Face aux nombreuses attaques subies par les personnels de l’Education nationale ces derniers mois, les rodomontades du ministre Blanquer à l’Assemblée nationale en décembre 2020 doivent être particulièrement soulignées : « Personne n’a envie d’envoyer ses enfants dans un endroit où on essaye de les endoctriner » déclara-t-il en parlant de l’École. Si la croisade personnelle du ministre Blanquer contre le « séparatisme » tient davantage à la construction de sa propre image politique, elle se répercute auprès des personnels. Que ce soit dans l’Académie de Rennes ou ailleurs, une mise au pas avec des accents maccarthystes est bel et bien en marche.
Certes, ce discours n’est pas nouveau. Longtemps le pouvoir a exigé des fonctionnaires qu’ils se tiennent à carreau. Au XIXe siècle, on allait jusqu’à considérer que ceux « qui aliènent leur liberté pour un traitement ne devraient pas voter ». Cependant, il faut aussi garder à l’esprit que ce même pouvoir ménageait alors tout autant les enseignants, qui tempéraient, à ses yeux, les ardeurs du mouvement ouvrier. Ainsi, la profession n’a participé à son premier mouvement de grève qu’en 1936, sous le Front populaire.
Suite à la Libération, et à la conquête d’un statut organisant une Fonction Publique de carrière, les enseignants sont peu à peu devenus une profession plus syndiquée que la moyenne de la population active et plus encline à faire grève. On pourrait donc penser que cette combativité est visée par le ministre Blanquer. Pourtant, l’ensemble des personnels de l’Education nationale semble bien davantage gagné par une démobilisation causée par la dégradation des conditions de travail, les défaites à répétition et les pressions de la hiérarchie. La crise du recrutement le montre : la figure de l’enseignant ne suscite plus l’engouement.
Par conséquent, le SNFOLC 35 rappelle que les propos et les mesures défendues par le ministre Blanquer contre les personnels de l’Education nationale s’inscrivent bien davantage dans une idéologie : celle de la dérégulation du service public, qui, avant de s’attaquer à l’Education, a visé nos camarades de France Télécom, d’EDF ou de la SNCF.
L’idée de service public est décrétée obsolète et archaïque par ces gens-là. La posture critique et distanciée des fonctionnaires est traquée, tout comme la recherche d’indépendance et de liberté. Toute prise de distance est considérée comme un manque de loyauté. Un consentement sans faille est désormais requis, une adhésion non négociable.
Quant aux pratiques de solidarité et d’entre-aide, elles sont disqualifiées par notre employeur. S’y substituent l’individualisation et la mise en concurrence, la disponibilité et la mobilité, la remise en question permanente du professionnalisme, et l’obligation de faire sans cesse ses preuves. A l’aune de l’éthique managériale, le travailleur moderne doit savoir « se vendre », se démarquer des autres, se singulariser, et faire acte d’allégeance pour se faire apprécier. La modernisation de la Fonction Publique vendue par le charabia anglo-macronien dispose des apparences et de l’attractivité de la nouveauté, tout en se parant de colifichets tels que les concepts de « réseau », « projet », « inclusion » ou autre « auto-évaluation ».
Le SNFOLC 35 rappelle que, contrairement à une idée reçue, les personnels de l’Education nationale ne craignent pas le changement. Ce qu’ils dénoncent, c’est l’avènement d’un monde qui nie tout ce qui renvoie aux formes collectives du travail, aux cultures de métier, de solidarité. Un monde qui détruit toutes les formes protectrices et productrices de sens collectif, tout ce qui est de l’ordre de l’expérience collective, tout ce qui est capable de créer de la sédimentation et de l’épaisseur sociale.
Le SNFOLC 35 refuse ce monde de la mobilité systématique et de l’individualisation à tout crin, qui crée un sentiment insurmontable d’insécurité.
Le SNFOLC 35 rappelle que lorsque les fonctionnaires s’autorisent à mettre en avant leurs conditions de travail, ce n’est pas comme une question strictement corporatiste, mais comme un problème de société : les personnels de l’Education nationale, comme les cheminots ou le personnel hospitalier, par exemple, lient celles-ci à la qualité du service rendu, à la préservation de l’égalité et du bien commun. Les attaques contre les services publics viennent altérer l’alchimie fragile de l’ethos républicain.
Précariser les statuts des personnels de l’Education nationale pour enseigner à des populations précarisées. Et si c’était cela, leur « projet » ?
