Réforme du BAC

La contre réforme Blanquer

Le 17 juillet dernier, le ministre a publié au Journal Officiel les textes de la réforme du Baccalauréat. C’est un passage en force, puisque celle-ci avait fait l’objet d’un large rejet des organisations syndicales. Si le Bac Blanquer a vocation à s’appliquer à la session 2021 (2020 pour les épreuves anticipées), les incidences se feront sentir dès cette année.

Les grandes lignes

Épreuves terminales obligatoires

  • épreuve anticipée de français (oral) coeff 5
  • épreuve anticipée de français (écrit) coeff 5
  • philosophie coeff 8 (coeff 4 pour le bac technologique)
  • épreuve de spécialité (2 au choix du candidat) coeff 16
  • épreuve orale terminale coeff 10 (coeff 14 pour le bac technologique)

L’épreuve orale terminale sera d’une durée de 20 minutes et préparée pendant le cycle terminal. Elle porte sur un projet adossé à un ou deux enseignements de spécialité choisis par le candidat.


Contrôle continu

  • moyenne de l’évaluation de l’élève par ses professeurs dans toutes les matières, y compris un (deux en bac technologique) enseignement optionnel (1ère et terminale) Coeff 10
  • épreuves communes : histoire-géographie, LVA, LVB, enseigne-ment scientifique (mathématiques en bac techno), EPS et épreuve de spécialité non suivie en terminale (2 épreuves communes en classe de 1ère et 1 en classe de terminale (sauf pour la spécialité suivie unique-ment en 1ère et pour l’enseignement scientifique) issues d’une banque nationale d’épreuves. Coeff 30

La fin des séries pour le bac général

  • Des enseignements communs (16h en 1ère et 15h30 en terminale) : Français (en 1ère) ou philosophie (en terminale) /  histoire-géographie / LVA et LVB / Éducation physique et sportive / Enseignement scientifique / Enseignement moral et civique (horaire annualisé).
  • Des enseignements de spécialité (12 heures) : (3 en classe de 1ère et 2 en classe de terminale choisis parmi ceux de la classe de 1ère) à ch o is ir parmi : humanités, littérature et philosophie /langues, littératures et cultures étrangères /  histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques /sciences économiques et sociales / mathématiques /  physique-chimie /sciences de la vie et de la Terre /arts / littérature et LCA / numérique et sciences informatiques / sciences de l’ingénieur / biologie-écologie (uniquement en lycée agricole).
  • Enseignement optionnel (3h) : 1 en classe de 1ère et possibilité de 2 en classe de terminale.

 

Remarque : toutes les spécialités ne seront pas proposées dans tous les établissements. Des partenariats pourront s’établir entre établissements d’un même réseau. Dans le cas d’un établissement isolé, les élèves peuvent suivre l’enseignement de spécialité au CNED.

Quels seront les changements ?

  • Disparition des enseignements d’exploration en classe de 2nde : bacs technologiques en danger !

  • Disparition des TPE en classe de 1ère.

  • Financés par la part variable (enveloppe horaire de 12h /semaine et /division en seconde (10,5h auparavant mais 2h d’AP non comprises dans ces 10,5h) – 8h en cycle terminal (auparavant : 7h en 1L et 1ES et 9h en 1S – 6h en terminale)) : les dédoublements, les options et contrairement à avant et uniquement selon les besoins des élèves : Accompagnement Personnalisé , Accompagnement au choix à l’orientation : dédoublements en danger et certains établissements devront choisir entre dédoublements et options proposés aux élèves.

  • Langues vivantes A et B : horaire mutualisé : laisse la porte ouverte à un découpage local différent d’un établissement à l’autre.

  • Un nouvel enseignement en classe de 2nde : Sciences numériques et technologie.

  • Deux tests de positionnement en mathématiques et en français (début de classe de 2nde) dès 2018.

  • Nouveaux programmes et horaires à la rentrée 2019 pour les classes de 1ère et 2nde ; à la rentrée 2020 pour la classe de terminale.

