ?

Comme Édouard Geffray trouve à propos de citer la philosophe Hannah Arendt, rappelons-lui que la philosophie oppose le matérialisme à l’idéalisme, et que ce que nous attendons avant tout de notre ministère, ce n’est pas de nous ouvrir le ciel des idées mais les caisses de l’État afin d’assurer les conditions (bassement) matérielles de notre travail !

Or, tout le monde l’a relevé, du pognon, dans cette missive, jamais il n’est question. Le ministre réussit le tour de force de nous parler de notre mission sans jamais évoquer ses conditions d’exercice  !

 

Par un curieux renversement de perspectives, il feint même de défendre les enseignants contre une société qui ne les verrait que comme de « simples moyens » ? Mais qui, à part le ministère de l’Éducation nationale, emploie ce vocabulaire ? Qui réduit ses personnels à de simples « moyens » en consacrant explicitement des CSA et des CA sous ce terme ? Qui parle « d’équivalents temps pleins » au lieu d’emplois, « d’heures-postes » pour mieux fractionner les postes, de « service donné » ou « rendu » au lieu de postes amputés (sur deux, trois ou quatre établissements), de « mesure de carte scolaire » au lieu de poste supprimé… ? Qui s’entendra dire dans le cadre de la préparation de rentrée qu’un dédoublement « coûte autant » ou qu’il « devra » des heures ?
Les professeurs, Monsieur le ministre !

Et cela sur décision de votre gouvernement qui supprime, de nouveau, 4 000 postes dans l’EN, suppressions qui s’ajoutent à toutes celles des années précédentes.

 

Chaque préparation de rentrée rime désormais avec nouvelle dégradation des conditions d’enseignement, manque de personnels et hausse des effectifs dans les classes…

 

Si vous pensez réellement que « notre avenir commun se joue, chaque jour, dans nos classes », pourquoi ne nous donnez-vous pas concrètement les moyens de le préparer ? Une école, un collège, un lycée ne fonctionnent pas avec de « l’espoir », Monsieur le ministre, mais avec des personnels et un budget ! Les élèves et leurs familles ont moins besoin « qu’on espère pour eux » que d’avoir face à eux, avec eux, des professeurs, des AESH, des AED, des CPE, des infirmières, des assistantes sociales…

Et c’est parce qu’ils ne désespèrent pas de se faire entendre que les personnels continuent de revendiquer :

• l’annulation de toutes les suppressions de postes inscrites au budget
• la création autant que de besoin de poste de professeurs, d’AESH, d’AED, de CPE, de personnels administratifs, de santé et de direction…
• la baisse du nombre d’élèves par classe
• la revalorisation pour tous sans contrepartie du point d’indice et l’ouverture de négociations pour le rattrapage des salaires (pour compenser la perte de pouvoir d’achat de 31,5% depuis le débit des années 2000)
• un vrai statut, un vrai salaire pour les AESH

 

Pour télécharger ce communiqué : c’est ici !

Avancement à la classe exceptionnelle : campagne 2026

Dans ce dossier sur la classe exceptionnelle, vous trouverez les conditions de promouvabilité, les avis des évaluateurs primaires, les autorités arrêtant le tableau d’avancement, les règles de départage, le contingent, le recours, le reclassement, l’avancement à la classe exceptionnelle.

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Le SNFOLC revendique :

– le respect du droit à carrière pour les fonctionnaires,
– l’abrogation de la loi dite de transformation de la fonction publique afin notamment de restituer aux commissions administratives paritaires leurs compétences en matière de promotions et de mutations,
– l’augmentation immédiate de 10% de la valeur du point d’indice et à terme de 32,7 % pour compenser les pertes de pouvoir d’achat accumulées depuis 2000,
– l’accès pour tous les agents à l’indice sommital de rémunération de leur corps avant leur départ à la retraite : hors échelle B3 pour les professeurs de chaires supérieures et agrégés, hors échelle A3 pour les professeurs certifiés, PEPS, PLP.

 

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