Le « Grenelle » de l’Education ou l’entre-soi des benêts

Le ministère de l’Education nationale a publié la synthèse des « ateliers du Grenelle de l’Education ». FO a considéré dès le départ que le cadre fixé par le ministre dans ces ateliers (tables rondes d’« experts » auto-proclamés, présence de la « société civile »…) ne permettait pas de représenter les personnels dans des conditions acceptables. C’est pourquoi la FO a décidé de ne pas participer à cette mascarade. D’autres organisations (CGT et FSU) sont arrivées à la même conclusion et ont quitté les ateliers du Grenelle.
 

Sommaire

Ce que dit la novlangue du « Grenelle » lors de l’atelier « écoute et proximité »

« Rendre visibles la gestion des ressources humaines et interlocuteurs à travers […] une digitalisation des process pour rendre le conseil RH accessible » et « Créer un écosystème RH en impliquant tous les niveaux hiérarchiques et les acteurs de la RH de proximité ». 

« Créer un Observatoire national de la qualité de vie au travail pour les personnels de l’éducation qui mènerait des enquêtes régulières et qui serait force de proposition. ». 

« Passer des conventions avec des mutuelles de santé afin qu’elles apportent leur aide en cas de besoin, notamment pour un suivi médical ou psychologique. »

« Professionnaliser l’accompagnement RH des personnels. Cette professionnalisation pourra s’appuyer sur les bonnes pratiques issues d’autres mondes professionnels. Il s’agit d’informer les personnels, de les accompagner dans leurs projets professionnels (en menant des entretiens individuels, en réalisant des bilans professionnels et de compétences, en s’appuyant sur des ateliers d’échange collectifs, en développant des campagnes d’information sur la mobilité, en promouvant des dispositifs de «vis ma vie» dans d’autres univers professionnels. »

Ce que cela signifie :
 
Il s’agit de mettre en place la RH de proximité et un management comme dans le privé, comprenant la possibilité de quitter (ou de le perdre ?) son poste. Il s’agit là de l’application de la loi Darmanin-Dussopt 2019. L’observatoire national de la qualité de vie au travail serait un ersatz de CHSCT à la botte de la politique ministérielle, les CHSCT étant supprimés par la loi Darmanin-Dussopt 2019. L’enseignant devrait aussi consacrer une partie de son temps à des projets citoyens notamment. Quid de la neutralité statutaire du Fonctionnaire ?

Ce que dit la novlangue du « Grenelle » lors de l’atelier « collectifs pédagogiques » 

« Travailler ensemble autour d’objectifs collectifs partagés en inter-degré et en interdisciplinarité, en collaborant avec différents acteurs permet de consolider les acquis sur le temps de scolarité des élèves et au-delà. »
 
« Les temps collectifs peuvent découler d’une organisation scolaire de l’établissement, notamment au collège en instituant des heures bleues (créneaux horaires où les enseignants, ou une partie d’entre eux n’ont pas cours) et en s’emparant des journées ou semaines banalisées ou à thèmes qui permettent de libérer une partie des enseignants qui consacreront ce temps à un travail collectif. Des équipes de remplacement peuvent également être mises en place. »
 
« Une transformation managériale reposant sur la confiance, la responsabilisation des acteurs, la concertation, le diagnostic partagé et une coopération dynamique reste à promouvoir. »
Ce que cela signifie :
 
L’accent est mis sur la coopération, c’est à dire à l’obéissance vis-à-vis du collectif pédagogique, piloté par la hiérarchie elle-même et au moyen de temps banalisé. Les enseignants devraient oublier leur liberté pédagogique individuelle, leur discipline, les programmes nationaux et se soumettre aux injonctions du collectif pédagogique dans lequel on retrouve des parents, des élèves, des collectivités des associations etc … dans ce cadre, chacun deviendrait bon à tout faire. Exit définitif le cadre national de l’École et les statuts particuliers…

Ce que dit la novlangue du « Grenelle » lors de l’atelier « gouvernance » 

« Permettre aux enseignants d’avoir des décharges et/ou IMP (indemnité de mission particulière) incluses dans le service pour participation à la gouvernance dans le premier et dans le second degré. Les missions seraient définies en fonction des besoins locaux par les chefs d’établissement ou directeurs et les équipes avec une lettre de mission et délibération en conseil d’administration ou conseil d’école. »
Ce que cela signifie : 
 
Les enseignants des lycées et collèges seraient « mixtes » au moyen d’IMP en échange de missions de direction dans le premier degré. Autrement dit, un enseignant du 2nd degré devra être en mesure de faire un remplacement dans une école du 1er degré…

Ce que dit la novlangue du « Grenelle » lors de l’atelier « autonomie » 

« Il est également demandé le maintien du calendrier annoncé du schéma d’évaluation quinquennale des établissements scolaires : évaluation et autoévaluation seront en effet des moteurs essentiels de l’autonomie et du projet ».
 
« C’est pourquoi plusieurs membres de l’atelier ont appelé de leurs voeux la possibilité d’un recrutement hors mouvement dans la limite de 25 % des postes par le chef d’établissement pour les établissements en éducation prioritaire (Rep+) ».
 
« Dans l’idée de valoriser les enseignants exerçant des responsabilités et voulant les exercer dans leur établissement, il a été demandé d’expertiser l’idée qu’un professeur principal puisse devenir principal adjoint dans le même collège comme faisant fonction (en Education prioritaire et préalablement au mouvement) ».
 
« Le temps de travail collectif de l’enseignant a besoin d’être précisé pour se développer. D’où la proposition d’intégrer dans les obligations réglementaires de service un temps de travail en équipe : en plus de l’horaire obligatoire devant élèves ».
 
« il est proposé d’organiser une pré-rentrée de deux journées dont l’une sera consacrée au Plan stratégique d’établissement et au Plan annuel et collectif d’action 2021-2022 ».
Ce que cela signifie :
 
L’autonomie serait élargie à tous les aspects du fonctionnement de l’établissement, y compris pédagogique et les obligations réglementaires de service. C’est la logique des ordonnances Macron et de l’inversion de la hiérarchie des normes. Cela comprend le recrutement local des enseignants jusqu’à 25 % contradictoirement au droit à mutation et l’ajout à salaire constant d’heures hebdomadaires de concertation. Le décret Hamon 2014 serait ainsi précisé et aggravé, dans le cadre des 1607 heures annuelles. Rappel : FO, CGT et SUD sont les seules organisations syndicales à avoir voter contre le décret Hamon.
Toutes ces dispositifs s’articulent dans un seul but : atomiser le statut national et avancer de manière décisive vers un management local de type privé. Face à toutes ces attaques, alors que le ministre et le gouvernement utilisent largement la crise sanitaire pour tenter d’étouffer les revendications, les personnels se sont dressés le 26 janvier et le 4 février par milliers.
 
FO appelle maintenant à poursuivre la mobilisation, à amplifier ce regroupement en participant largement aux réunions syndicales et organiser ensemble toutes les initiatives pour faire valoir nos revendications :
 
  • Non au Grenelle et aux contre-réformes destructrices du ministre Blanquer, pour la défense de notre statut national garant de l’égalité de traitement de nos élèves !
  • Pour les créations immédiates des postes nécessaires !
  • Pour l’augmentation des salaires : ouverture de négociations pour l’augmentation de 20 % de la valeur du point d’indice ; 183 € net mensuel d’augmentation indiciaire pour tous immédiatement comme les personnels hospitaliers et sans contrepartie !