  • Choix de 3 spécialités au 2ème trimestre de la classe de 2nde. Conséquences :
  • les enseignants vont – en quelques sorte – devoir “se vendre” pour que leur enseignement fasse partie des enseignements de spécialité proposés par leur établissement en 2019 ! Une situation inédite avec des conséquences évidentes quant au maintien des postes… dans la continuité de la réforme Chatel du Lycée (2010) et de la réforme du Collège (2015).

  • Le choix d’orientation des lycéens en Seconde est soumis à une pression accrue. D’une part, les enseignements de spécialité représentent un poids non négligeable pour l’obtention du baccalauréat : 42% de la note globale pour le baccalauréat général (en comptant les épreuves de spécialité et l’épreuve orale adossée à ces enseignements) et 46% pour le baccalauréat technologique. D’autre part, la mise en place à marche forcée de la sélection à l’entrée de l’université et des attendus post-bac ne peut que susciter de fortes inquiétudes dès la classe de Seconde, dès lors que la seule obtention du baccalauréat n’est plus une condition suffisante pour obtenir la filière universitaire de son choix.

 

Lycée en danger

  • La baisse des horaires d’enseignement (26h au lieu de 28h30 en seconde, 28h contre 30h en moyenne actuellement en 1ère) qui engendreront la suppression de milliers de postes.

  • La hausse des effectifs : le remplissage des classes par le regroupement des élèves dans les cours du tronc commun  (puisqu’il n’y a plus de série).

  • Des emplois du temps décousus par la mise en « barette » des spécialités en plus des langues et des options.

  • De nouveaux enseignements qui ne correspondent à aucune discipline des concours enseignants : les moyens seront-ils mis pour former correctement les collègues qui se porteront volontaires ou qui se verront imposer ces enseignements ?

 

  • La mise en concurrence des lycées par leur offre d’enseignements de spécialité puisque la carte des enseignements est désormais décidée par le recteur dans le cadre de réseaux de lycées public/privé et dans le cadre de la fusion des académies pour les caler sur les grandes régions. Elle n’est plus garantie par des grilles horaires nationales pour chaque série. Les spécialités jugées « non rentables » exposent  particulièrement les lycées ruraux ou isolés.

  • Une organisation du baccalauréat plus complexe : 18 épreuves en contrôle continu débuteront dès le second trimestre de 1ère.

  • Un bachotage permanent tout au long du cycle terminal puisque les élèves seront en évaluation constante (3 sessions d’épreuves communes, épreuves terminales et leurs habituelles épreuves blanches pour les préparer).

  • La pression des familles pour que les notes obtenues à ces épreuves locales ne pénalisent pas leur enfant au niveau de Parcoursup.

  • La fin du baccalauréat national puisqu’il dépend désormais des contingences locales. Quand les enseignants organisent les épreuves, choisissent les sujets et corrigent leurs propres élèves (anonymement ou pas), le ministre ne peut pas prétendre que le baccalauréat reste national et encore moins anonyme. La conséquence directe est la suppression de milliers de postes et l’alourdissement de la charge de travail de chacun.

  • Une baisse drastique des moyens qui s’explique par la fin des dédoublements (on parle maintenant de groupes à effectifs réduits) et par une part variable de misère qui ne permettra pas de financer toutes le options, groupes à effectifs réduits et accompagnement : des choix s’imposeront !

     

 

Nos revendications 

  • L’abrogation des textes sur le réforme du Baccalauréat, du lycée et de Parcousup. Il y a urgence à combattre ces plans de régression sociale : pour le maintien du Baccalauréat comme diplôme national et premier grade universitaire permettant l’accès à tout lauréat à la filière universitaire et à l’université des son choix, pour les maintien de tous les postes, pour la défense des disciplines.

  • L’abrogation du décret Hamon et le retour aux décrets de 1950 qui ont fondé le corps enseignant.