L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU SNFOLC 35 réunie le 15 novembre 2021 réaffirme son attachement à la laïcité de la République telle qu’elle est fondée par la loi de 1905. ET EXIGE :
– l’ABANDON des réformes du Baccalauréat (avec notamment les PLE), des lycées général et professionnel, de l’autoévaluation des établissements, de Parcoursup, de PPCR, des PIAL et de la logique comptable de l’ « inclusif illimité » ;
– le RETRAIT de la loi de Transformation de la Fonction Publique ;
– le RETRAIT total et définitif du projet du système dit « universel » de retraite par points ;
– le RETRAIT de toutes les remises en cause statutaires engagées par le ministre et notamment le développement de la RH de proximité visant à instaurer un management sur le modèle du privé au sein de l’Education Nationale.
– l’ABANDON de la réforme des concours et de la masterisation, le retour du recrutement des enseignants à partir de Bac+3.
ELLE REVENDIQUE :
– l’augmentation de 21 % de la valeur du point d’indice afin, simplement, de pallier la baisse constante de notre pouvoir d’achat depuis près de trois décennies, ainsi qu’une augmentation immédiate de 183€ nets mensuels sans contrepartie pour tous les personnels de l’Education Nationale, comme l’ont obtenu les hospitaliers ;
– le maintien et l’amélioration du code des pensions civiles et militaires, avec une retraite à taux plein à 60 ans après 37,5 annuités de cotisation ;
– le recrutement immédiat et massif d’enseignants fonctionnaires d’Etat par le recrutement de tous les candidats aux concours inscrits sur les listes complémentaires et le réabondement de celles-ci ! Le recrutement de tous les personnels non enseignants nécessaires, sous statut de fonctionnaires d’Etat, la titularisation des contractuels s’ils le souhaitent ;
– la suppression de la seconde HSA obligatoire, ainsi que le retrait des HSA pour les personnels en temps partiel ;
– le rétablissement des heures disciplinaires supprimées par les réformes successives;
– le maintien des programmes et des diplômes nationaux, du baccalauréat national – premier diplôme et premier grade universitaires, ainsi que le rétablissement de toutes les épreuves nationales, anonymes, terminales, ponctuelles et disciplinaires ;
– le retour du Bac Pro 4 ans (2 ans BEP ou CAP + 2 ans Bac Pro), recréation du diplôme national BEP, et des épreuves nationales et ponctuelles, l’abandon du contrôle en cours de formation, maintien de la formation initiale et la suppression des classes mixtes (élèves formation initiale et apprentis).
l’ouverture de places suffisantes dans l’enseignement supérieur pour accueillir tous les étudiants qui souhaitent s’inscrire dans la filière de leur choix ;
– le maintien des structures spécialisées pour les enfants en situation de handicap (IME, ITEP…) et l’ouverture immédiate dans le 35 de structures supplémentaires telles que ULIS, SEGPA (déjà surchargées)… ;
– l’ouverture immédiate de structures supplémentaires pour accueillir décemment les enfants nouvellement arrivés sur le territoire (UPE2A déjà complètes fin septembre dans la majorité des établissements) ; la suppression des menaces d’expulsion qui pèsent sur les familles des enfants scolarisés dans nos établissements comme le stipule la Convention internationale des droits de l’enfant : l’Ecole est un droit.
– pour les AED et les AESH : la revalorisation des salaires, une véritable formation qualifiante sur le temps de travail, le versement des indemnités REP-REP+ pour les personnels exerçant en éducation prioritaire, la création du nombre d’emplois nécessaires pour couvrir tous les besoins, la mise en place de contrats non précaires (24h considérées comme 100%), la création d’un véritable statut de la Fonction publique pour les AESH et l’accès à la Fonction Publique pour tous les AED qui le souhaitent ;
– le maintien des DRONISEP, des CIO, de leurs personnels, des PsyEN-EDO et des DCIO au sein de l’Éducation Nationale, le refus des suspensions des personnels pour défaut de vaccination contre la Covid-19 ;
– la mise en place d’une véritable politique de prévention et de santé au travail (recrutement de médecins du personnel en nombre suffisant, infirmiers et infirmières…) : la santé est un droit !
– le retour au Décret du 25 mai 1950 déterminant les obligations réglementaires de service des personnels enseignants du second degré.
L’AG du SNFOLC 35 appelle tous les personnels de l’Education Nationale à construire la mobilisation à partir de ce point d’appui. AG, HIS ou simples discussions informelles, toutes les solutions doivent permettre de construire la grève interprofessionnelle, jusqu’au blocage du pays s’il le faut.
Bien évidemment, la syndicalisation est aussi un champ d’action important : développer le syndicat, c’est renforcer notre principal instrument de lutte en toute indépendance, lui donner du poids auprès du gouvernement mais aussi auprès des organisations syndicales, qui pourraient se montrer plus tièdes à mobiliser.