  • L’abandon du PPCR et le rétablissement de la notation chiffrée encadrée par des grilles nationales, une inspection pédagogique régulière par des IA-IPR de la discipline, inspection loyale et sincère respectant la liberté pédagogique et la qualification disciplinaire des enseignants.
 
 

Édito de septembre 2018 : résolution de l’AG

Aujourd’hui, mercredi 19 septembre 2018, l’Assemblée Générale du SNFOLC 35 s’est réunie et constate la gravité des attaques portées à l’encontre des droits collectifs.

Plus que jamais, l’heure est à la résistance, à la revendication et à la reconquête de nos acquis.

Le SNFOLC 35 a été sur le terrain aux côtés des collègues, des étudiants et des lycéens en lutte. Il continuera à l’être.

Nous ne pouvons accepter la réforme du lycée Blanquer, qui entraîne la baisse généralisée des horaires d’enseignement, la suppression de postes, la hausse des effectifs, la mise en concurrence des lycées; réforme qui complexifie l’organisation du baccalauréat et sonne le glas de ce diplôme jusqu’alors national.

Nous ne pouvons accepter Parcoursup, qui généralise la sélection et a ainsi sorti du cursus universitaire 166 642 étudiants, tandis que 6 000 candidats restaient encore sans aucune proposition au 22 août 2018.

Nous ne pouvons accepter PPCR, ou la machine à soumettre les enseignants. En juin dernier, nombreux sont ceux qui ont découvert avec stupeur une grille d’inspection dégradante et des avis particulièrement sévères des IA-IPR et des chefs d’établissement. D’autres ont vu leur avis pour l’accès à la Hors Classe dégradé, avis qui devenait alors définitif. Dans notre académie, la règle des 20 % pour accorder les avis « très satisfaisant » (avis signifiés par les IA-IPR et les chefs d’établissement) a été appliquée avec zèle, alors que d’autres académies ont eu l’intelligence de s’en affranchir. Avec PPCR, tous les nouveaux enseignants sont condamnés à un salaire bloqué au rythme de l’ancienneté pendant les dix premières années de leur carrière.

Nous ne pouvons accepter le Décret Hamon de 2014, qui permet de démultiplier les tâches et la charge de travail qui incombe aux enseignants en imposant dans leur temps de service les « missions liées ». Il ne faut pas, dès lors, s’étonner, par exemple de la surcharge de travail des professeurs principaux : plus de trente nouvelles missions en cette rentrée 2018-2019 !

Nous ne pouvons accepter la réforme de l’enseignement professionnel : elle aggrave la polyvalence, ouvre la voie à la rémunération au mérite, et permet aux entreprises d’entrer dans le système scolaire dès la formation initiale et d’avoir la main mise sur la rédaction des référentiels. Elle réduit également de manière drastique les horaires consacrés aux disciplines générales.

Nous ne pouvons accepter l’instrumentalisation qui est faite de la mixité scolaire, prétexte ô combien mensonger et fallacieux pour fermer nombre d’établissements scolaires, notamment dans des zones d’éducation prioritaire.

Nous ne pouvons accepter la réforme sur l’orientation. Tandis que les COPSY, devenus PsyEN-EDO depuis février 2017, seront transférés aux régions, tandis que les CIO fermeront, tandis que l’État se désengage peu à peu du service public de l’orientation, tous les personnels d’éducation (les professeurs, les CPE, les professeurs documentalistes…) deviendront à leur tour conseillers d’orientation. Toujours plus de polyvalence, plus de tâches et une charge de travail toujours plus dense, pour tous.

Nous ne pouvons accepter la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem : baisse des horaires disciplinaires, suppression de la grande majorité des classes bilangues, menace qui continue de peser sur l’existence des langues anciennes, plus grande autonomie des collèges dans l’organisation des enseignements, suppression de postes… Des dispositions qui ont permis au gouvernement de faire des économies importantes sur le dos des enseignants et de l’enseignement public.

Nous ne pouvons accepter le rapport sur le service public « CAP 22 », qui vise lui aussi à réduire le coût des services publics, en réduisant les postes d’enseignants, en introduisant la rémunération au « mérite », en diluant les statuts, en élargissant le recours aux contrats de droit privé, en créant un nouveau corps d’enseignants plus malléables car recrutés par les chefs d’établissement, des enseignants bivalents, annualisés…

Nous ne pouvons accepter la remise en cause de la Sécurité Sociale, de l’assurance chômage, du système de retraites par répartition…

Nous ne pouvons accepter ces attaques, perpétuellement exercées sur les premiers de corvée.


Qu’il s’agisse des enseignants, des AED, des AESH, des CPE, des Psy-EN, de tous les personnels de l’éducation, titulaires ou contractuels, des agents territoriaux et des personnels administratifs œuvrant dans nos établissements scolaires, et plus largement encore de tous les salariés, du public comme du privé, des étudiants, des lycéens, des privés d’emploi, des retraités… Tous, nous sommes les cibles d’attaques incessantes et destructrices initiées par le Gouvernement en place.

Nous n’avons d’autre choix que de refuser en bloc ce qui nous est présenté comme inéluctable, ou de bon sens. Il ne s’agit pas, comme le font d’autres organisations syndicales, de négocier, de manœuvrer ou d’obtenir quelques concessions au bon vouloir de ceux qui nous gouvernent. L’heure est à la résistance, à la revendication et à la reconquête de nos acquis.

C’est pourquoi l’Assemblée Générale du SNFOLC 35 revendique :

  • La création des postes d’enseignants nécessaires au bon fonctionnement de notre service public d’éducation.

  • Le rétablissement des heures disciplinaires supprimées par les différentes réformes.

  • Le maintien des programmes nationaux.

  • Le maintien d’un baccalauréat national et reconnu comme premier grade universitaire.

  • Le retour du Bac Pro 4 ans (2 ans BEP + 2 ans Bac Pro) et des épreuves nationales et ponctuelles, l’abandon du contrôle en cours de formation.

  • Le retour au Décret du 25 mai 1950 déterminant les obligations réglementaires de service des personnels enseignants du second degré.

  • Aucune fermeture d’établissement : Rosa Parks Malifeu, Rey Leroux à la Bouexière.

  • L’ouverture de places suffisantes dans les universités pour accueillir tous les étudiants qui souhaitent s’inscrire dans la filière de leur choix.

  • Le maintien des DRONISEP, de leurs personnels, des PsyEN-EDO, DCIO au sein de l’Éducation nationale.

  • L’augmentation de 16 % de la valeur du point d’indice et l’abrogation de PPCR.

  • Le maintien du code des pensions civiles et militaires, avec une retraite à taux plein à 60 ans après 37,5 annuités de cotisation.

Pour obtenir satisfaction, la mobilisation doit se construire dès à présent dans chaque établissement : heures d’information syndicales, assemblées générales, prises de position, dans les salles des professeurs, dans les vies scolaires, dans les locaux des agents et des administratifs, dans chaque lieu de travail.

A nous, syndiqués Force ouvrière, d’initier la résistance, d’informer partout autour de nous des menaces qui pèsent sur les personnels de l’éducation, et plus largement sur l’ensemble des salariés. Les luttes d’hier nous prouvent tous les jours combien il est capital de se syndiquer et de faire vivre l’action syndicale.

L’année 2017-2018 a été chargée : routiers en colère, étudiants et lycéens dans la rue aux portes des établissements qu’ils venaient bloquer, postiers, gaziers, cheminots, personnels des EHPAD, personnels hospitaliers, hôtesses de caisse chez Carrefour, retraités… La liste des mouvements sociaux de l’année passée est longue. Mais la contestation continuera tant que les privations et les régressions demeurent.

À nous de faire de l’année 2018-2019 le temps de la reconquête de nos acquis.

L’AG du SNFOLC 35 appelle tous les personnels d’éducation à se mobiliser avec l’ensemble des salariés, de la grève au blocage du pays s’il le faut, en commençant par la grève du 9 octobre 2018.